« Tu vas parler, n’est-ce pas ? Un violent coup de masse ponctue la requête. Fredo grimace. Il sera cabossé pour le restant de ses jours. Voir le restant de ses heures, au train où vont les choses. - Je… Que… Que voulez-vous savoir ? » Les hommes de Denfert le maintiennent sur la table. Denfert doit prendre l’affaire très au sérieux car – à défaut de manier lui-même la lourde masse en acier – c’est lui qui pose les questions. Et c’est extrêmement rare, que Monsieur Denfert se déplace en personne. De son murmure de voix qui lui donne toujours un air pensif, il reprend : « Voyons… Pas si vite. Tu peux bien résister un peu. Pour la forme… » Denfert incline la tête. La masse tombe à nouveau. Maintenant ça sera un miracle si Fredo parvient de nouveau à tirer un coup. Il gémit : « Je dirai tout… Mais pitié, arrêtez-ça… - Ma fille est morte, Fredo ; La voix de Denfert est à peine audible, désormais. Il reprend : Les responsables doivent payer, tu en es conscient ? Fredo est en larmes. Il bafouille : « J’ai rien à voir avec ça, Monsieur Denfert… Moi j’ai juste logé deux types, pendant une semaine. Mais je vous jure que je ne savais pas ce qu’ils s’apprêtaient à faire ! Denfert se penche tout près de Fredo, et il faut presque lire sur ses lèvres pour le comprendre : - Je veux des noms. » Nuit venteuse. Il paraît que tout est fatal. Quoiqu’il en soit, les hommes de Denfert finissent par mettre la main sur Johnny, alias le Cylindré, alors que ce dernier roule tranquillement sur la nationale 74, tout près de là où le corps de la gosse Denfert a été découvert. L’idiot se fait cueillir comme une fleur. Cette fois-ci, Denfert a envie d’en finir rapidement. Il a pris une pince monseigneur et il compte bien s’en servir lui-même. L’idée qu’il tient peut-être celui qui a tué sa fille lui donne des forces. Il travaille pendant presqu’une heure, avant que Johnny ne se mette à table : « Moi… Je… Je me suis occupé de fournir de la poudre, Monsieur Denfert. Han… C’est tout. Je vous le jure devant Dieu. C’est vrai, j’ai aussi donné un coup de main à Billy pour aller retrouver votre fille… Han… Mais c’est tout ! C’est Billy qui lui a fait son affaire ! Mais je sais pas où il crèche ! Devant Dieu, je… - Chut… » Monsieur Denfert ferme les yeux. « Dieu dort, pour le moment. Il ne faut pas le réveiller. ». Johnny hurle. Dans un luxueux Jet à destination de Genève, Billy se prélasse sur un large fauteuil, en première classe. Bien que couvert du sang séchée de la gosse Denfert, Billy a le sourire aux lèvres. Sa copine l’attend en Suisse, et le pactole qu’il va toucher pour son premier et dernier contrat devrait leur permettre de jouer les nababs pendant un bon moment. Minuit bipe ses coups. Fredo le flingue a sûrement été coulé dans du béton à l’heure qu’il est. Quant à ce pauvre Johnny la douille, Bill soupire… Il n’était pas voué à faire long feu. Oui, triste histoire en vérité. Du haut de ses 9mm, Billy se ressert un scotch.