Et reprendre l'énonciation. Demain. Le sol s'efface sous nos pieds, reconstructions virtuelles en 3D orchestrées par ces gens qu'on n'arrive pas à concevoir en se demandant même s'ils sont encore là. La machine s'est emballée. Stop Quand on n'a plus personne à blâmer, même pas soi-même, même plus soi-même, alors c'est que le maître a laisser s'échapper la créature et est allé s'enterrer quelque part, en laissant la création s'embourber dans la fange qu'il a lui-même tassée. Ah, comme il est innocent d'ignorance ! Deux heures de plus , et il aura oublié l'endroit où il a rangé sa pelle. L'air s'est raréfié. Stop De plus en plus de frayeurs s'accumulent. Elles ne cessent de s'ouvrir, comme des fleurs qui s'épanouissent, qui couvrent tout de leurs pétales lustrés, asphyxiant l'air de pollen. Dans le soleil brillant de midi, nous nous allongeons dans les pelouses hautes et nous voyons le bord des corolles planer au-dessus de nos têtes, menaces blanches et odorantes. A boire, à boire, pour libérer nos poumons. Pour reposer doucement nos têtes sur nos jolies épaules, enraciner nos cerveaux dans nos cous, faire remonter les connexions nerveuses jusque dans nos nerfs optiques. Bing. Crochète la serrure. Stop Sors ta carte, n'aies plus peur, il faut leur montrer de quel bois nous sommes faits. Mais de quel bois suis-je faite ? Si je pouvais choisir, je serais du teck, un bois imputrescible qu'on laisse dans le jardin pour des milliers d'années. Si quelqu'un trouve le banc, il l'époussettera du dos de la main pour ôter les feuilles qui s'y sont entassées. Elle s'assiéra alors, la caméra s'éloignera doucement, et elle se souviendra combien elle aura été heureuse. La vérité, c'est que les cow-boys dégainent sans nous laisser le temps de voir leur ombre. Ils découpent le taffetas pour leur tapis de selle, leurs doigts trop délicats ne peuvent saisir le cuir rèche. Ils peignent doucement la crinière de leurs chevaux, ils font cirer leurs bottes brunes. Car dans le délice des longues chevauchées solitaires, il n'y a rien qui gonfle autant le coeur que la fierté d'être beau aux yeux du guetteur de pierres. Pas de traduction exacte. Stop Il y a toujours une sirène qui vous chante vers les écueils porteurs de naufrage. Des vagues d'encre. Un lié, un délié, un plein, un vide, au-revoir les enfants et jetez vos bonnets par-dessus les moulins. Racontez des histoires qui feront se soulever des poitrines dans l'ensemble des morts. Je suis terrifiée par le temps qui passe, qui dépasse les bords à peindre comme un ballon trop gonflé. Un portrait en perspective cavalière. Stop Gardez à l'esprit, mes enfants, que les journaux s'accrochent à la toile du temps pour pouvoir toujours la suivre. Nous les hommes, nous lâchons au bout d'un moment, puis nous boudons dans l'eau qui veut nous emporter parce que nous aimons à garder notre place. Beckett a dit, ou bien un autre, ou bien personne. il a écrit "The bastard, he doesn't exist." Point, à la ligne, réplique suivante, la pièce continue mais le personnage a hurlé que tout s'était écroulé. Qui a permis que tout s'effrite ? Stop Un jour, un homme est venu, et on l'a laissé entrer. La laine s'est fripée entre ses doigts, la charrue a croulé entre ses mains, et les hommes l'ont haï. Et pourtant il restait, il dormait roulé en boule près de l'âtre, son corps sale sur le sol en terre battue, et il n'y avait plus de chaleur. Il mangeait par terre, avec ses doigts crasseux qui arrachaient la bouillie d'une gamelle en inox, et il n'y avait plus de goût. Et pourtant, il restait. Qui a accepté que tout s'effrite ? Car du jour où il posa sa main sur le mur en torchis plus rien ne tint debout. Même la grand-mère commença à s'affaisser et ne quitta plus son banc sous le grand châtaigner qui commença à perdre ses feuilles en juin. Revenir sur le pavé. Stop Je me souviens des étés chauds étendus sur une pelouse morne. De ceux passés près d'un lac, d'une mer, d'un océan. Dans les murs d'une banque. J'ai envie d'un nouveau départ qui me prendrait comme la mer. Qu'importe, en fin de compte, où l'on va, du moment que c'est au fond de soi-même.