[i] Le texte suivant est la reprise d'une rédaction que j'avais écrite en quatrième (mai 98), et dont le sujet était : « Décrivez une planète ». Contrairement aux textes que j'écris habituellement, et qui sont aussi très souvent des reprises de cette période, j'ai tenu à laisser celui là tel quel. J'ai repris quelques passages et corrigé une montagne de fautes d'orthographes, mais le titre, le thème, la trame du récit et la chute reste tels qu'à l'origine. [/i] Le « Spherik », gigantesque vaisseau de guerre, avait quitté la capitale depuis maintenant bientôt un mois, avec pour mission d'annihiler toute forme de vie dans les systèmes d'Orion, en vue d'une future colonisation. Le vaisseau glissait lentement entre deux lunes vertes. Au dessus de l'immense coque, un petit renforcement, muni d'une grande baie vitrée, la cabine de pilotage. A l'intérieur de celle-ci, j'entrai les codes de mise à feu. Un moment, je jetai un coup d'œil par la vitre pour voir où en étais la manoeuvre d'approche, et c'est alors que MI-4 m'apparut. J'avais déjà vu et attaqué de nombreux astres depuis le début de mon service - soixante douze exactement - mais jamais je n'avais vu de monde aussi beau. La planète semblait être un morceau de lumière accrochée au milieu des étoiles, oubliée là par une déesse de passage. Verte au premier abord, il me semblait que sa couleur changeait, que plus le vaisseau se rapprochait, et moins ce vert semblait réel. Alors que le vaisseau contournait la planète, du vert, elle passa au turquoise, puis au bleu clair, au bleu ciel, au cyan. Lorsque nous fûmes juste sous le soleil qui éclairait la planète, elle prit rapidement différentes teintes joyeuses, rouge, jaune, orange ... Intrigué par ces changements de couleurs, je voulus en savoir plus. Nous avions à bord un visioscope, un appareil capable de distinguer de minuscules détails à une distance relativement éloignée. Je m'approchai du viseur, mais la voix du capitaine me figea sur place. - Jay ! Que faîtes-vous ? - Je vérifie ... euh ... quelque chose ... j'ai peur qu'une des composantes de l'atmosphère ne soit réactive à ... - C'est inutile. Toutes les vérifications ont déjà été faites. Alors faîtes vite. Je branchai le visioscope et règlent les paramètres de l'appareil de manière à le pointer sur la planète. Ce que je vis alors dépassa tout ce que à quoi j'aurais pu m'attendre. Les habitants de cette planète étaient en tous points identiques aux humains, ils leurs ressemblaient comme des frères. A la différence, que, eux aussi, changeaient de couleur. Mais ils ne portaient pas différentes couleurs selon leur Nation, leur ethnie, leur appartenance politique ou leur rang social. Non, leurs couleurs variaient selon leur humeur, leurs désirs, leurs envies. Peut-être même était ce un moyen de communiquer, une façon de séduire, un langage pour aimer. Peut être ces êtres étranges avaient inventé un langage en couleur qui nous permettrait, à nous autres terriens d'échanger des sentiments, des émotions, des rêves, des idées abstraites, ce que notre langage ne nous permettait que vaguement, et mal ... Je me dis que nous avions tant à apprendre de ces êtres colorés ... Soudainement, quelque chose changea. Ce fut d'abord un événement tout à fait insolite. Au milieu d'une rue, trois de ces étranges êtres s'étaient arrêtés au milieu d'une rue et levaient vers nous des yeux particulièrement brillants. Leur peau, leurs cheveux, leurs vêtements prenaient une teinte bleue ciel. Je me demandai ce que pouvait bien signifier cette couleur, et, à ma grande surprise, la réponse me sauta aux yeux, comme si je lisais dans un livre ouvert. La curiosité. Lentement, puis, de plus en plus rapidement, le bleu ciel se répandit dans la rue, puis le quartier, la ville, et, toujours plus vite, enveloppa la planète entière. Des millions d'yeux pétillants nous fixaient. A nouveau, un changement se produisit. Mais cette fois, ce furent tous les habitants de ce monde, qui, comme un seul être, se teintèrent d'un bleu, plus sombre, plus noble, plus serein. Une couleur, qui, comme je le compris rapidement, résultait d'un cocktail de sentiments évoquant la paix, l'accueil, l'amitié, l'ambition et un zeste de curiosité. Et toujours ces yeux brillants, toujours plus lumineux ... - On nous tire dessus ! hurla le capitaine, affolé (c'était un humain). Je relevai les yeux du visioscope, pour voir, à travers la baie vitrée du poste de pilotage, la planète qui s'était effectivement entièrement teintée de bleu foncé. Mais, surtout, on voyait jusqu'ici les millions de petites étoiles lumineuses qui recouvraient la surface de la planète. Vu d'ici, on aurait effectivement pu croire à des tirs de batteries lasers. Le capitaine donna l'ordre de riposte et ordonna la mise à feu. Je voulus lui crier d'arrêter, lui expliquer que ces points lumineux n'étaient pas une arme, mais de l'amour en couleur, lui montrer ce que j'avais sur cette planète et qu'il y avait tant à voir encore, lui apprendre que nos deux civilisations avaient sûrement énormément à s'échanger l'une et l'autre, lui parler de toutes ces couleurs et de ce fantastique moyen de communication, lui montrer comme ce monde était beau ... Mais non, les robots ne sont pas sensés avoir d'émotions. Non, les robots n'ont pas à donner leur avis. Non, non, non, les robots doivent se taire. Alors, je me tus, et sous mes yeux impuissants, dans un fracas assourdissant de silence, MI-4, ma soixante treizième planète se désintégra dans une multitude de fragments colorés qui s'éteignirent dans le vide infini de l'espace ... ni de l'espace ... ni de l'espace ...