[[i]Issu de ma période [u] Chants de Maldoror[/u], retrouvé en farfouillant dans de vieux dossiers, vaguement dépoussiéré avec nostalgie. Si je le dépose ici, c'est sans prétention aucune, pas pour me faire taxer de gothopouf ou de je ne sais quoi, simple envie de voir si le message que je voulais y mettre est lisible, si je peux en faire quelque chose, si vous pouviez m'y aider...] [/i] Quelle douloureuse élégance en ces derniers instants ! Tu prononçais mon nom, je crois, dans un murmure digne aux accents séraphiques. La plume de ta voix, ton auréole blonde de cheveux, le blanc-archange de ton visage et les ailes froissées de notre amour, je me souviens… jusqu’au moindre détail… « Tu t’en vas, mon cœur… » J’ai contemplé le bleu étincelant de ton œil, rehaussé de douleur, et j’ai suffoqué car il se remplissait, cet œil, il gagnait en couleurs et en brillance, au lieu de se ternir. Comment oublier ton petit corps frêle tout secoué de mal et ta couronne divine de cheveux d’or, et l’ovale blême de ton charmant visage ? « Tu t’en vas, mon amour, et j’embrasse ton front pensif, tes joues creuses, tes lèvres sèches, je veux te goûter, une dernière fois, ma petite âme, avant que tu ne t’en ailles… » O mon ange, combien de fois ai-je prié pour effacer tous ces détails, pour effacer la lame brillante, pour oublier ton corps et ta voix étouffée qui murmurait mon nom ? Un murmure angélique, ta voix, comme perdue, comme loin, très loin, perdue, oui, tu t’en allais, mon amour, dans une majestueuse souffrance. Au calice de ton corps, j’ai porté mes lèvres et j’ai bu de ta liqueur, ma main contre ta gorge merveilleuse de blanc. Un paradis de neige que ta peau, mon amour, fraîche et pure, tout récemment venue du ciel ! Nous avons pleuré, l’un contre l’autre, mon visage dissimulé dans tes cheveux blonds, je voulais prendre ton odeur, l’emporter avec moi, comme un dernier présent. C’était mon héritage, un précieux héritage de parfum, et je regrette à présent… J’aimerais tellement oublier, et tes yeux, et ton visage, et ta voix mélodieuse et l’or de tes cils. Tu pleurais des larmes silencieuses que j’essuyais, aussitôt, de la pointe de la langue, ô les délicieuses, parce que la Mort laissait du temps à Dame Douleur. J’ai serré très forts tes doigts raides, j’ai regardé les clous et les plaies, et je voulais t’aider à partir plus vite. C’est si cruel un départ qui tarde et on finit toujours par redire nos mêmes phrases et on se prend à désirer la séparation car l’attente en est bien pire. J’ai retiré la lame de ton ventre et tu n’as pas crié, mon amour, tu as été tellement courageux, tellement noble, malgré ta faiblesse apparente, malgré ta fragilité de séraphin, et c’était tellement beau de voir tes yeux s’allumer davantage ! Tes yeux, emplis de ce curieux mélange, des yeux de ciel, mon cœur, si bleus ! et si vifs ! J’ai murmuré à ton oreille : « Ne pleure pas mon amour, ne pleure pas… Tu rejoins notre Père, ô mon ange… » et il y a eu cet éclair dans ta pupille. « Pourquoi ? » Ta voix douce, légère, toute frémissante, un battement d’ailes divines, la berceuse enchantée du chérubin. J’ai embrassé ta joue lisse, mon délicat, et j’ai soufflé : « ô mon amour, il le fallait, c’est ainsi que partent les anges… » mais j’avais mal, et toi aussi, et j’ai posé un doigt sur tes lèvres exquises. Je t’ai bercé, ma douceur, en caressant tes cheveux et ta peau pâle, en me noyant dans tes yeux, goûtant quelquefois à ton alcool de rubis enivrant et c’était pour que tu t’en ailles plus vite, pour que ce soit moins douloureux… J’ai voulu t’aider, oh, souviens-t-en, mon cœur, et j’ai tailladé ta peau, et tes veines d’une main délicate et timide, dans l’espoir que la vie t’échappe bien plus vite. Je te souriais, à travers mes larmes, et je t’ai dit : « Pense à moi, quand tu seras là-haut, avec tes frères, dis-leur que je t’ai aimé, mon innocent, que tu es revenu grâce à moi, qu’ils viennent me chanter leurs mélopées et que leurs prières bercent à jamais mes rêves…» Comment oublier tes couleurs ? Ton blanc-nuage, ton bleu tropical, ton or-soleil et tout ce rouge dilué de coquelicots en ces derniers instants ! et quelle douloureuse élégance dans ta voix ! Tu étais si malade, mon cœur, et quels accents séraphiques dans tes gémissements ! J’ai fermé tes paupières violettes de mes doigts vermeils et tremblants et j’ai posé un crucifix d’argent sur ta poitrine lacérée. Tu t’en étais allé, mon tout beau, et depuis, je n’ai rien pu oublier ni de ta voix, ni de ton corps, ni de ta souffrance majestueuse d’archange blessé… blessé… blessé…