l'arrache-coeur. Ca doit être le mot 'coeur' qui attire tout d'abord mon attention. Ma réflexion est alors tournée vers mon intérieur qui se met à cogiter aussi. 'Coeur' c'est cette chose qui bat mais qui ne fait plus si mal qu'avant... Ce n'est pas un organe, c'est une espérance folle qui s'est auto-détruite à petit feu car il était écrit sur la convocation 'passion extrême'. Hors dans les villes on ne survit pas avec une 'passion extrême', sans doute pour notre bien... Alors on nous convoque dans un bureau dont la taille ne dépasse pas un pouce de Français, et un mile marin. Un homme rachitique au visage glabre vous dit que vous êtes malade et qu'on va vous soigner. Il dicte ses instructions machinalement; asseyez-vous la, ouvrez votre chemise, ne bougez pas, ça va juste piquer un peu. A peine vêtu d'un revêtement décent, couvert d'un bleu de bureau de travail et d'une cravate gris terne. En un rien de temps c'est fait. Il s'approche comme si de rien avec son appareil qui n'en est pas. Il applique la surface de métal sur la peau qui tressaille un millième de seconde au contact de l'instrument glacé, il enfonce rapidement son engin au niveau du thorax. Je vois son visage raide, placide, inébranlable, un visage sans expression qui ne regarde pas, qui ne voit rien, qui est comme mort. En réalité l'âme de cet homme résidait dans un coma profond, mais son corps encore bien actif on l'avais mis au travail forcé. Ce médecin rescapé était encore très doué pour les mécanismes chirurgicaux dans le genre qu'il était en train de m'infliger à l'instant... La vie, c'est si difficile à attraper, plus dur que la grippe, et pourtant ce n'est pas faute d'avoir essayé ! Et quand vous en tenez un petit bout, on vous l'enlève sur une table de médecin non certifié, qui a acheté son diplome dans un proxy delhaize. On ne devrait jamais croire ce qu'on voit, car la ruse aura raison de nous. On devrait toujours avoir foi en ce que l'on ne voit pas. Je me suis levée machinalement vers son bureau derrière lequel il venait de s'installer, il m'a demandé mon nom et mon numéro de matricule... je lui ai donné sans mot dire, il a farfouillé dans ses affaires signé des papiers grands et longs que j'ai rangé dans ma trousse. J'ai payé, je suis partie en jetant encore un dernier coup d'oeil sur le bocal ensanglanté qu'il venait de poser sur une étagère, et sans aucune amertume ni aucun regret j'ai quitté les lieux, le visage serain et ennuyeux qu'on pourrait qualifier d'heureux. J'ai réintroduit la populace et dans un bain de foule, je me suis mélangée à mes [maintenant] semblables. Le regard vide, les pieds au sol et la tête vide. j'ai compris qu'une nouvelle vie commençait mais aucun sentiment ne vint à ma rescousse pour essayer d'expliquer tout ça, je me suis sentie bien et libre mais je ne m'en souviens plus.