Il est décidé à m’infliger ça tous les jours je crois. Tant mieux, je peux comme cela écrire tout mon saoul. Je veux épancher ma haine, toute ma haine de ce jour, toute ma haine de ce journal, toute ma haine de ce jouet la vie. Le vieux est plus jeune et plus sauvage qu’il n’y paraît. Je dis cela parce que cela me plaît, donc c’est vrai. Je ne crois pas le vieux dans tout ce qu’il me dit. Il n’a pas dormi cette nuit, il ne veut pas sortir hors de cette ville, il n’y a pas de désert où l’on puisse vivre, il n’y a que la nuit dehors, la nuit et ses plombs bruts, cavaliers et colts, qui où que l’on soit fusent. Je ne sais pas grand chose, mais je sais cela. Le vieux ne sait rien, lui, que peut-il me dire. Il dit ne rien savoir, pas même qui il est. Je ne le crois pas. Le vieux est jeune et il sait tout, il sait ce qu’il en est, il sait de quoi il en retourne, il sait où toute cette histoire doit nous mener. Il ne revêt qu’un déguisement extraordinaire. Il ne porte rien du tout sur lui. Il est laid, et j’espère que je le hais. Je ne veux pas partir, je ne veux pas sortir de mon bouge, deux jours qu’on est ici, je veux rester, je vis ici, mon père tout moucheté un peu puant est à côté la bouche ouverte quelques oeufs frais déjà dedans. Je lui ai arraché sa dent en or et je lui ai cassé deux doigts, pour voir, pour jouer. Je me suis étouffé dans la poussière. Je ne sais pas. Il n’a pas crié, il n’a pas bronché, ça ne lui a rien fait. Le vieux veut partir au matin. Il a trouvé ce qu’il voulait. Une petite bourse pour continuer, tous les deux. Le vieux se croit justicier, et se sert lui-même de quoi se payer, personne ne lui ayant rien demandé, il a bien raison. Je ne sais rien. J’ai presque envie d’écrire ce que le vieux raconte. Je n’ai pas pu faire le vide dans mon esprit. Beaucoup de choses me manquent, beaucoup de choses se perdent. Je n’ai plus rien à perdre. C’est ma vie qui s’écrit, ma vie et la sienne, que l’on lie, je veux la vie désormais, je veux le vrai, conduire le vrai, me déprendre de ces choses. Tout est faux ici, factice, faux, tricheur, tout ment, je le sais, je le sens. Mon sang s’enfuit de mes veines, je pense à vous, vous tous prisonniers d’autorités intéressées, intéressées et puérils, ce que vous êtes ensemble. Je terrasserais la brute de la terre, mes pas vont m’y conduire, mes pas et le gamin. Cela fait cinq jours je suis parti, cela fait deux jours je suis ici, j’ai ce que je veux, il va nous falloir partir, et je crois que tous deux nous comprenons cela. Tout deux nous comprenons cela ? Mais que croit-il que je comprenne lui qui justement compte sur moi pour ne rien comprendre de ce qu’il dit ? Est-on stupide à ce point ? Et qu’y-a-t-il à comprendre dans un départ, qu’y-a-t-il à comprendre si ce n’est la fuite ? Ce n’est pas la question. La question est fausse, la question est mal posée, la question est : qui y-a-t-il à comprendre ? Alors je me tourne vers toi le vieux, je te vois dans ton ensemble, je te vois et ne vois rien. Je ne peux pas te comprendre, le vieux, car tu n’existes pas. Tu es vide, tu as cinq jours toi-même le dit à peine sevré, il n’y a rien en toi, je ne peux pas te comprendre car il n’y a rien à comprendre de toi, je ne peux pas comprendre ce qui n’existe pas, il n’y a qu’une carcasse vide, un absolu de vide que tu cherches à remplir, mais tu sais comme moi que tu ne le rempliras pas. J’étais une première étape de ton remplissage, le vieux, tu te devais d’exister au moins au travers d’une personne, sur laquelle tu comptes pour raconter ton jeu. Tu veux terrasser la brute de la terre, tu comptes sur moi pour t’y conduire, fort bien, je ne sais pas de qui tu parles, que tu parles d’elle ou que tu parles de moi. Mais voilà que je me mets à te tutoyer sans m’en rendre compte ! Que penses-tu de cela, le vieux, je deviens volage il me semble, je deviens vulgaire, et tu deviens ridicule, que penses-tu de cela, cela te convient-il ? Cela dessert-il bien tes projets de remplissage ? Je ne suis plus sage, à présent, alors qu’espères-tu remplir ? J’ai plus de cendre sur mes bottes que de terreau dans mes cheveux. Que font là ces cailloux bruns, et là ces pétales noirs ? Demain, nous partirons sur des chevaux.