" Les évènements qui ont secoué la capitale de notre cher pays, n'auront finalement eu qu'une faible répercussion. En effet, notre président s'est félicité ce matin de la " force et du courage dont ont fait preuve nos gardiens de l'ordre pour rétablir le calme. " Parmi les agitateurs, tous les principaux chefs ont été arrêtés ou tués. Il n'est donc plus à craindre de nouveaux soulèvements. Le président a également souhaité remercier les nombreuses familles qui, ayant fait preuve de compréhension, ont su aider la police dans la recherche des criminels. Une solidarité très louable a existé entre les troupes de polices françaises et les détachements allemands venus les aider à contrer les émeutiers. Le président Saez a remercié son homologue et répondu positivement à sa demande de placer dans chaque métropole une petite escouade de soldats allemands. " C'est en se tenant les coudes que l'on peut commencer à bâtir ", a affirmé Hivler lors d'une conférence de presse. Nous espérons, comme le chancelier Allemand, à la reconstruction d'une Europe forte et solidaire qui puisse faire face aux diverses crises mondiales, et nous remercions les frères patriotes qui, aujourd'hui comme hier, soutiennent la publication de ce journal et de son combat pour un monde en paix avec lui-même. " [i]L'Europe Victorieuse, 23 Avril 2789[/i] [c]____________[/c] Essoufflement... Nos deux corps retombèrent anéantis sur la couche très peu confortable. La chaleur qui les avait embrasé avait transformé l'acte en rituel flou et lumineux. Reprenant rapidement conscience de ma situation, j'envoyai ma main tâtonner le sol et fouiller dans le sac à côté de moi. J'en sortis une seringue et quelques doses de M-A 18. Une caresse s'offrait à ma nuque. Je ne reconnus pas au premier instant son origine, mais très vite suivit la voix langoureuse et enfantine de Jenny : - Tu vas encore en prendre ? - Ouais... J'en ai vraiment besoin, tu comprends ? - Oui. Tu m'en donnes ? J'acquiesçai. Jenny était une chance. Je n'aurais jamais cru coucher avec une gosse de son âge. Mais je ne pouvais plus résister à son regard féroce, ses lèvres fines et tissées pour les baisers, ses cheveux odorants et enivrants... Elle était le seul lien physique de ces dernières heures, une étrangère dans les méandres de mon esprit. Jenny ... La seringue entra difficilement dans la veine bleuie de mon bras. J'avais été obligé de forcer et la douleur était intransigeante, sitôt compensée par l'afflux de l'euphorisant. Jenny avait suivi. Cette gosse n'aurait pas la vie longue. Béatement je souris, avant que ça n'arrive. CHOC Il fut plus lourd, ténébreux et profondément abject. Je me sentais vibrer dans une mer âcre et cogner contre tous les récifs qui s'y trouvaient. Ce n'était pas la sécurité cette fois, mais l'angoisse. J'étais balancé sans pouvoir rien faire. Des images au loin, mirages d'une probable île. Le sable blanc de la plage était insaisissable. Surpris par cette expérience peu encourageante, je tentai de résister. - Honoré ! Hé, Qu'est-ce que... ?, soufflait le vent d'une voix musicale. Je ne pouvais pas répondre, je m'effondrai chaque fois plus contre les rochers. Ils étaient vivants... EXPLOSION TOUS SENS [c]____________[/c] Mon corps se cambra d'un coup violent.. La pièce était revenue, mais je ne pris pas le temps de m'en apercevoir. La gorge me brûlait. J’avais l’impression que des flammes infernales en avaient pris possession. Je me sentais faible et tremblant. Aucun muscle ne supportait mon poids. Un faible gémissement me prévint que Jenny entrait dans la phase terminale de l'overdose. Elle aussi était en feu. Pauvre gamine ... Je trouvai la force nécessaire pour reprendre la seringue de ses mains et m'injecter une autre dose de M-A 18. La dernière n'avait pas été assez forte. Il fallait y remédier. [i]Rob…[/i] Son visage se tint subitement devant mes yeux tandis que la drogue passait dans mes veines. Cela faisait deux semaines qu’il était parti, sans rien dire. J’avais été obligé de rester, d’aider la gamine à supporter le cadavre qu’était devenu sa mère. Elle avait trouvé le moyen de se faire trouer par des insurgés, lors de la grève. Je ne me rappelle plus. Où est le temps ? [i]Rob ? Ici ?[/i] EXPLOSION TOUS SENS L'effet fut plus doux. Je me sentis repris par la mer, mais cette fois, elle me fit échouer sur le sable. Fin,, il entrait dans mon nez, dans ma bouche et me desséchait. Le soleil avait pris sa place dominante dans le paysage. Il était si fort… Brûlures... Douleur apaisante... Un cadavre ardent... Et puis les sacs de boue... Enseveli, je ne réagissais plus. La révolution les étoufferait... Obscurité... Je repensai à Jenny. Miséreuse ... Jolie ... J'avais joué, beaucoup trop ce soir... J'étais d'un calme surnaturel lorsque, pris de spasmes terribles, mon corps tentait de survivre. A l'intérieur, je dormais à la belle étoile, caressant les herbes qui s'inclinaient parfois sous le passage d'un léger vent. Des voix parlaient dans l'ombre de supprimer le Roi Soleil, qui calcinait les nouveaux nés. Avec ça, le cycle recommencerait. Mais les étoiles dans le ciel diminuaient d'intensité, et les sons s'étouffaient lentement. Je m’imaginais vivant encore. Je découvrais un sens à notre histoire. Je crus que nous avions été des acteurs, nous en serions toujours… crus que nous avions été des acteurs, nous en serions toujours…