«Tout d'abord, avant l'exposé de ma théorie, je dois vous prévenir que vous allez devoir faire preuve de confiance. Les chemins par lesquels je vais passer sont sans aucun doute controversés.» Le docteur Lavoie se leva et d'un geste machinal, il ajusta sa cravate traînante sous son sarrau. Il était endormi ce matin; sa voix plus rauque qu'à l'ordinaire, semblait prédire le passage vers l'état ou le corps ne devient plus qu'une fièvre, qu'un raz de marée bouillonnant, là où nos pensées ne sont cohérentes que dans notre sommeil. «Je commence donc. Lorsque une idée apparaît dans votre esprit, il ne faut pas croire au principe du hasard. Tout vos gestes, toutes vos idées ne vous appartiennent pas. Tenez: levez votre bras droit! Vous voyez, qui ici a réellement pensé à lever le bras? Qui a réfléchi au fait que son cœur devait envoyer une plus grosse dose de sang au biceps pour qu'il puisse se contracter? Jean un élève appliqué, devinait là ou le professeur s'en allait, il sentait venir l'incohérence d'un propos, la dyslexie de la vérité, les éternelles théories. Il se ferma les yeux. Lorsque l'obscurité eut atteint sa netteté la plus parfaite, il laissa apparaître des images devant ses yeux. Un arbre. Un enfant. Des pommes. Un verger. La course pour arriver le premier. L'excitation. L'exaltation. Le repos. Le souper. Le cours. Réveillé par son voisin, il reprit conscience de l'endroit où il était. « Il en est pareil pour nos idées. Lorsque vous devez écrire une dissertation en philo, la cohérence prend le dessus et vos idées loufoques sont classées, triées évitées; elles ne vous viendront jamais à l'esprit... Pourtant elles sont là dans l'ombre de l'impatience, tapies sous le manteau de la censure» Jean commençait à avoir de la difficulté à saisir la nouvelle notion. L'idée de la censure perpétuelle. Il se mit à réfléchir. Puis, rien. L'absence d'idée. L'ouverture magistrale s'un silence orchestré. La couleur éclatante d'un noir parfait. Le silence à 400 décibels. Il se leva d'un seul bon, escalada son bureau et, regardant son enseignant, il détruisit sa théorie en expliquant à ce moment même comment il se déscensurait. Boum. retour à l'assourdissent silence. L'odeur forte de la non-existence. Il pouvait commencer à discerner des formes dans le noir, la forme de l'inexistence, des formes laissant l'absolu et le néant en guise de trace, des contre-jours éclairés. « M.Pilling veuillez vous rasseoir immédiatement! Là où je voulais en venir est que dans le cadre de ce cours, il faut se reculer, prendre des distances!» Merde! Une gaffe de plus. Pour rester dans l'ombre le reste du cours Jean fit son devoir de français. Il devait écrire un poème. Jean se remémora tout ceux qu'il avait appris par cœur. Il était incapable d'inventer, de créer. Il prit donc les meilleurs vers qu'il connaissait, les mélangea, changea un mot ici et là et fit comme un pot-au-feu en guise de poème. «Pour demain, faites moi une peinture avec un style, un genre nouveau! soyez créatif!» Le soir venu Jean repassa les images qu'il avait en tête. Un arbre. Un enfant. Des pommes. Un verger. La course pour arriver le premier. L'excitation. L'exaltation. Le repos. Le souper. Le cours. Toujours ces mêmes images. Ceux qu'il se sert à chaque projet à chaque création. Ceux qu'il a apprit par cœur. La seule chose qu'il n'avait jamais eu c'est une idée originale. Il se décida donc à peindre sur la toile ce qu'il avait en tête. La seule création dont il était auteur. Il peignit son esprit. Il peignit le vide, l'absence, le néant, la chaotique inexistence, le perpétuel mouvement de l'abstrait. La complexe idée du rien. Lorsqu'il se coucha ce soir là, Jean pouvait être très fier. Il venait pour la première fois dans sa vie de créer. is dans sa vie de créer. is dans sa vie de créer.