Marysa Marysa s’éveilla. Elle ne sentait pas le vent qu’elle entendait siffler à ses oreilles. Ni la pluie qu’elle voyait tomber. Il y avait comme un brouillard étrange dans sa tête. Elle ne se souvenait plus où elle était, ni d’où elle venait. Ses souvenirs s’effritaient les uns après les autres alors qu’elle s’efforçait de les réunir. Elle se leva soudain et contempla l’endroit où elle avait été allongée. Son corps était étendu là, sans vie. Elle essaya de le toucher mais sa main le traversa. Elle ne comprenait plus rien. Pourquoi est-ce que son corps était là, devant elle? Pourquoi était-elle en dehors de son corps? Tout se mélangeait dans sa tête. Elle se laissa tomber sur le roc. Elle resta prostrée ainsi longtemps, jusqu’au moment où elle comprit. Elle était morte. Elle n’était plus qu’un fantôme. Un être immatériel. Et dire qu’elle n’avait jamais voulu y croire. Tous ces esprits, elle avait méprisé ceux qui lui en parlaient, elle les prenait pour des gens crédules et naïfs. Elle était à présent l’un de ceux dont elle avait si fort nié l’existence. Quelle ironie. Elle décida de se laisser tomber jusqu’au village en contrebas. Puisqu’elle n’était plus qu’esprit, elle ne craignait rien. Elle plana longtemps, goûtant aux joies de voler comme un oiseau. Puis, elle redescendit au milieu du village. Les maisons étaient décrépies : les toits étaient presque tous écroulés et les bâtiments n’étaient plus par endroits que des tas de pierres. Elle voyait ça et là des objets rappelant qu’il y avait eu autrefois de la vie en ces lieux : un seau à moitié pourri, une fourche rouillée, un cheval de bois auquel il ne restait plus que trois pattes rongées par les termites et la moisissure. Seule une grande maison au bout de la plus grande rue avait échappé à cette ruine. Sous sa façade couverte de lierre on voyait des pierres encore bien conservées. En s’approchant de sa lourde porte en chêne, Marysa se rendit compte qu’elle était fermée. Elle voulut l’ouvrir, mais sa main traversa la poignée. Avec un profond soupir, elle se souvint qu’elle n’était plus qu’esprit. Elle traversa le bois. Tess « On se revoit demain ! cria Tess en agitant la main en signe d’au revoir. -Bye ! » lui répondit Lucie. Depuis qu’on savait qu’elle parlait anglais, tout le monde s’empressait autour de Tess en lui demandant : « Dis quelque chose en anglais. Dis il fait beau par exemple ! » etc, etc. Lucie avait envoyé aux autres élèves des réponses cinglantes qui les firent battre en retraite dès la première journée. Un mois s’était écoulé depuis la rentrée et Lucie et Tess étaient devenues inséparables. Cette dernière avait d’ailleurs invité son amie à passer les prochaines vacances en Irlande dans la famille de sa tante. Lucie devait encore obtenir l’accord de sa mère, mais étant donné ses piètres résultats en anglais elle pensait qu’elle n’aurait pas de problèmes. Sa mère la félicita parce que, disait-elle, « pour une fois tu prends tes responsabilités et tu me demandes la permission à l’avance ». C’était vrai que souvent, en matière de sortie, Lucie mettait sa mère devant le fait accompli. Le temps restant jusqu’aux vacances leur parut interminable. Tess ne cessait de parler à son amie de l’Irlande, de Dublin et de ses ruelles, elle lui fredonnait des airs traditionnels, lui apportait des photos si bien que Lucie ne pensait plus à rien d’autre qu’à son départ. Le lundi de la dernière semaine, Tess ne vint pas au lycée. Le soir Lucie l’appela : « Pourquoi t’es pas venue aujourd’hui ? demanda-t-elle. -Je suis désolée, répondit Tess, Je crois que tu vas pas pouvoir venir avec moi en Irlande. -Pourquoi ? Il y a un problème ? -Ma tante vient de mourir. -Je suis désolée … -Nous partons après-demain pour assister à son enterrement. -Tant pis. Je viendrai une autre fois, Lucie faisait de son mieux pour cacher son désappointement. -Est-ce que tu voudrais … Non, laisse tomber. -Quoi ? -Je me disais que, si tu voulais bien, tu pourrais nous rejoindre là-bas dans une semaine. -C’est vrai ? Lucie hurlait presque de joie puis, se souvenant pourquoi Tess partait en avance, elle reprit d’une voix plus calme. Tu es sûre que je ne dérangerais pas ? -Non, pas du tout, et puis ça me remontera le moral. Je t’envoie ton billet d’avion par la poste. Tout est marqué dessus, tu ne devrais pas avoir de problème. » Lucie n’eut effectivement aucun problème. Elle prit l’avion et atterrit à Dublin une semaine plus tard. Kathleen « Je n’ai jamais su quand est-ce que je suis passée de cette enfance insouciante à l’être tourmenté que je suis à présent. Je ne peux pas dire que je sois jamais devenue adulte car, à cause des évènements qui occupent la majeure partie de ces mémoires, je n’ai jamais pu passer par l’adolescence. Toujours est-il que je situe le début de ce changement à Son arrivée chez nous. « Un soir, un grand carrosse franchit les grilles du parc et une femme en robe de voyage en sortit. Je n’avais jamais vu une telle robe : elle était cousue dans un tissu qui semblait changer de couleur selon la manière dont le soleil le frappait, tout le corsage était finement brodé et les quelques rubans qui complétaient l’ensemble semblaient presque superflus. Le carrosse était tiré par quatre chevaux noirs. Je me souviens de ce détail, car je me rappelle qu’ils m’avaient d’abord fait peur tant ils avaient l’air fougueux. Il y avait un page à côté du cocher et deux accrochés à l’arrière de la voiture. Les ors de leurs livrées resplendissaient de mille feux sous le soleil couchant. J’avais alors un peu plus de douze ans mais j’avais gardé un esprit très enfantin et j’étais ébahie devant une telle représentation de richesse, aussi, je courus à la porte d’entrée, impatiente de rencontrer la belle femme. Ma mère aussi accouru, mais pour d’autres raisons. Elle avait vécu toute sa jeunesse à Dublin et avait du mal à supporter la solitude de Hilton. Voir une noble personne lui permettait d’oublier un temps que cela faisait plus d’un an qu’elle n’était pas allée à un bal ou une garden-party. « Lorsque la femme entra, ma mère me dit de retourner dans ma chambre et conduisit son invitée au salon. Elles parlèrent là pendant des heures. Espérant que ma mère me ferait appeler, je restais assise tout habillée sur mon lit jusqu’à ce que je tombe de sommeil. De ce qu’elles dirent ce soir-là je sais seulement que ma mère invita la jeune femme à dormir à la maison. Je suppose également que c’est de cette conversation que découle tout le reste, mais je crois que je n’en serai jamais sûre. » is que je n’en serai jamais sûre. » is que je n’en serai jamais sûre. »