… Des visages, des figures… Des visages, des figures, Dévisagent, défigurent Des figurants à effacer Des faces A, des faces B Appâts feutrés Attrait des formes Déforment, altèrent Malentendu entre les tours Et c’est le fou Qui était pour Premier abord Homme à la mer Hommage amer Un chat viré Par-dessus bord Désert, des grands airs, Doute entier, doute entier, Auquel peut s’ajouter Des oiseaux mazoutés J’ai douté des détails Jamais du don des nues J’ai douté des détails Jamais du don des nues Des corps, des esprits me reviennent Des décors, des scènes, des arènes Hantez, hantez, faites comme chez vous, restez Si tout devient détails, ma reine, ma reine, J’ai bien aimé ta paire de claques Et surtout ton dernier baiser J’ai douté des détails Jamais du don des nues J’ai douté des détails Jamais du don des nues Du don des nues Du don des nues… {-|-|-|-|-|-|-|-|-|-|-|-|-|-|-|-|-|-} Lundi 7 J’ai attaqué ma première sculpture. La maison, qui au premier abord me paraissait calme, me semble maintenant inquiétante, voire méchante. Upsilone se faufile entre mes pieds en miaulant avec angoisse, et même les superbes tapisseries semblent méditer un complot. En tout cas, Myriam, ma nouvelle modèle, est très gentille et très belle. J’ai commencé quelques esquisses, dans le petit salon du dernier étage, juste contre le grenier. J’ai été très enthousiaste, encouragé par les bruits révélateurs du vent dans la pièce à côté. Ce soir, je fais un feu de cheminée. Myriam va dormir ici à cause de la neige qui ne cesse pas. Elle a les cheveux châtains et un corps parfaitement proportionné. Mardi 8 Toujours autant de neige. Nous avons déjeuné ensemble dans la petite verrière, derrière la maison. Elle m’a beaucoup parlé de ses parents et de sa vie. Elle me paraît très intelligente. J’ai encore rêvé d’Agnès cette nuit. Elle me priait de rester avec elle jusqu’à la fin des temps, mais je persistai à vouloir la quitter. Alors, finalement, comme elle m’énervait trop, je l’ai poussée par la fenêtre et elle est morte. Je me suis réveillé accablé par la honte et le dégoût de moi-même. Ma chère, chère Agnès ! Partie depuis 2 ans avec un milliardaire brésilien. « Bertrand, tu n’es qu’un abruti ». Mais il y a quelque chose d’encore plus bizarre dans cette maison : Upsilone a disparu depuis hier. Nous avions beau, avec Myriam, l’appeler « Gentille minette, viens Upsi ! » Mais elle n’est pas venue, même à l’odeur du rôti. Elle est sûrement partie à vagabonder. Mercredi 9 Myriam s’est montré très inquiète, car ses parents l’attendent demain. Elle a voulu à tout prix partir, mais quand je lui ai montré l’état du chemin de l’entrée, elle a renoncé. Le téléphone ne marche qu’entre 3 et 4 heures du matin. Upsi ne s’est toujours pas montrée. Je suis malheureux, car j’adore cette petite chatte tigrée... elle m’avait servi à beaucoup de dessins. A midi, la porte d’entrée a claqué. Nous nous sommes précipités dans le hall pour voir si on nous apportait du secours. Mais la porte était toujours fermée, et il n’y avait aucune trace de la neige que le vent aurait apportée si celle-ci s’était ouverte. Par la fenêtre du haut de l’escalier, on voit au loin des collines toutes blanches, mais marbrées du brun des roches ; l’ensemble fait « haut de milles-feuilles en sucre », très appétissant. Myriam m’a demandé ce que je regardais et j’ai dit « la beauté de ma femme ». Elle a hoché la tête l’air de comprendre, puis est repartie. Jeudi 10 Nous avons retrouvé Upsi’, morte ! Elle s’était noyé dans la baignoire pleine d’eau ! C’est Myriam qui l’a découverte, en voulant prendre son bain : elle gisait là, gonflée et bouffie, les yeux exhorbités et le corps froid comme l’acier. J’ai gémi et j’ai appelé, mais le spectre de la mort n’est pas revenu. Je me demande comment elle a pu entrer dans la baignoire, elle qui évitait même les petites flaques d’eau. Elle y aura vu quelque jeu, et y serait entrée. Et, en voulant attraper le robinet, l’aurait tourné. Il n’y a que cette explication. Myriam a pleuré, elle aussi. Elle a dit qu’elle s’était attachée à cette chatte… J’entends déjà de loin la voie douce d’Agnès : « Bertrand, mon amour, calme-toi. Nous allons… » Elle saurait quoi faire, elle. Mais depuis qu’elle est partie, j’ai perdu un guide et un maître. La neige bloque toujours l’accès à la route. Vendredi 11 Je suis toujours en deuil. Samedi 12 En me promenant de nuit dans la maison, j’ai eu l’impression que la grosse horloge du deuxième étage s’était arrondie, personnifiée en quelque sorte, et qu’elle guettait quelque chose. Je suis resté immobile, profitant au maximum de mon illusion pour un travail prochain. Et l’ombre de l’horloge m’a observé lentement. Je me sentais ouvert à vif, et j’ai eu très mal, une douleur lancinante, sourde, mais trop présente. Myriam a juré qu’elle s’en irait demain, neige ou pas. J’ai avancé la sculpture, un peu. Dimanche 13 Elle est repartie… Elle a pris les raquettes, ainsi qu’une bêche et sa grande écharpe multicolore, et elle s’est élancée par la porte de derrière. Elle m’a dit de ne pas m’inquiéter, qu’elle était une grande fille. Mais je m’inquiète tout de même. D’autant plus que maintenant, je suis tout seul dans cette grande maison. Et j’ai peur. Il est 1 heure du matin et j’ai peur de passer la nuit tout seul là-dedans. D’étranges voix me murmurent à l’oreille que je vais mourir, et elles ressemblent toutes à celle d’Agnès. Je devrais la haïr, mais je l’aime encore plus. Si elle revenait maintenant, à la seconde qui suit, je lui pardonnerais tout. Je tends l’oreille pour entendre si la sonnette venait à se manifester, et que la porte laisserait entrer la femme que j’aime. Il ne se passe rien. Lundi 14 Je vais devenir fou ! Il y a quelque chose de pas très naturel dans cette maison, je crois. J’ai déménagé toutes mes affaires au rez-de chaussée et j’ai fermé à clef la double porte de l’escalier. Mais une heure après, la clef avait disparu et la porte était entrebaillée. J’ai peur de m’endormir, alors je me tiens éveillé grâce au café. Mardi 15 Je ne vais pas rester ici. Mais il me répugne d’abandonner cette belle bâtisse. Je ne sais pas ce que je dois faire. Cette sensation de froid m’envahit, et il est une heure du matin. Je ne sais plus quoi faire pour rester debout, alors je chante des chansons pour ne pas m’assoupir. Mais mes yeux pèsent des tonnes et j’ai peur. Je veux maintenant fuir la réalité. Mercredi 16 J’ai passé une journée et une nuit ! Je suis encore vivant… mais à quel prix… Des oiseaux noirs sont venus vers moi, et m’ont demandé mon âme. J’ai hurlé, donné des coups dans le vide, couru… et lorsque je me suis calmé, ils sont repartis. Je brandis un pied de biche dès que j’entends le moindre grincement, et le vent semble rire de mon ridicule. Les oiseaux ne sont pas revenus… Jeudi 17 C’est trop tard. J’ai vendu mon âme à des oiseaux double-face : noir au devant, et maléfique de dos. J’ai tout perdu… Ils sont venus vers moi et m’ont demandé gentiment mon âme. J’ai levé lentement mon pied de biche, mais leurs voix guturales ont dit avec ironie « Pas de place pour la bonté, Bertrand. S’il te plait, donne-nous ton âme. Nous sommes si malheureux, si malheureux. Nous t’avons cherché pendant si longtemps… Mais quelqu’un te protégeait, avant. Viens nous voir ce soir. Tu seras tué, s’il-te-plait. Allez, donne-nous ton âme ». Et je ne sais comment, je leur ai donné. Une petite pièce ronde est sortie de ma bouche et les oiseaux noirs l’ont prise et se sont envolés. Ce que j’écris là est mon épitaphe. Mais il me manque quelque chose, maintenant. Je mets ici une tâche de mon sang, et je la dédicace à Agnès. Je vais maintenant me rendre au grenier de cette sublime maison. Je vais vivre le plus beau moment de ma vie. Je vais rire et je vais rester. Je me fiche de toutes les petites choses qui se sont passées. Agnès n’est qu’une idiote. Ma reine, ma reine, j’ai bien aimé ta paire de claques… Et surtout ton dernier baiser. e. Ma reine, ma reine, j’ai bien aimé ta paire de claques… Et surtout ton dernier baiser. e. Ma reine, ma reine, j’ai bien aimé ta paire de claques… Et surtout ton dernier baiser.