- Tout le monde crut que la paix allait enfin devenir perpétuelle le jour où furent utilisés pour la première fois et de façon, avouons-le, plutôt spectaculaire, les dispositifs de défense DW-ENS type II, plus connus sous le nom de "boucliers soniques". Le premier bouclier sonique à réellement fonctionner fut celui construit en atmosphère artificielle sur le poste avancé de Mercury City, Mars, en 2079, en janvier si je me souviens bien. Les essais furent si concluants et surtout si impressionnants qu'ArpaTech autorisa immédiatement la commercialisation de son bouclier, avant même la fin des tests réglementaires. Pourtant, même si les tests effectués par la suite ne permirent pas de découvrir de défaut - comment l'auraient-ils pu, d'ailleurs, puisque le système était parfait - et que les DW-ENS II ne furent vendus qu'à l'armée spatiale, je continue à penser que le bouclier a été mis en fonction plus tôt. Une rumeur parcourut la salle, de plus en plus appuyée, jusqu'à trouver son apogée en la personne d'un petit homme chauve, qui se mit debout sur son siège pour couvrir le vacarme de la salle en criant à l'orateur : - Nous ne sommes pas ici pour écouter un cours d'histoire, Frenk ! Voulez-vous en venir à la question qui nous intéresse sans plus... - J'y viens, Edwar, j'y viens, reprit l'orateur. Ne vous impatientez pas, et sachez que je ne dis rien qui ne puisse être utile à mon raisonnement. L'orateur, ou Frenk, tel qu'on l'avait nommé, saisit une petite pochette en plastique, en tira une paille, et laissa une bulle de liquide jaunâtre s'en échapper et flotter quelques instants dans les airs. Après quoi, il l'attrapa du bout des lèvres, et la but, comme le faisaient les enfants. Dans la salle, quelques personnes sourirent. Les quatre cent soixante dix-neuf autres s'impatientèrent. Frenk reprit : - Laissez-moi revenir un instant sur les capacités fantastiques du bouclier sonique. Nous ne sommes pas tous ici des physiciens... [c]***[/c][j] 7 décembre 1999 Quel cafard ! En ce moment, depuis quelques temps, je n'ai envie de rien. Ce matin, je me suis réveillé trop tard pour aller à mon TP. Mon réveil n'a pas sonné. Si même les objets se mettent à emmerder le monde, je suis pas sorti. Bref, il était dix heures moins vingt et je n'avais pas le temps de m'habiller et de me laver - surtout que le mardi, je me lave les cheveux - pour choper le RER de dix heures. Alors, je suis resté au lit jusqu'à midi, à bouquiner et à regarder des conneries à la télé, point. Finalement, je me suis levé, j'ai pris une douche, sans conviction. Je me suis même pas lavé les cheveux. Puis, je suis descendu acheter du pain parce que j'avais un peu la dalle. La vieille conne qui tient la boulangerie rue Orfila et qui fait toujours la gueule parce que personne lui achète son pain congelé mal décongelé avait l'air au plus bas aujourd'hui. J'aimerais être l'huissier qui viendra la jeter dehors, elle et son clébard. J'ai filé direct à la superette du coin de la rue et j'ai acheté du pain de mie, point. A la maison - enfin, la maison, je veux dire, le tiroir qui me sert de studio - je me suis fait des tartines de nutella. Au lieu de me nourrir, ça m'a rappelé des souvenirs du collège, des virées avec Alexandre et Natacha, et ça m'a foutu encore plus le cafard. Alexandre, quel connard quand j'y repense... Du coup, je suis pas non plus allé au cours magistral de l'après-midi. Et évidemment, j'ai pas pu voir Julie après le cours, j'avais complètement oublié le rendez-vous. Le pire, c'est qu'il y a une semaine, je m'y serais pris longtemps à l'avance pour passer une heure avec elle. Aujourd'hui, j'ai tellement le cafard, que je m'en tape complètement, de Julie. De toute façon, je me rends compte, maintenant que j'y pense, que c'était foireux comme coup. On sort pas avec une fille croisée à la sortie d'une salle, parce qu'elle a raté deux cours. Elle s'intéressait pas à moi, elle s'intéressait juste aux cours qu'elle avait ratés, point. Ce que j'ai pu être con ! C'est tout moi ça, une fille s'approche à moins de cinq mètres de moi en souriant et je me vois déjà marié, deux enfants, une belle voiture et une maison de campagne en Normandie ! Et puis qu'est-ce que j'aurais avec une fille comme Julie ? Un intello comme moi, ça épouse une bibliothécaire, pas une hôtesse de l'air, point. En fait, je m'en rends compte maintenant, c'est Alexandre qui avait raison : toutes des catins... Etienne. [c]***[/c][j] - Le DW-ENS de type I, ancêtre du bouclier sonique, avait lui-même des propriétés déjà stupéfiantes, puisqu'il mit fin, aux environs des années 2030, à toute menace nucléaire. Sa résonance électromagnétique était capable d'arrêter n'importe quel projectile, quelque soit sa taille, sa vitesse et sa composition, et mieux encore, de l'enfermer dans une bulle isolante et parfaitement hermétique, limitant ainsi les dégâts de son explosion, si nécessaire. Mais le type I fut totalement démodé dès que furent mises en service les premières armes à rayonnement, notamment pendant la bataille de Vénus, lors de la Première Guerre Solaire. La quatrième dimension de la guerre, l'espace, après la terre, la mer et l'air, nécessita toute une panoplie de nouveaux armements, dont les armes à rayonnement, et par la suite, le bouclier sonique. Ce dernier, attaquant le mal par le mal, produisait une série d'ondes sonores qui bloquait les rayons, et, bien mieux encore, les renvoyait très précisément à leur point de départ. C'est ainsi que fut détruit une grande partie de la flotte des insurgés de Vénus, lors de l'utilisation surprise de ce nouveau bouclier, sans même que les Forces Terriennes n'aient à utiliser la moindre arme. Comme vous le savez, c'est cet évènement mémorable qui mit fin à la Première Guerre Solaire, en 2081. La paix dura exactement 30 ans, assurée par le bouclier sonique terrien, qui détruisait pacifiquement ses assaillants. Mais la suprématie du type II fut remise en question en mars 2111, il y a moins d'un an, lors de l'attaque surprise contre la flotte de l'amiral Hersen, au large de Jupiter, lorsque les colons Vénusiens rancuniers réussirent à pénétrer la ligne de défense Terrienne, grâce, on le sait aujourd'hui, à une bombe à antimatière, et à détruire le générateur du bouclier sonique. Même en laboratoire, on n’avait jamais provoqué l'explosion d'un DW-ENS de type II et personne n'avait jamais pensé aux conséquences que cela pourrait avoir. On fut heureux de constater qu'il n'y en eu aucune. Le bouclier s'effondra sur lui-même, absorbant l'espace dans un rayon de 300 mètres, et disparut tout simplement. Il n'y eut pas la moindre onde de choc, qui suit habituellement n'importe quelle explosion. Du moins, c'est ce que l'on a pensé. Et on aurait dû se douter que la puissance de la déflagration avait bien du passer quelque part. Frenk, essoufflé et en sueur, prit une nouvelle gorgée, de façon plus sobre cette fois. - Mesdames, messieurs les journalistes, chers confrères, ou simples curieux, ce que je vais vous annoncer ne sera pas facile à croire, et pourtant, tout est vrai, et rigoureusement démontré. Après des semaines de travail et de recherche avec mon équipe au laboratoire de Mercury City, je suis en mesure d'affirmer que si nous n'avons pas pu percevoir l'onde de choc dégagée par l'explosion du bouclier sonique, c'est que son essence dépasse notre conception même de la physique. Je pense effectivement que l'explosion du bouclier a provoqué une série d'ondes d'une puissance exponentielle, se déplaçant plus vite que la lumière. - C'est impossible, s'écria Edwar, remonté sur son siège. Dépasser la vitesse de la lumière équivaudrait à remonter le temps, tout le monde sait ça ! - Vous n'êtes pas loin de la vérité, cher Edwar, dit Frenk avec un sourire triste. [c]***[/c][j] Dans la pénombre, Marina caressait sensuellement son propre genou. Ce film était ennuyeux à mourir. Les gens autour d'elle, pourtant, avaient l'air absorbé. Elle ne comprenait vraiment pas ce que les gens pouvaient trouver à ces films d'extra-terrestres et vaisseaux spatiaux. Elle-même avait déjà du mal à manipuler son propre four à micro-ondes et à communiquer avec ces étrangers qu'on croisait partout alors ces gens qui se servaient sans aucun problème de machines fantastiques et qui conversaient naturellement avec des créatures exotiques, c'était trop pour elle ! A vrai dire, si elle était là, c'était uniquement parce que Ludovic lui avait demandé de l'accompagner au cinéma. Ludovic était passionné par ce genre d'histoires, et il avait l'air aussi absorbé que les autres. Elle n'était intéressée que par lui. Elle guettait le moindre de ses gestes, le moindre de ses regards pour elle, en vain. Un moment pourtant, il lui sembla que la main de Ludovic glissa imperceptiblement vers la sienne. Elle se raidit, ne bougea plus, attendit le moment où leurs deux mains se joindraient. Elle attendit, mais rien ne vint. Jetant un discret coup d'oeil, elle vit que la main de Ludovic semblait ne pas avoir bougé. Elle était sûre de n'avoir pas rêvé pourtant, elle n'était pas folle ! Parfois, elle se disait que Ludovic devait être aussi timide qu'elle, et que, comme elle, il n'osait rien faire. D'autres fois, elle pensait qu'il n'y avait rien du tout entre eux deux, que son imagination la trompait. Mais s'il n'y avait rien, pourquoi l'aurait-il invitée au cinéma ? Marina décida de ne pas décider, de laisser le hasard choisir, comme elle le faisait à chaque fois qu'elle se trouvait face à un dilemme de ce genre. Elle chercha dans sa poche un objet quelconque qui pourrait lui servir de dé. Elle ne trouva que le billet du cinéma, récemment utilisé. Elle le sortit de sa poche, et le laissa tomber discrètement sur le sol. S'il tombait du côté blanc, où était écrit le titre du film, elle ne ferait rien du tout. Si au contraire, il tombait du côté rouge, où était écrit le nom du cinéma, elle saisirait Ludovic et l'embrasserait. Elle savait qu'il était l'homme de sa vie, que si ce baiser fonctionnait, il l'épouserait. Le hasard ne la trompait jamais. Elle se pencha pour regarder la couleur du billet... Rouge ! Marina l'avait toujours su. Le hasard n'avait fait que confirmer ce qu'elle pensait. Comme elle avait été idiote de douter ! Allons, elle avait assez attendu, cette fois, elle ne pouvait plus douter. Elle prit une grande respiration, passa un bras autour des épaules de son futur mari, posa son autre main sur sa joue pour tourner vers elle le visage de son amant, tout en approchant ses lèvres des siennes. A ce moment précis, le son du film disparut brusquement. L'image continua à défiler pendant quelques instants sur l'écran, avant de disparaître à son tour, tandis que les lumières de la salle se rallumaient faiblement. Quelques secondes plus tard, une voix assourdissante emplit la salle : "...chnique totalement indépendant de notre volonté, il semble en effet qu'une partie de la bande son du film soit endommagée." Marina, elle, était paralysée, toujours dans la même position, mais en pleine lumière. Elle se sentit soudainement profondément ridicule. Et tous ces gens autour qui la regardaient. Il lui semblait que certains riaient. Non, tous riaient, se moquaient d'elle. Jamais de sa vie elle n'avait été aussi humiliée. Elle se leva, et fondit en larmes. Ludovic, touché, tenta de la consoler en posant une main sur son épaule. - Marina, je... - Plus jamais ! hurla Marina, hystérique. Je ne veux plus jamais te revoir ! Tu ne fais plus parti de ma vie ! Et, pleurant à chaudes larmes, Marina s'enfuit en courant de la salle de cinéma toute entière interloquée. [c]***[/c][j] - Mais maintenant, reprit Frenk laissez-moi résumer les évènements de ces derniers mois. La première disparition spontanée a eu lieu il y a trois mois, à bord du vaisseau de croisière de luxe le Sirius, alors qu'il croisait Jupiter. Une femme, du nom de Nalia, s'est plainte un matin de la disparition de son mari. Elle raconta aux officiers qu'il s'était couché la veille avec elle, mais que le matin, au réveil, il avait disparu, ainsi que toutes ses affaires. On crut d'abord à une fuite. Pourtant, après vérification, on apprit que le mari en question n'était jamais monté à bord du vaisseau, et qu'il n'avait d'ailleurs jamais existé. Mais les témoignages étaient contradictoires. Outre la femme, qui affirmait être mariée, des lieutenants du Sirius reconnaissaient l'avoir croisé, l'avoir servi, avoir validé son billet en même temps que celui de sa femme. L'ordinateur de bord, lui, n'avait jamais enregistré la présence de cet homme. Tout se passait comme si l'existence de l'homme avait subitement été gommée de la réalité, des documents officiels et informatiques, ne subsistant plus que sous la forme d'un souvenir dans les mémoires humaines. On crut d'abord à un coup des Vénusiens. Ce n'est là qu'une accusation basse et raciste, qui ne va qu'à l'encontre de la recherche de la vérité, issue d'une traditionnelle et désuète façon de penser, qui veut que les Vénusiens soient responsables de tous nos maux depuis la Première Guerre. Par la suite, les disparitions spontanées se sont multipliées, et semblent être à présent de plus en plus fréquentes. On en a recensé dix-sept depuis le mois de janvier, parfois des familles entières. J'ai été étonné de constater que les disparitions de groupes ne concernaient que les membres d'une même famille, et même d'un même sang. Lorsqu'une mère disparaissait, il en allait de même des enfants, mais pas de son mari. Seule exception, le fils d'Eldor et Mavea, disparition spontanée du 16 décembre dernier, un enfant adopté. En interrogant les membres d'une famille issue de l'immigration martienne, j'ai pu constater que la disparition ne concernait pas uniquement ceux qu'on avait vu disparaître du jour au lendemain, mais également toute une branche de la famille sur plusieurs générations, dont les membres avaient brusquement cessés d'exister sur le papier. En poussant les recherches dans cette famille, je suis tombé sur le journal intime d'un lointain ancêtre, un terrien répondant au nom ancestral de Etienne Montbriand, qui semblait avoir mis fin à la lignée de sa famille en mettant fin à ses jours en janvier 2000. Pourtant, le même Eldor déjà cité, prétendait avoir épousé Maeva une descendante de cet Etienne, par qui il avait obtenu le journal qu'il m'a remis. En lisant ce journal, j'ai remarqué plus particulièrement la page du 6 décembre 1999 ou Etienne racontait avoir renoncé à un rendez-vous amoureux avec une certaine Julie, suite à une série d'événements qui avaient pour source une défaillance de son réveil. Eldor me confirma que Julie était bien l'arrière-arrière-grand-mère de Maeva, et que, bien qu'il ait déjà lu le journal auparavant, il n'avait jamais remarqué cette histoire de réveil défaillant. Cette histoire étrange semblait confirmer une hypothèse que j'avais faite. Plus tard, lors de mes recherches dans les archives terriennes, un très ancien article de journal, un simple fait divers racontant une panne sonore dans un cinéma, attira mon attention. Lors de cet évènement incongru, racontait l'article, une femme avait soudain été prise d'une crise de nerfs, hurlant au visage d'un homme qui semblait être son amant qu'elle ne voulait plus jamais le revoir. En lisant l'article, je me suis dit : et si en jurant de ne plus jamais revoir cet homme, l'hystérique avait brusquement annulé toute une descendance ? Et si cette crise de nerfs était responsable, aujourd'hui d'une disparition spontanée ? Je fis le lien avec l'histoire de Montbriand, qui à cause de son réveil, n'avait pas été à son rendez-vous, annulant ainsi une génération, jusqu'à Maeva. Dans les deux cas, un évènement précis semblait être responsable de cette annulation : une défaillance du réveil et une panne sonore au cinéma. Dans les deux cas, c'est le son qui semble avoir subitement disparu, pour une raison inexpliquée. C'est ainsi que j'en suis arrivé au bouclier sonique. C'est depuis la destruction du bouclier que ces disparitions spontanées ont commencé à se produire. Il semblerait que plus le temps avance, plus la date de l'annulation d'une génération est éloignée. J'ai donc de bonnes raisons de croire qu'une onde de choc sonore remonte le temps plus vite que la lumière, créant des petits évènements qui modifient notre histoire et annulent des générations. Ainsi, peu à peu, c'est l'humanité toute entière qui va disparaître. Le professeur Frenk affichait un grand sourire. Edwar se dressa à nouveau. - C'est impossible, Frenk ! L'humanité ne peut pas disparaître du jour au lendemain ! Nous devons trouver une solution ! - La solution, mon cher Edwar, je l'ai déjà, et elle est tout à fait simple, croyez-moi. Un enfant aurait pu y penser. Si je ne l'ai pas encore donnée jusqu'à présent, c'est par peur qu'elle ne soit récupérée par un groupe vénal comme ArpaTech qui songerait plus à son propre profit qu'à la survie de notre espèce. En conséquence, je l'ai gardée secrète jusqu'à maintenant, pour ne la révéler que devant un maximum de personnes, afin que chacun soit au courant. Je sais que des milliers de personnes sont réunies dans cette station spatiale, dehors pour suivre la conférence, et qu'elle est télédiffusée sur tous les canaux. Alors maintenant, citoyens du système solaire, écoutez-moi bien, car le temps presse. La solution, comme vous le verrez, est extrêmement simple, il suffit que chacun y mette un peu de bonne volonté. Pour y arriver, je me suis demandé pourquoi ces modifications temporelles ne faisaient que détruire des descendances sans jamais en créer. Et j'ai trouvé la solution. Voici mon plan de secours... [c]***[/c][j] André était nerveux. Il tournait en rond dans la salle d'attente, comme un ours en cage, comme un ours qui serait sur le point d'être papa. Il s'assit, saisit un journal, le feuilleta rapidement, le reposa et se remit à marcher de long en large. Un autre homme, plus âgé, était assis dans un coin et le regardait en souriant. André lui rendit son sourire, un peu gêné. - C'est vot' première fois ? demanda l'autre. - Oui, bégaya André, sans cesser de marcher. - J'étais comme ça moi aussi, je me souviens. Maintenant, c'est le quatrième, alors vous pensez ! Trois garçons déjà, j'espère que cette fois, ce sera une petite ! Si c'est une fille, on l'appellera Françoise. Et vous ? - Et moi ? répéta André, perdu. - Et vous, comment vous l'appellerez vot'bambin ? - Oh... Ce n'est pas vraiment décidé encore... - Et beh, il serait temps ! Vous avez bien une petite idée, non ? - Si c'est une fille, peut-être Catherine, ma femme adore ce prénom. Si c'est un garçon, sans doute comme mon père, c'est une tradition, je... André fut interrompu par une infirmière qui venait d'entrer dans la salle. Elle appela : - Monsieur Deschamps, Jérôme ? L'autre se leva, et dit, avec un signe amical à l'adresse d'André : - C'est pour moi ! Allez mon p'tit gars, courage, la prochaine fois ce sera vot' tour ! Et, accompagné de l'infirmière, il quitta la salle. André s'assit, prit une revue, et tenta de se calmer. Il allait être papa ! Secrètement, il espérait que ce serait un garçon, mais il tentait de se le cacher, pour ne pas être trop déçu si c'était une fille. Il était également inquiet, car le médecin lui avait dit que l'accouchement ne se passait pas très bien et qu'ils seraient peut-être forcés d'opérer sa femme. Mais il n'y avait a priori pas de raison de s'inquiéter, André avait confiance en la médecine moderne. Par la petite fenêtre de la salle d'attente, il vit son interlocuteur de tout à l'heure tenir dans ses bras ce qui semblait être un petit paquet de tissu hurlant à pleins poumons. Jérôme lui adressa un sourire et disparut de sa vue, mais l'on entendait encore les cris de l'enfant qui s'éloignaient. Il se produisit alors quelque chose d'étrange. Subitement, il n'y eut plus aucun bruit. Les cris de l'enfant disparurent, ainsi que toute l'ambiance sonore de la clinique qu'il n'avait pas remarqué jusque là. André se leva et tata ses oreilles. Etait-il devenu sourd ? Il eut soudain le vertige et se rassit. Il tapa du poing contre la chaise, ce qui ne produisit aucun son. Très étrange. Le phénomène ne dura qu'une trentaine de secondes, après quoi, tout redevint normal. Déjà, André n'y pensait plus. Regardant sa montre, il se dit que son fils - ou sa fille, il ne fallait pas se faire de fausse joie - naîtrait le 17 juillet 1956, aux environs de cinq heures du matin. Il sourit. La porte s'ouvrit brusquement. Un médecin, qu'André avait déjà vu avant le début de l'accouchement, entra calmement, la mine décomposée. - André, dit-il sans autre introduction, il va falloir que vous soyez fort. - Non... que... - L'enfant est mort. Nous n'avons rien pu faire. Je suis désolé. André sentit alors un énorme poids s'envoler de ses épaules, comme s'il était soulagé, mais pas vraiment triste. Sans doute ne pouvait-il pas encore vraiment réaliser, sans doute la tristesse ne viendrait-elle que plus tard. Pour cacher son malaise, il tenta une pointe d'humour : - On en refera un autre, dit-il avec un sourire triste. Le médecin ne sourit pas et posa une main sur l'épaule d'André. - André... Ce n'est pas tout... Votre femme... - Marie ? - Votre femme est morte aussi. Cette fois, André se sentit envahi d'un terrible sentiment de désespoir et d'impuissance. Il s'effondra, fondit en larmes. - Il faut que vous soyez fort, André, la vie n'est pas terminée pour autant. - L'enfant... bégaya André, était-ce... un garçon ? Ou... une fille ? - C'était un garçon, un petit garçon, André... - Un garçon, répéta André. On l'aurait appelé... comme mon père... C'est une tradition... On l'aurait appelé... Franck. [c]***[/c][j] Frenk venait de disparaître. La salle était interloquée. Peu de gens avaient assisté à une disparition spontanée, en raison du caractère totalement imprévisible du phénomène, et jamais aucune jusqu'à aujourd'hui n'avait été filmée. Celle-ci venait d'être télédiffusée dans tout le système solaire. En somme, cela n'avait rien d'extraordinaire. La personne était là, et une seconde après, elle ne l'était plus. En même temps que Frenk, avaient disparues toutes les affiches annonçant sa conférence ainsi que les articles le concernant, dans les journaux. Autrement dit, toute preuve de son existence s'était volatilisée, le professeur Frenk n'avait tout simplement jamais existé. La rumeur qui avait d'abord gagné la salle se transforma bien vite en panique. Les portes de la salle s'ouvrirent et des milliers de gens pénétrèrent dans la salle pour constater par eux-mêmes la disparition de Frenk. Lucide, et comprenant la gravité de la situation, Edwar fit un bon gigantesque, s'aidant de la gravité réduite, pour monter sur l'estrade. Saisissant le micro, il tenta de couvrir le tumulte de la foule : - Calmez-vous, amis citoyens ! Il ne faut pas nous laisser abattre par la disparition du professeur Frenk. Il faut réagir, s'organiser, et reprendre ses recherches pour retrouver la solution qu'il n'a pas eu le temps de nous livrer ! Il nous a laissé de nombreux indices : souvenez-vous qu'il a dit que la solution était si simple qu'un enfant pourrait la trouver, que c'était en rapport avec la nature destructrice de l'onde de choc, et qu'il fallait que chacun y mette de la bonne volonté ! Je vais ordonner qu'on reprenne tout de suite les recherches et ensemble nous... Edwar fut interrompu par un hoquet de surprise. Juste devant lui, dans les premiers rangs, trois personnes venaient de disparaître spontanément. Puis une autre. Puis encore une autre. Puis plusieurs. Alors, seulement, Edwar comprit la triste vérité. Les disparitions s'accélèreraient et jamais lui ni personne d'autre, malgré toute leur bonne volonté, ne pourraient y faire quoi que ce soit. Très vite, il n'y aurait plus personne dans la salle, et dans quelques jours, voire quelques heures, le système solaire serait vide. Bientôt, l'humanité toute entière aurait disparue à jamais. Edwar repensa aux paroles de Frenk. C'était peut-être ça, finalement, la paix perpétuelle. Il n'eut alors plus qu'une envie : retrouver sa femme Janyl et sa petite fille, les serrer dans ses bras en attendant leur disparition à tous les trois. Sans réfléchir, il s'élança à travers la foule qui ne l'écoutait plus et qui tentait, comme lui, de fuir la salle. Malheureusement, avant qu'Edwar n'ait pu atteindre la sortie, un modeste employé terrien, descendant de l'ingénieur qui avait construit la station Mercury, où se tenait la conférence, et avec lui tous ses ancêtres, et avec eux, la station Mercury, disparut spontanément. , et avec lui tous ses ancêtres, et avec eux, la station Mercury, disparut spontanément. , et avec lui tous ses ancêtres, et avec eux, la station Mercury, disparut spontanément.