« L‘histoire du petit ange» Ou « De la longue et insignifiante odyssée de la Vie: » Le petit ange flotte sur un nuage, par une belle matinée d’été ensoleillée. Sous lui, le soleil brille, et s’il le désirait, il pourrait observer toute ces petites choses en contre-bas, tout ces petits êtres qui s’animent et s’agitent en tout sens, dans un chaos inimaginable. Mais il ne s’y intéresse pas et d’ailleurs, pourquoi le devrait-il? Il est bien, là, à se reposer sur son nuage! Et puis de toute façon, jamais aucunes de ces personnes ne viendra lui demander quoi que ce soit; il voit parfois passer leurs gros oiseaux d’acier, ou leurs grands arbres de cette même matière, se déplaçant à des vitesses impressionnantes, pourtant dérisoires à ses yeux. Le temps et l’espace n’ont pas la même valeur pour cet ange; et à quoi bon se rendre sur Terre, puisque les petits êtres d’os et de chair ne peuvent le voir? Toutes ces idées qui tournent et virevoltent en son fort intérieur ne s’expriment pas avec des mots; il ne possède pas de raison, pas plus qu’il ne possède de corps: il ne ressent pas d’émotions, puisqu’il est bien plus que cela: il est un ensemble d’émotions en tout sens, sans ordre ni logique. Il se contente d’exister, à l’indifférence bénéfique de tout les Rampants du monde d’en dessous… Mais, puisque le monde change, et que tout doit évoluer, le petit ange ne restera pas éternellement ce qu’il est: un jour, par une belle matinée d’été ensoleillée, le nuage s’effondre sous lui, et il subit pour la première fois les effets de cette force physique bien connue et pourtant jusqu’alors insoupçonnée, l’attraction terrestre. Et le voilà qui chute, qui chute en une course effrénée que rien ne semble pouvoir arrêter… Le petit ange ne comprend pas ce qu’il lui arrive, et il n’a d’ailleurs jamais rien comprit puisqu’il n’a jamais rien eut à comprendre. Mais il commence à ressentir ce sentiment qui nous est si familier en présence d’une situation inconnue, cette émotion que nous appelons la peur. Notre petit ensemble d’énergie fonce maintenant droit sur le sol, droit sur une ville, puis droit sur une demeure don il traverse les murs par son immatérialité; il pénètre dans une chambre avant de disparaître dans le ventre d’une femme, allongée nue aux côtés d’un homme. Il ressent au passage le calme et la plénitude de l’Amour qui plane en ce lieu, et qui lie les deux êtres qu’il n’a qu’entraperçu. Une fois entré, il se retrouve prisonnier d’un espace qui lui parait immense, telle une gigantesque caverne illuminée d’une lumière rougeoyante, et baignée d’une chaleur inopinée, provoquant chez lui une avalanche de sensations que jamais il n’aurait pu imaginé, si tant est qu’il ait eut la faculté. Au cours des mois qui suivront, le petit ange, devenu un embryon, grandira dans le sein de sa mère qui le portera comme tant d’autres femmes l’ont fait avant elle depuis des générations, accomplissant ainsi le rituel ancestral du Don de la Vie. Au cours de ces fameux mois de transit, plus un amas de chair, pas encore tout à fait humain, notre ami éprouvera nombre de nouvelles émotions, et son esprit s’ouvrant sur le monde qui entoure sa génitrice, ressentira toute le joie mais aussi toute la tristesse qui accable ce monde auquel il ne se sent pas appartenir. Au cours des mois qui suivront, il perdra progressivement ses anciennes facultés, jusqu’à finalement redevenir un esprit vierge, prêt à apprendre et à découvrir, un esprit en fin de compte fondamentalement humain… Bientôt, il naîtra, et tandis que sa mère enfantera dans la douleur, comme l’ont voulus les Anciens Dieux d’antan, lui le petit ange fraîchement devenue petit homme, luttera pour sortir, pour respirer sa première bouffée d’oxygène, verser ses premières larmes, c’est-à-dire pour vivre. A ce stade-ci de son évolution, il aura tout oublié de son passé, et ses choses qui constituaient en lui une sorte de mémoire se mutera en ce que nous appelons les gènes, et deviendra ce que nous qualifions d’instinct. Autrefois, dans une époque lointaine très éloignée de notre ère; lorsque les humains étaient moins différents des ange qu’aujourd’hui, ces dernier disposaient bien souvent de réflexes naturels très développés; mais de nos jours, le fossé qui sépare ces deux entités qui ne formaient qu’une à l’origine du monde, sépare tellement les Hommes des Esprits que l’instinct en arrive à se perdre, au fur et à mesure que l’enfant grandit. Notre petit homme lui non-plus ne pourra échapper à l’Éternel Cycle de la Vie: comme tout les autres, il sera amené à grandir, à apprendre, à se conditionner en vue d’être conforme à la société à laquelle il appartient désormais, et aux lois établies par ceux qui sont maintenant ses semblables. IL errera, arpenterâ, parfois même se perdra sur le chemin tout tracé de sa petite vie, qui lui semblera très importante tout en demeurant en réalité des plus dérisoire, pour ne pas dire insignifiante; son existence, à l’image des milliards de ses pairs qui l’entourent, n’aura en définitive d’importance qu ses yeux, et deviendra tellement prépondérante, que pas une fois au cours des ses cents années de vie réglementaires il ne pourra retrouver le bien qu’il possédait avant sa naissance, la Paix totale et unique. Au lieu de cela, il a troquer ce cadeau de la nature contre une quête d’hors et déjà perdue d’avance, et qui le poussera à tenter de découvrir le Sens de la Vie. Notre petit homme est maintenant devenu un adulte, avec un travail, un patron, un salaire, et tout le superflu existentiel et trivial qui semble indispensable à une vie sur Terre. Le temps où il dormait paisiblement sur son nuage est désormais résolu, et n’est plus en lui qu’un lointain souvenir, ou plutôt une vague sensation perdue au fin fond de son esprit, dans ce que nous connaissons sous le nom d’instinct ou de sixième sens… Triste image de la vie? Peut-être, mais c’est désormais la réalité quotidienne de l’ex-petit ange, qui se doit maintenant d’être conforme aux modèle prescrit, qui a découvert les plaisirs de la chair, des drogue, de la musique, et de tout ce qui fait que l’Homme est à ce jour appelé Homme. Puis, vint très vite la fin de sa vie; voilà qu’après tant d’efforts pour devenir humain, il lui faut à présent quitter le monde des Hommes; son conditionnement par ses ancêtres supposés et par ses pairs a engendré chez lui une peur viscérale et ancestrale de ce passage d’un état à l’autre qu’ils appellent tristement la Mort. Comment lui en vouloir? Après tout, son intériorisation de la Vie lui a complètement fait oublier ce qu’il était auparavant, il y a tant d’années de cela ce qui, en fin de compte, ne représente que peu de chose. Son passage sur Terre aura finalement été bien éphémère… Le voilà qui se meurt maintenant, quittant ce corps auquel il s’était habitué et quittant ce monde auquel il est persuadé d’avoir appartenue toute son existence. L’attraction terrestre n’a plus d’emprise sur lui, et il s’envole vers le ciel, à travers la photosphère, à travers la stratosphère, au travers même des nuages qui s’effacent sur son passage. Il arrive à la croisée des chemins, là où se rencontre le Présent et l’Avenir, emmêlé et liés par le Passé qui en assure la cohésion. Et tout en pénétrant dans cet univers parallèle, dans lequel il n’aura pas de devoirs, ni de mission, et dans lequel le temps et l’espace se confondent en une même entité, il commence à oublier sa vie passée sur Terre, ceux qu’il a rencontré et ceux qu’il a aimé; ceux qu’il a créé et ceux qui ont, quelques temps durant, pleuré sa disparition inexpliquée; il oublie tout ce qu’il croit être tout ce qu’il a connu, avant de redevenir cet amas de pensées, jusqu’à n’être plus constitué que d’émotions, en désordres, éparts et illogiques. IL recouvre désormais le calme et la plénitude toutes particulières propre au néant. Il entrevoit soudain un petit nuage qui flotte non-loin de lui, et il s’y rends, s’y installe, et se repose; il se laisse ainsi flotter par le vent de l’insouciance inexistante; il pourrait regarder en contre-bas s’il le voulait, et il pourrait observer toute ces petites choses qui s’animent et s’agitent en tout sens dans le plus inconcevable des chaos possible. Mais à quoi bon? Après tout, jamais aucunes de ces personne ne viendra lui demander quoi que ce soit! Pourquoi devrait-il s’intéresser à ces gens qu’il ne connaît pas, qui ne représente rien pour lui et qui de toute façon ne peuvent le voir? Et puis, le petit Ange est tellement bien sur son nuage, qu’il est probable qu’il ne voudra jamais le quitter. L’histoire du petit Ange ne finira jamais, et se répétera à l’infini, inique témoignage de la longue et insignifiante mais néanmoins merveilleuse, Odyssée de la Vie. Mais son désir ne sera pas respecté bien longtemps, car personne, pas même les Anges, ne peut échapper au Cycle Éternel; Et bientôt, très bientôt… DarknesSkyAngel