DRI I I I I I I I NG ! Je m’enfouis la tête sous mon oreiller. DRI I I I I I I I NG ! S’arrêtera ? S’arrêtera pas ? DRI I I I I I I I NG ! Bon, il ne semble pas décidé à s’arrêter. DRI I I I I I I I NG ! Je sors mollement le bras de la couette et assène un bon coup de poing à cet empêcheur de dormir. Je crois qu’il est l’heure de se lever. Y’en a marre ! On pourrait pas dormir pour l’éternité ? J’ouvre les yeux à grande peine, repousse les couvertures et m’assieds sur mon lit, la tête dans les mains. J’ai toujours des migraines le matin, que je me couche à 8 heures ou à minuit. Alors quand en plus j’ai fait la fiesta la veille … Aujourd’hui, jour de semaine de base, je sens que le lycée va encore être honoré de mon inestimable présence (si seulement il pouvait s’en passer …). Je me traîne hors du lit jusqu’à la salle de bain, ouvre le robinet et me mouille la figure. AHHH ! POURQUOI FAUT-IL QUE L’EAU SOIT TOUJOURS GLACEE LE MATIN ? Si ma mère était là elle me dirait « Ça ne peut pas te faire de mal mon chéri ! » C’est vrai que pour se réveiller, c’est radical. Je vois enfin clair autour de moi. La salle de bain est toujours aussi petite et le carrelage toujours aussi blanc. Quant à moi, toujours aussi beau. Enfin, dans mes rêves les plus fous. Là, mes cernes sous les yeux et ma gueule du matin me font penser aux vampires qui hantent les cimetières de Buffy. COMMENT ma sœur peut regarder ça tous les soirs sans perdre sa santé mentale ? C’est une grande question métaphysique. Faudra que je la pose au prof de philo. Retour dans ma chambre. Là, un truc bizarre retient mon attention. Quelque chose a changé dans cette chambre, seulement j’arrive pas à savoir quoi. Soudain, la vérité me saute aux yeux. Je dois être mal réveillé. C’est pas possible sinon qu’un petit bonhomme squatte mon lit. Encore, s’il était vert, j’aurais pu croire à un remake de Mars Attacks, mais là, il se contente d’être banalement brun avec de petites oreilles pointues qui tournent dans tous les sens. Quand il me voit, il les pointe sur moi et me lance un regard furieux. Je DETESTE quand on me regarde comme ça. La dernière fois, c’était ma mère qui me fusillait des yeux parce que j’étais rentré un peu trop tard. Le bonhomme ouvrit la bouche et cracha d’une voix aigre un discours incompréhensible. Je crois que, même s’il me l’avait répété lentement et en séparant chaque syllabe, j’aurais rien compris. « J’ai pas tout compris là, tu peux répéter ? » Il me regarda avec dédain, lâcha un mot, puis se tut de nouveau. « Et puis d’abord, qu’est-ce que tu fais là ? » Pas de réponse. C’était parti pour le dialogue de sourds. J’allongeai la main vers mon bureau pour attraper mon portable. Je le tenais presque quand le bonhomme tendit le bras dans ma direction en en grognant. Le téléphone décolla du bureau et atterrit dans sa main. « OK, tu lâches ça tout de suite ! » J’ai pas compris immédiatement ce qui se passait quand j’ai entendu le craquement sinistre. La seconde d’après, mon portable tombait en miettes sur mes draps. J’ai fait un pas en arrière en regardant le sourire en coin du bonhomme. J’ai reculé encore alors qu’il tendait son bras vers moi en déclamant je sais pas quoi. « ZEN ! Si tu m’expliquais calmement ce que tu veux ! » J’avais juste fait un pas à l’extérieur de la chambre quand je me suis senti soulevé du sol j’ai fermé les yeux. Lorsque je les ai rouverts, le bonhomme avait disparu. Ça aurait pu être sympa, mais ça ne l’était pas. Ma chambre aussi avait disparu. J’étais en plein milieu d’un champ vide. Alors là ! Il aurait pu faire un effort quand même le bonhomme ! Il m’envoie je sais pas où et il se contente d’un cliché. Franchement, c’aurait été plus marrant qu’il me balance le cul par terre dans une rue bourrée de monde. Ou au sommet de la seule île volcanique du coin en éruption. On aurait bien rigolé quand même ! Non, là il m’envoie dans un endroit désert, sans personne autour pour vouloir me lyncher ou sans risque de mort imminente. Remarquez, c’est pas que je me plaigne d’être en vie, mais une aventure à la Indiana Jones c’est quand même plus excitant que de poireauter dans un champ après les moissons. J’entreprenais de me lever quand j’entendis un genre de roulement de tonnerre. Instinctivement, je levai les yeux au ciel et m’aperçus qu’il était bleu azur. Je me demandais encore d’où le bruit venait quand la réponse surgit d’elle-même du haut d’une colline : une troupe de chars fonçait sur moi à toute allure. Les pauvres chevaux qui les traînaient écumaient, supportant sans rien dire les hurlements barbares des cochers et le fouet qui claquait au-dessus de leurs oreilles. Toute personne normalement constituée aurait compris que ça ne servait à rien de courir. Pas moi. Je m’élançais le plus vite possible. J’avais les pieds embourbés dans la terre, mais même comme ça, je remontais ma moyenne au cent mètres. D’ailleurs, j’ai pas pu tenter le deux cents mètres, les chars m’avaient rattrapé avant. Ils se mirent en cercle autour de moi et ne s’arrêtèrent que lorsque je tombais sur les genoux, vaincu par une nausée qui me remontait l’œsophage à cause du vertige qu’ils me donnaient à tourner dans tous les sens. Un des cochers descendit de son char et me mit la pointe de son épée sur la gorge avant de me donner un ordre sec. C’est marrant comme certains gestes sont universels : je comprenais plus facilement l’épée qui me compressait la gorge que les paroles de l’homme. Je me levai en approximativement trois quarts de seconde (encore un record d’amélioré). Un autre soldat m’attacha alors les mains et me poussa sans ménagement dans un char. « Vous ne pouvez pas me traiter comme ça ! Je veux appeler mon av… » Le coup de poing dans la gueule est aussi à noter dans les gestes universels. Lorsque le premier coup de fouet claqua, je me cognai la tête sur le bois du char et m’évanouis. Pour la deuxième fois ce jour-là, quelqu’un m’éveillait en sursaut. La première fois, c’avait été mon réveil. La seconde, un coup de poing donné par un barbare. J’avoue ne pas savoir lequel je préférais. Il m’empoigna par le col de mon pyjama (et oui ! J’étais en pyjama à carreaux au milieu de barbares armés jusqu’aux dents. Mon amour pour les petits bonhommes bruns ne cessait d’augmenter ) et me força à me lever et avancer. Il me poussa le long d’une cour pavée, puis dans un petit escalier qui s’enfonçait sous terre. Quand nous nous arrêtâmes de descendre, je me rendis compte de deux choses : premièrement ils ne connaissaient sûrement pas plus l’électricité que la voiture, deuxièmement on était en train de me flanquer en prison et je ne réagissais même pas ! Une fraction de seconde, mon cerveau fut traversé par l’idée de me débattre et de m’enfuir. Une fraction de seconde seulement. Je me rendis vite compte que ma carrure de gringalet n’était pas de taille à lutter avec les tas de muscles qui m’entouraient. L’un d’eux ouvrit une porte qui grinça douloureusement tandis qu’un autre me poussait à l’intérieur du cachot. Lorsque je fus entré, ils refermèrent la porte brutalement. Je me mis alors à crier, à frapper les murs, à proférer les pires insultes et des menaces de tortures raffinées (« Si vous aviez le courage de m’affronter en face je vous assommerais et je vous arracherais les ongles et je vous casserais les bras, et les jambes ! »). C’est fou ce qu’on est plus courageux lorsqu’on ne voit pas ses futurs adversaires. Ils devaient avoir l’habitude et ne répondirent pas. Je finis par me calmer et commençais à observer ma geôle. L’air était glacial, même si on ne sentait pas un courant d’air. C’était comme si j’étais emprisonné dans un frigo géant. Il flottait dans l’air une odeur de moisi. Je crois qu’elle venait du tas de paille pourri sur lequel je m’affalais. Je me pris la tête dans les mains et réfléchis à la situation. J’étais enfermé chez des barbares armés jusqu’aux dents dont je ne connaissais pas la langue et qui ne m’expliqueraient manifestement pas pourquoi j’étais ici. Bien. Merci bonhomme brun. C’était sympa ce voyage au Moyen-Age, si tu pouvais me ramener chez moi maintenant ? « Psst ! » Qui OSE me m’interrompre alors que je rumine mes idées noires ? « Hé ! Je être là ! » Je tournai la tête et remarquai un homme qui mettait un doigt sur ses lèvres pour me demander le silence. Raté. Quand on m’appelle, moi, je réponds. « Qui êtes-vous ? » L’homme s’approcha rapidement, tout en me faisant encore signe de me taire. Il posa sa main sur ma tête en murmurant des paroles étranges. Curieusement, je ne bougeai pas, même si ça n’était pas l’envie de l’envoyer valdinguer qui me manquait. J’aurai pu, d’ailleurs. Il avait une longue barbe blanche et paraissait maigre et chétif. Pourtant, quand on le regardait, on ressentait une peur inconsidérée, comme si le simple fait qu’il soit là pouvait tuer quelqu’un. Lorsqu’il me lâcha, il me souffla rapidement. « Taisez-vous, suivez-moi, obéissez-moi et vous vous en sortirez. » Entre un petit aux allures de sorciers et un groupe de gros bras, je choisis le petit maigre. Je me la fermai donc et le suivis. Il ouvrit la porte. Oui, tout simplement, il la poussa délicatement et elle s’ouvrit sans un bruit. Lorsque je quittai mon cachot, je le vis qui, d’un magistral revers de manche, projeta contre les murs les soldats, leurs armes et leur bière. Il me fit un signe de la main et s’engouffra dans l’escalier. Je courus à sa suite. Arrivé dans la cour, il prit un long bâton appuyé contre le mur. Il se tourna alors vers moi et me dit théâtralement : « Tu es libre. » C’est bon, j’avais remarqué. « Mais si tu veux un jour rentrer chez toi, tu dois me suivre. -Je crois vous l’avoir déjà demandé mais, qui êtes-vous ? -Tu sauras tout si tu me suis. » Ben voyons … «Mais si tu ne me suis pas, tu ne pourras jamais rentrer chez toi. -J’ai comme l’impression que vous vous répétez. -Parce que c’est la seule chose que je puisse te dire à l’instant présent. Viens-tu ? » J’ouvris la bouche pour répondre quand il sourit et claqua des doigts. Deux chevaux sellés apparurent alors, mâchouillant nonchalamment un peu de paille. Il me tendit les rênes de l’un d’entre eux et me dit : « Tu sais monter à cheval ? Non ? T’apprendras ! » Il me prit la jambe et, en cinq secondes, je me retrouvai à distance considérable du sol. Mon dernier (et seul) souvenir équestre datait de la maternelle quand, le premier jour de la classe verte, un poney m’avait fichu par terre. Résultat : une jambe cassée et une semaine à l’hôpital. Que des bons souvenirs … Bref, aussi horrible qu’il soit dans ma mémoire, ce poney était un nain calme et placide comparé à cet étalon géant qui piaffait d’impatience. Le vieil homme, lui aussi à cheval, se retourna d’un air parfaitement à l’aise et me sourit : « Tu vas encore assister à un tour de magie, comme on les appelle chez toi. N’aies pas peur et tout ira bien. » Il claqua la langue et les montures s’emballèrent. Elles galopaient à une vitesse prodigieuse, décollant du sol. Oui, décollant. Je me serai presque cru chevauchant les rennes du Père Noël. Je battis ce jour-là le record de Boeing en matière de vitesse et de non-pollution. Si je pige un jour comment ce truc marchait, faudra que je pense à déposer le brevet. Lorsque nous atterrîmes, brutalement et inconfortablement, nous étions arrivés à l’orée d’une forêt devant une cabane croulante, rongée par la pourriture. J’expérimentai une nouvelle technique équestre (celle qui consiste à se laisser tomber sur le côté et atterrir lamentablement dans la boue) et suivis le vieil homme qui entrait dans la maison. Je crois n’avoir jamais rien vu de plus pourri (au premier sens du terme) que l’intérieur de cette maison – si on excepte, bien sûr, ce camembert que j’avais oublié pendant deux semaines sous le radiateur. Y’a que moi pour faire ce genre de trucs – Bref. Il me fit asseoir sur une bûche et me lança un objet doré que j’examinai sous toute ses coutures. C’était une bague. En or. Simple. Elle n’avait vraiment rien de particulier. On aurait dit une alliance. Lisse, sans pierres précieuses, c’était le genre de bijoux qu’on voyait, puis qu’on oubliait sans remords. « C’est quoi ? demandai-je. -C’est l’Anneau. Tu as pour mission de le protéger. C’est pour ça que tu es ici. -POURQUOI ? -Tu es le Gardien. -Le QUOI ???? -Si on t’as envoyé ici, c’est pour que tu ne puisses jamais l’avoir. Mais j’ai eu vent de leurs plans et … » ce type parle bizarrement. -Les plans de qui ? Et pour la dernière fois qui êtes vous ? -Je représente la Rébellion contre l’Empire. -Et vous êtes qui ? Luke Skywalker ? -Je vois… En fait, ce monde-ci ne t’intéresse pas. Pourtant tu es le Gardien … -Le gardien de quoi ? -De l’Anneau, stupide ! » Je ne voyais pas en quoi ne pas vouloir rejouer le Seigneur des anneaux était stupide. « Puisque tu nous connais si peu, prends l’Anneau, garde-le avec toi et apprends. Tu reviendras plus tard. -Vous aviez dit … -DEHORS ! » Je ne fis ni une ni deux et filai. Je ne comprenais pas pourquoi il était si en colère et, après tout, cela m’importait peu. Vexé, je rentrai dans la forêt sans réfléchir. Au bout de cinq minutes, je me rendis compte que j’étais doublement perdu, que j’avais deux raisons de ne pas pouvoir rentrer chez moi. J’étais perdu dans une forêt inconnue, dans un monde inconnu. Et pire encore : je venais de m’engueuler avec la seule personne qui aurait pu m’aider à neutraliser les barbares qui me poursuivaient en poussant des cris sauvages. Je me mis à courir du plus vite que je pouvais, évitant les troncs et les branches basses. Je sentais la bague, que j’avais glissée dans ma poche, me battre la cuisse de plus en plus fort. Elle pesai de plus en plus lourd si bien que je fus obligé de m’appuyer contre un arbre pour souffler et la sortir de ma poche. Elle brillait d’une lumière dorée, son poids augmentant à mesure, me sembla-t-il, que mes poursuivants se rapprochaient. Soudain, j’aperçus entre deux buissons l’épée de l’un d’entre eux. Je fourrai à nouveau la bague dans ma poche et repris ma course folle. Bientôt, je dus encore m’arrêter. J’avais la sensation que le poids de la bague allait déchirer la poche de mon pyjama préféré. Je la repris dans ma main et entrepris d’escalader l’arbre sur lequel j’étais appuyé. En effet, je sentais que je ne pourrais plus continuer à courir comme ça longtemps. Je voyais aussi que les branches étaient très basses et qu’il me serait facile d’arriver à une bonne hauteur du sol. Je me lançais donc dans ma périlleuse ascension. Arrivé à mi-hauteur, je vis la bande de soldats passer et m’assis confortablement sur une fourche solide pour mieux examiner l’anneau. Toujours plus lourd, il brillait de plus en plus. Je le pris dans ma main gauche et il s’éteignit brusquement. Je me demandai ce qui se passait quand, peu à peu, il prit une couleur flamboyante. J’avais l’impression qu’il était en train de brûler. Sa lumière devenait de si éblouissante que je dus fermer les yeux pour le supporter. Je ne les rouvris que quand la bague eut retrouvé sa place dans ma poche à cause des cris que j’entendais. Les barbares avaient compris que je les avais roulés et commençaient à se défaire de leur équipement pour pouvoir me rejoindre. Je ne les attendis pas. Je fis de mon mieux pour monter encore mais, comme par hasard au moment où j’en avais le moins besoin, la bague tomba. Je dus me laisser tomber de deux branches pour la rattraper. Les barbares commençaient à monter et, à ce que je voyais, ils étaient plutôt bons à l’escalade. Je ne voulais plus que cette foutue bague me cause encore des problèmes. C’est alors que j’ai eu le réflexe qui sauve. Je l’enfilai. Je me sentis soulever du sol. Je fermai à nouveau les yeux, et, quand je les rouvris, je me retrouvai allongé sur mon lit. Je crois que c’était un rêve cette histoire, que je m’étais rendormi et que tout ce qui m’arriverai c’était un retard au lycée Du moins je l’ai cru jusqu’à ce que je voie l’Anneau à mon doigt et les restes de mon portable qui glissaient de mes couvertures. Je pris une douche rapide, attrapais mon sac au vol et partis en coup de vent au lycée. Le lycée… C’était bien la seule chose qui resta normale dans cette histoire. Une bague magique, un vieux sorcier, des barbares d’un autre temps et une espèce de petit bonhomme brun qui un jour m’a envoyé au Moyen-Age. Tout ça me paraissait si loin ! Perdu dans mes pensées, je me cognai contre un passant, un vieillard. Je m’excusai et repartis. Je fis seulement quelques pas avant de m’apercevoir que la bague devenait brûlante. Je me retournai pour voir ce vieil homme qui, manifestement, était à l’origine du phénomène. Il avait disparu. Il n’y avait plus personne dans la rue, il s’était envolé. C’est alors que j’ai compris que ça n’était pas fini. Ça venait tout juste de commencer. que j’ai compris que ça n’était pas fini. Ça venait tout juste de commencer. que j’ai compris que ça n’était pas fini. Ça venait tout juste de commencer.