[c] [b] CHAPITRE II : MARVIN [/c] [/b] [j] [i] Le desinterêt public pour l'affaire Marvin n'empecha pas un procès d'être mené contre ses créateurs et contre Marvin lui-même. Les groupes anti-robotique s'insurgèrent : on ne traite pas, un robot, disaient-ils, comme on traite un homme. Mais leur influence avait sensiblement diminuée. Beaucoup d'entre eux, en effet, s'était reconvertis en groupe anti-mouches tsé-tsé, suite au scandale du même nom. Le procès fut donc mené, et à la surprise générale, tout le monde, Marvin comme ses créateurs, plaida non coupable, ce qui les desservit totalement. Les ingenieurs de chez Océane qui avaient conçu le robot furent condamné à l'emprisonnement à perpetuité pour homicide involontaire. Quant à Marvin, il fut condamné, comme tous les autres robots de la série MRV-II, à être mis hors service et definitivement désassemblé. On pense généralement que l'incident de l'usine de Vladivostok est l'événement qui a poussé l'ADM à voter la la loi du 19 juin, mais il me parait plus judicieux de voir dans l'affaire Marvin le veritable élément d'eclencheur qui a conduit à cette extremité. Sans doute, si la decision de la Cour Mondiale n'avait pas montré à quel point il était facile de condamner les robots à la destruction, la loi les interdisant n'aurait pas été aussi durement ni aussi rapidement appliquée. On aurait sans doute pu également éviter que les évènements ne dégenèrent en massacre généralisé de robots, et même si les "robocides" sont aujourd'hui fêtés comme des fêtes nationales, on ne peut nier qu'il s'agit là d'époque des plus barbares de notre histoire. [...] Paradoxalement, on peut également penser que le scandale des mouches tsé-tsé ont desservi Marvin et ses créateurs. Il parait évident que l'opinion publique a joué un rôle immense dans cette affaire mais, comme on le sait, l'opinion publique est aisément manipulable. Ainsi, on peut reflechir à quelle aurait été la tournure des évènements si l'affaire Marvin avait été plus médiatisée, si la presse ne s'était pas detourné vers cette affaire d'insecte. Quel aurait été l'effet du visage mélancolique de l'androide meurtrier - qui avait en fait, plutôt qu'un visage de meurtrier, un visage de martyr avant la canonisation - s'il avait été radiodiffusé sur toutes les ondes de la planête ? [d] Hal Stenson, in [b]Le Procès Marvin ou la fin d'une époque.[/b] [/i] [/d] [c] *** [/c] [j] Le centre commercial ouest du Quinzième niveau est un endroit calme, très éclairé, ou fleurissaient toutes sortes de pancartes publicitaires aux couleurs vives et aux formes excentriques. Autrefois envahi par les androides de services, reconnaissable à leur costume bleu, il n'est plus parcouru, depuis leur interdiction, que par des mères de familles bourgeoise qui tirent derrière elles une brochette d'enfant, et parfois même, un mari embarassé. C'était quand même plus pratique d'avoir ces fichus robots. Arrivé au rayon des aliments iophilisés, je me trouve confronté à l'habituel dilemne : ionisation ou organoleptique ? C'est dans cette reflexion profonde que je suis surpris par un cri déchirant suivi d'une floppée d'insulte, lancée par une voix qui ne m'est pas étrangère. En souriant, je saisis une boite d'haricots, l'enfourne au fond de mon panier et me dirige vers l'endroit d'ou semblent provenir le cri. Je suis à peine de surpris de voir la fille de l'autre jour se debattre avec un type en costume qui semble être le patron du magasin. Il n'a pas beaucoup de mal à jeter la créature hystérique devant la porte du magasin, en lui conseillant chaleureusement de ne plus la franchir. - Enfoiré ! Il y a quelques années, tu m'aurais leché les pieds ! Hurle-t-elle au type. J'ai vite fait de deposer mon panier de me trouver juste derrière elle. - Ah tiens ? Et qu'est-ce qui pourrait inciter le riche proprietaire d'une grande surface à lecher les pieds d'une quelconque droguée du Quatrième Etage ? La fille attrape mon bras et se relève. - Je n'ai pas toujours été quelconque. - La mémoire vous est revenue ? Elle lève les yeux, me reconnait. - J'ai suivi vos conseils. J'ai changé de vie, dit-elle en me designant ses vêtements. En effet, elle semble avoir troqué ses haillons pour un costume plus seduisant. Ses cheveux sont propres, ses yeux maquillés, ses épaules redressées mais son regard, toujours aussi vert. Elle semble aussi avoir dix ans de moi. - Ca ne vous visiblement pas empeché de vous attirer des ennuis. - Laissez, c'est un vieux con. Un ancien amant à qui je voulais emprunter de l'argent, et qui a feint de ne pas me connaitre. - Il ne vous a pas arrangé, dis-je, en saisissant son menton ensanglanté. Vous voulez passer chez moi ? C'est à deux pas et je pourrais vous passer quelque chose. - Allons plutôt chez moi. J'ai un service à vous demander. - Je vous suis ! *** C'est un appartemment entièrement rose, du sol au plafond, des meubles aux fenêtres, qui sont légèrement teintées. La plupart des murs sont recouvert de photographies et de posters d'une chanteuse pop qui avait fait fureur il y a quelques années, et qui avait fait scandale avant de disparaitre totalement : Stella Arteli. - Vous êtes une fan ? - A vrai dire, Stella Arteli... c'est moi. Je souris. - J'ai souvent croisé, dans les bars crades du Quatrième, des ivrognes qui se prenaient pour Arteli, mais c'était il y a deux ans, à l'époque ou elle était connue : maintenant c'est un peu passé. - Non, je veux dire... je suis vraiment Stella Arteli. Je decroche un portrait de la star du mur, et le place à côté de son visage. - Impossible. - Chirurgie esthetique, dit-elle en repoussant le portrait d'un geste las. Je ne pouvais plus sortir dans la rue sans risquer de me faire agresser par le premier venu après l'affaire Marvin. Et de toute façon, ma carrière était terminée, donc je n'avais plus rien à perdre. Stella... L'affaire Marvin... Tant de tabous collectifs enterrés par la loi du 19 juin... Ce regard, si vert, c'est donc tout ce qui reste de la chanteuse ! - C'est à ce sujet que j'ai besoin de votre aide. - Vous voulez relancer votre carrière ? - Non, c'est... pour Marvin. Il me semble que mon coeur s'est arrêté de battre, quelques secondes. - Marvin ? Si vous voulez faire revoir le procès de Marvin, je vous previens, ce sera sans moi. Et même si l'on pouvait faire innocenter Marvin, il n'aurait pas le droit d'exister, à cause de la loi du 19 juin qui interdit les artificiels... Stella prend une longue inspiration. - C'est pour ça qu'il faut aussi demander la revision de cette loi. - Vous vous foutez de moi ? - C'est possible ! Océane a perdu le procès Marvin à cause de l'opinion publique, à cause d'une stupide histoire d'opinion publique ! Il aurait suffit que les gens entendent le témoignage de Marvin et qu'ils le prennent en pitié pour que le vent tourne ! C'est vous-même qui l'avez dit dans... Elle met une mains sur sa bouche, appeurée, comme si elle en avait trop dit. Serait-il possible que... - Vous avez lu mon livre sur Marvin ? - Oui, avoue-t-elle en baissant les yeux. Après notre rencontre, l'autre soir, vous m'avez intrigué et j'ai voulu en savoir plus sur vous. En faisant des recherches sur le Net, je suis tombé sur un réseau de traffic de disques illégaux, et je suis tombé sur ça. Soulevant son matelas, elle tire une enveloppe magnétisée, en sort un micro-disc qu'elle me tend. Sur la surface, du côté non-imprimée, on a écrit avec un gros feutre : "Le Procès Marvin". - C'est mon livre ? Stella ne se donne pas la peine de répondre, la réponse est évidente. Un instant, je suis saisi par l'émotion. Puis la raison me revient : il faut detruire ce disque. Je le plie en deux, puis en quatre, et en jette les débris dans un four ionique avant de l'allumer à la puissance maximum. - Vous êtes taré ? hurle Stella. Vous savez combien ça m'a couté ? - Stella, ce livre est interdit. Si on le trouve chez vous, vous serez condamné à la peine de mort, ou pire, à la Cellule ! - La cellule ? Vous voulez rire ? C'est un chatiment reservé aux robots ! - Oui, mais depuis qu'il n'y a plus d'artificiels pour leurs jeux morbides, ils y envoient aussi tous ceux qui prennent leur defense. Moi-même je n'ai plus le droit de posseder mon propre livre. - Oh merde... Stella s'effondre sur une chaise, à côté de moi. - Vous voyez ? Ce sont des monstres... Et c'est pour ça qu'il faut faire reviser cette loi, c'est pour ça qu'il faut faire innocenter Marvin, parce que les robots nous aidaient à rester humain ! Sans eux, voila à quoi nous en sommes réduit ! Je m'assois à mon tour, et pose une main sur son épaule. - Stella, je vous comprends, moi aussi je les deteste, moi aussi j'étais sur que Marvin était innocent, et que tout ça n'était qu'un horrible coup monté, jusqu'à cette histoire de mouches. Mais c'est du passé, on y peut plus rien maintenant. Et à quoi bon faire un procès pour un tas de ferraille qui a été desassemblé il y a deux ans ? Il ne pourrait même pas se defendre... Stella leve les yeux vers moi. - Et s'il pouvait ? - Vous voulez dire, si on retrouvait les pièces et qu'on le remontait ? Impossible, elles ont du être recyclées aujourd'hui, nous ne les retrouverons jamais... - Et si on les avait, ces pièces ? - Même si on les avait, Stella ! Il faudrait connaitre un ingenieur qui accepte de remonter l'androide, et personne n'est assez fou pour ça ! - Et si on connaissait un type assez fou pour ça ! - Et si ! Et si ! Avec des si on peut refaire le monde ! - C'est justement ce que nous allons faire, Hal. Et, disant ces mots, elle se lève, effleure un bouton sur le mur derrière elle, qui ouvre une porte menant à sa chambre. Puis elle appelle, d'une voix pleine d'émotion : - Marvin ! Tu peux venir, maintenant ! Je me lève, stupéfait. Déjà, j'entends venant la chambre, ce bruit de pas lent et assuré, caracteristique des androides de la série MRV. - C'est impossible ! Et pourtant, il y a bien un artificiel MRV qui se tient juste devant moi. Ce n'est pas le visage de Marvin, mais le costume vert des droides personnels ne fait aucun doute. Et c'est le même regard de chien battu que celui qu'aborait l'androide jugé pour meurtre, il y a deux ans. Je begaye : - Vous... Vous êtes un artificiel ? - Je prefere le terme de "robot", me répond l'androide. "Artificiel" est un peu insultant. - Mais "robot" vient d'un mot slave qui signifie "travail". Il vous renvoie à votre statut d'esclave. - En tant que robot, je suis au service de l'humanité, répond solenellement le robot. - Marvin, M. Stenson est avocat. Il va nous aider à faire reviser ton procès et la loi du 19 juin. Ecrasé par la surprise, je ne prete pas attention à ce que tu dis Stella. Je demande : - Chirurgie esthetique pour lui aussi ? - Pas exactement. Pour vous dire la vérité, nous n'avons pas pu retrouver toutes les pièces de Marvin, mais seulement quelques parties de son cerveau electronique et surtout, le plus important : son disque memoriel, que nous avons ensuite greffé sur le corps d'un MRV-III, et voila le resultat. - Et qui était assez fou pour faire ça ? - Un ami ingenieur, qui l'a payé de sa vie. - Je ne veux pas en savoir plus. Un silence pesant s'écoule, finalement rompu par Marvin : - Vous allez nous aider, M. Stenson ? - Je peux rien vous promettre encore, tout cela est si nouveau, si... surprenant. Je ne suis pas sur de bien réaliser encore les conséquences de tout cela. Il y a beaucoup de choses à faire avant d'entamer un procès. Et tout cela va couter de l'argent, beaucoup d'argent ! Qui va payer ? J'ai cru comprendre que vous n'etiez plus aussi riche, Stella... Stella s'approcha alors de moi, passa une main autour de mon cou, et posa sa tête sur mon épaule. - Je suis sur que nous allons trouver un arrangement ! - Effectivement, vu sous cet angle-là... Marvin, aussi discretement que possible, s'était retiré. Stella se serra le plus fort qu'elle put dans mes bras. Quant à moi, je posais une main sur son dos, le caressant, et descendant lentement vers... - Non, fait-elle en me repoussant, pas maintenant. Comme vous l'avez dit, nous avons du pain sur la planche, il vaut mieux nous y mettre tout de suite. Venez, allons rejoindre Marvin dans me bureau. - Je vous suis !ux nous y mettre tout de suite. Venez, allons rejoindre Marvin dans me bureau. - Je vous suis !!ux nous y mettre tout de suite. Venez, allons rejoindre Marvin dans me bureau. - Je vous suis !