Thomas suivait son grand-père sur ce chemin qu’il connaissait par cœur. Après le ruisseau et sa petite passerelle métallique, à la lisière d’un pré, ils s’assirent sur une souche ; en contrebas, le squelette de l’usine luisait au soleil d’août. Pour les gens d’ici, les anciens, ceux qui virent les volutes noires s’élever des cheminées, elle était la Boîte. Une vraie boîte – comme on dit à la communale : un parallélépipède rectangle, élimée, bardée de tuyaux, surmontée de tours. Et de ses entrailles transparaissait une lumière étrange et chaude, un orange qui n’existe pas. A l’intérieur, la « Boîte » prenait un tout autre sens. Enfermés, cachés, enfouis en son cœur, au secret avec un feu qui irradie tout. Et ils attendent, suants et tremblants, épuisés, adossés aux hauts fourneaux – une étuve. Jour et nuit, les hommes se succédaient, brûlés, le teint de cendre, les mains rousses et taillées par l’effort. Tous n’étaient pas les colosses qu’on s’imagine. Pierrot n’en était pas un. Souvent, Thomas venait ici voir l’usine de son grand-père. A ses yeux, la carcasse monstrueuse semblait un élément de décor grandiose. L’usine était aussi un lieu de rendez-vous interlope, mal famé la nuit, explorée par tous les gamins des environs en quête d’aventure. Longtemps Thomas amènera ses amoureuses contempler ce paysage insolite et morne. Pierrot ne manquait jamais une occasion d’emprunter ces sentiers avec Thomas. Son petit-fils venait chez lui en vélo, ils parlaient peu, partaient en ballade dans l’après-midi. Avec les souffrances, l’humiliation de la fermeture brutale, le vieil ouvrier posait sur la Boîte un œil plein de rancœur, de tendresse et d’orgueil. Certains parleraient d’une fierté d’esclave. Thomas l’interrogeait rarement sur son métier : non que cela fut inutile, mais il craignait de troubler le recueillement du vieil homme. Parfois, Pierrot se mettait à raconter un épisode, le quotidien : « Tu sais, quand on était dans la Boîte, on bossait par équipes de cinq, soudés comme les doigts de la main. A cause de la chaleur, c’était vraiment insupportable, on était obligé de se relayer très vite… », etc. Thomas pensait alors à son autre grand-père, un professeur de français à la retraite qui habitait en banlieue parisienne. Il animait un cours de théâtre amateur, Thomas était venu assister à quelques répétitions : le vieux aimait jouer les metteurs en scènes inspirés, il se lançait dans des tirades interminables pour rendre une atmosphère, un ton, comme : « Cette scène aurait pu se jouer sur la musique de Miles Davis, dans [i]Ascenseur pour l’échafaud[/i]. Un lent travelling, le comptoir d’un bar, une femme seule, un peu trop fardée. Lorsqu’elle souffle la fumée de sa cigarette, ce sont les notes claires du trompettistes qui s’élèvent. Le barman se penche, Michelot enchaîne à la contrebasse : son front fort, sa caboche dégarnie suivent les doigts sur les cordes. Un verre se pose, des glaçons tintent : les cymbales frémissent…». Il s’accompagnait du geste, la trompette dans une main, le balais dans l’autre. Malgré l’écart entre les deux hommes, Thomas leur reconnaissait une parenté, un même élan triste. - Thomas, tu te souviens de Roger ? - J’ai dû le voir sur la photo, chez toi… un de tes collègues de l’équipe 6, non ? - Oui. Il est à gauche sur la photo. Roger était le plus ancien, peut-être le plus courageux de nous cinq. Il a travaillé comme un chien toute sa vie pour nourrir sa famille. Et voilà qu’en juin 73, on lui annonce, on nous annonce à tous que l’usine fermera deux mois plus tard, comme tu le sais. - Papa m’en a souvent parlé. - Ton père devait avoir huit ans. Ca nous a foutu un choc, tu peux le croire. C’était toute la ville qui sombrait d’un seul coup. Je crois que les nuits suivantes, pas grand monde n’a dormi, par ici. Pour Roger notamment, le monde s’est écroulé. On le sentait affaibli, dans l’équipe on craignait l’accident – il fallait être concentré, tu sais, avec la chaleur en plus. Toujours est-il qu’il s’est engagé de plus belle avec le syndicat, pour obtenir des garanties, rapport aux licenciements… histoire qu’on se fasse pas dépouiller une fois de plus. Ca l’a bien remonté, il devait se sentir revivre… et puis il y avait sans doute une envie de revanche, de l’amertume, je sais pas. Pierrot s’arrêta un moment, il observait Thomas, l’usine, comme s’il les jaugeait. Intéressé par ce regain de paroles, l’adolescent d’un signe de tête encouragea son grand-père à poursuivre. - Un soir, le directeur recevait une délégation du personnel, pour négocier. Roger y était, dans le bureau : c’était dans ce bâtiment là-bas, au fond, derrière la cheminée, au deuxième. Oh, ce n’était pas la première réunion de ce genre, ni la dernière ! bref, à un moment, il y a eu un incident dans la cour, deux camions se sont accrochés. Les mecs gueulaient, gueulaient ! Alors le directeur a fini par descendre pour calmer tout le monde. Il a dit aux trois syndicalistes que l’entrevue était finie, et bonsoir messieurs. Roger et ses collègues se sont retrouvés plantés comme des cons au milieu du bureau, ils ont rassemblé leurs affaires et ils sont partis. « Au milieu de l’escalier, Roger s’est aperçu qu’il avait oublié son béret. Il est remonté, seul, et c’est là qu’il lui est arrivé, pour la première fois de sa vie, une chose incroyable… Dans le coin de la pièce, il y avait le coffre du patron : un petit coffre banal, comme on en trouve dans toutes les entreprises. Roger a récupéré son béret sur la table, il allait sortir quand il a vu, sur le coffre, un relief bizarre – cet instant, il nous l’a raconté cent fois, tu peux me croire. Oui, comme tu le devines : le coffre n’était pas fermé. Il baillait, même. C’était vraiment un coup de pot extraordinaire, une négligence étonnante de la part du directeur. On s’est beaucoup demandé, ensuite, comment il avait fait pour oublier de fermer son coffre-fort : on s’est dit qu’il avait dû être surpris par l’arrivée de la délégation, un peu en avance, qu’il n’a pas eu le temps de fermer complètement le coffre à ce moment-là, puis qu’il l’a complètement oublié quand il a dû sortir en catastrophe. - Et qu’est-ce qu’il y avait dans le coffre ? des billets ? beaucoup d’argent ? - Oui et non… pas de l’argent, non, mais de l’or ! deux lingots de cinq-cent grammes chacun, enveloppés dans du kraft. Je crois que Roger n’a pas eu le temps de réfléchir : il les a attrapé et les a fourré dans sa musette, ni plus ni moins. Je me souviens, il nous a souvent répété, par la suite « c’était pas plus dur que ça ! », et il claquait dans ses doigts. Malgré l’état dans lequel il devait être, il a eu la présence d’esprit de ne pas toucher le coffre avec ses doigts, mais avec son mouchoir. Il nous le montrait, son mouchoir à carreau qu’il avait toujours dans la poche : c’est lui ! je crois qu’ensuite, quand la police ne le lâchait plus, il l’a brûlé. Comme si son crime était inscrit dans ce bout de tissu… c’est une drôle d’idée. - La police ? il s’est fait arrêter ? - Non, pas vraiment, mais fortement soupçonné, pour sûr ! c’était évident, même si ça n’a pas duré plus de deux minutes : c’est lui qui est sorti en dernier. Les copains ne l’ont pas balancé, ils ont dit qu’ils étaient descendus ensemble. Mais un gardien disait qu’il les avait vus l’attendre au pied de l’escalier. Ca a fait des tas d’histoires. Toute sa maison a été fouillée, ils ont même retourné son minuscule jardin. Comme ils ont rien trouvé, les preuves ont été jugées insuffisantes et l’affaire a été classée. - Et les lingots, ils étaient où ? - Roger nous a tout avoué le soir même, et on se les ai refilés, tous les cinq, ceux de l’équipe 6. Chacun en avait la garde un jour ou deux, puis on les transportait chez le suivant. Bernard avait une vieille Renault et ça nous a bien aidé, pour faire la navette. Vu qu’on était des proches du suspect, les flics sont souvent venus nous interroger, ils ont pas mal fouiné. Heureusement ici tout se sait vite, les flics ont les voit venir quarante-huit heures à l’avance. Ca a souvent été moins une, mais on s’en est toujours bien tiré. - Tu avais des lingots d’or chez toi ? je ne savais pas ! - Personne ne le sait, à part nous cinq ! jamais je n’aurais mis ta grand-mère dans le coup : elle qui était droite comme un I, je n’avais pas envie qu’elle me regarde comme un voleur. J’ai dû planquer les lingots un peu partout, pour ne pas qu’elle tombe dessus – et c’était autre chose que la police. - Et même papa, tu ne lui as jamais dit ? - Ton père était bien trop jeune à l’époque. Je n’ai jamais eu l’occasion de raconter cette histoire ensuite. J’ai voulu l’effacer, vite. - Alors pourquoi maintenant, et pourquoi à moi ? - Tu es mon seul petit-fils, à qui veux-tu que je dise tout ça ? Pierrot garda le silence quelques instants. Thomas le sentit désarmé, il en fut ému. - J’ai peur, tu sais… - Peur de quoi, papy ? - Peur de tout… de tout ce qu’on entend en ce moment. Les personnes âgées qui meurent, la canicule. Les frigos, les hôpitaux pleins, les mouroirs. Je suis un vieil homme, Thomas. Cette histoire a trente ans, si je ne déballe pas tout aujourd’hui, personne ne le fera – et demain, c’est trop tard. Ils s’en retournèrent par les bois. Quand il retrouva le bitume, Thomas se sentit émerger d’un monde irréel, fantastique : les rêves envisagés une heure auparavant devinrent brumeux. Les beaux contes s’éloignaient, le doute aspirait l’exaltation : que croire, dans ce récit invraisemblable ? non qu’il ne put remettre en cause la sincérité de son grand-père, mais l’âge, la chaleur, la fatigue et l’ennui ne peuvent-ils pas inventer les souvenirs ? Il restait un point majeur à éclaircir. En récupérant son vélo dans l’entrée du pavillon, Thomas regarda son grand-père avec attention. Il s’était assis dans un petit fauteuil, calmait son souffle. - Dis… les lingots, finalement, vous en avez fait quoi ? vous les avez vendu ? - Ah ! non, bien sûr, c’était trop risqué. On comptait les mettre à l’abris, attendre que l’affaire se tasse, et puis les récupérer un jour. Et pour ça, on a eu tout de suite un reflex de métallurgiste… - Vous les avez fondu ! - Exactement. Le vol a eu lieu deux semaines avant la fermeture définitive de l’usine, prévue le 20 août. Comme je te l’ai dit, on a jonglé comme on a pu pendant ce temps-là, tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre. L’idée était de fondre l’or en une barre qu’on devait inclure dans une des poutres en acier qu’on produisait. C’est Bernard, le chef d’équipe, qui a mis au point la partie technique. Tout était prévu : en sciant la poutre, on devrait pouvoir récupérer l’or au milieu. Je n’ai jamais vraiment compris comment on était sensé faire, ni comment nous avons réussi à l’y mettre, d’ailleurs. Pour tout dire, je m’en fichais, tant que les lingots ne traînaient plus ici – au fait, regarde, il y a un renfoncement dans le placard derrière toi, j’en avais caché un là. Thomas ouvrit vaguement le placard en question, hocha la tête et revint vers son grand-père. - Et alors, vous l’avez fait ? - Mais oui ! la dernière nuit de production. Nous nous étions arrangé pour avoir le tout dernier créneau, entre trois et six heures du matin. Nous avons fabriqué les dernières poutres de l’usine. Dans l’une d’entre elle, il y avait notre or. - Pourquoi avoir attendu deux semaines, vous pouviez le faire avant, non ? - Ah, c’est là la subtilité de l’affaire… quand les poutres sont achevées, elles passent à la pesée pour vérifier qu’elles font très exactement le poids requis. Les poutres défectueuses sont refondues. Il est évident qu’avec de l’or à la place d’une partie de l’acier, notre poutre allait être jugée mauvaise : c’aurait été un désastre que de la renvoyer dans les fourneaux, tu vois ? Mais lors de la dernière nuit, vu que les fours s’arrêtaient dès le lendemain, on savait que les mauvaises poutres n’allaient jamais être refondues… - Je comprends ! C’est génial ! Thomas regardait à présent Pierrot avec une certaine admiration. Ce qui ressemblait à une petite aventure de pieds nickelés de l’industrie lourde prit soudain une autre dimension. Ce n’était pas le casse du siècle, mais quoi, une opération sacrément bien pensée malgré tout. - Vous avez réussi ? ça a marché ? - Je suppose, oui. Ca nous a pris beaucoup de temps – la production ne fut pas spectaculaire cette nuit-là, mais au final la poutre avait l’air normale, si ce n’est son poids. L’or devait être dedans. - D’accord, mais qu’est-ce qu’elle est devenue ? Pierrot fit la moue, haussa les épaules. Il semblait beaucoup moins intéressé par la fin de l’histoire. - Ca, c’est la grande question. On s’est renseigné, tu penses, pour savoir ce que les patrons comptaient faire des dernières mauvaises poutres. Au départ, ils étaient sensé en faire une sorte de monument, pour la mémoire ou je ne sais quoi, dans la grande cour. Puis elles ont traîné, il y en avait trois en tout, dans un coin d’un atelier. On savait laquelle était la notre, on prétextait n’importe quoi pour faire un tour à l’usine, après la fermeture, afin de vérifier que notre trésor était toujours là. Le problème, c’est que le bâtiment était gardé, pour éviter les vols, jusqu’à ce que tout le matériel soit déplacé : impossible de sortir avec ce machin-là. Bernard a bien essayé de la récupérer « légalement », pour s’en faire un souvenir à mettre dans son jardin : ils n’ont jamais écouté son baratin, les poutres étaient destinées à quelque vague projet, point. Un jour… un jour, Stéphane a appelé, il était allé voir si elle était toujours là, et elle n’y était plus. On n’a jamais su où elle était passée. Personne n’a pu nous renseigner. Personne n’en savait rien. On a tous mené notre enquête, puis nous avons vite été rattrapé par les événements de la vie : le chômage, retrouver du boulot. Pas le temps de jouer. A cette époque, je me demandais même si je n’avais pas rêvé tout ça, cette histoire d’or. Les fours, la Boîte, ça vous monte à la tête, ça vous asphyxie. Il y avait de quoi devenir dingue. Pierrot se taisait à présent. Thomas et ses dix-neuf ans ne surent pas quoi ajouter. Il embrassa son grand-père, lui promit de revenir bientôt, et sur son vélo il disparu dans la nuit tombante. Ils marchaient lentement à la lueur des torches. Les faisceaux s’entrecroisaient, révélaient les ombres de la forêt assoupie : tantôt une broussaille de fougères, tantôt la silhouette droite d’un hêtre… un rongeur détale, une chouette hulule. Benjamin se retourna vers son ami, irrité. Il était plus grand que Thomas, les épaules dynamiques, la chevelure raide d’un blond clair qui contrastait avec sa peau matte, brunie à force de randonnées au soleil. - Tom, mais qu’est-ce qu’on fout là ? je savais bien que c’était pas une bonne idée… au milieu de la nuit, j’ai autre chose à faire ! - Calme-toi, on y est presque. Ils passèrent le ruisseau ; c’était en réalité un torrent assez large, au rythme empressé – ils entendaient l’eau et les pierres gronder un mètre en dessous. Le pré et sa clôture barbelée, la souche, l’usine : tout y était. Ils descendirent le coteau, silencieux. Il n’était pas difficile de pénétrer dans l’enceinte, tant les grillages étaient rongés et percés ; lorsqu’ils furent à l’intérieur de la cour, Thomas promena longuement sa torche. Il parcourait les murs de briques, les fenêtres aux verres dépolis ou brisés, les recoins. Chaque masse, informe, grise ou noire, emplâtrée de poussière, lui paraissait suspecte. Il s’approchait alors : c’était une pelle oubliée, les restes d’un feu, d’une machine désossée, ou rien du tout. Les poutres, il aurait su les reconnaître, son grand-père lui les a décrites dans toutes les dimensions, calibrées à deux-mètres-zéro-trois, tel poids, telle largeur. Regarde la photo : c’est moi, à côté de la production. Impossible de se tromper. - Il y a rien ici, tu vois bien… tu veux rentrer dedans ? dans le bâtiment, je veux dire ? - Oui, il doit forcément rester quelque chose. Tu viens ? Benjamin leva les yeux au ciel, juste pour la forme, puis il vint. Ils poussèrent une porte latérale et se retrouvèrent au seuil de la cathédrale d’acier. Une voûte gigantesque, emplie d’un vide frappant : leurs lumières s’y perdaient, se dispersaient au loin. Il marchaient et leurs pas raisonnaient, chaque frottement semblait amplifié, répercuté, reproduit à l’infini – pourtant, tout était si calme ! Au fond de la halle de coulée, comme cachée dans une nef, les restes d’un haut-fourneau reposaient, imposant socle cerclé de métal, entouré de passerelles et de chaînes. - La Boîte… Ils s’approchèrent. Thomas cherchait un escalier, le trouva ; il emprunta une échelle de fer, une passerelle, et se retrouva dans la Boîte. C’était donc ici, autours de ces fours, que les hommes, son grand-père, se tuaient. Il tentait d’imaginer la chaleur insoutenable, l’odeur, l’éclat vif et puissant du métal en fusion. Après quelques minutes que son ami respecta, il redescendit. - Pas de poutre, alors ? - Ah ? non, non, il n’y a plus rien là-dedans. C’est définitivement fini. Ils firent rapidement le tour de l’immense salle. A part quelques bricoles qui traînaient çà et là, des tessons de bouteilles, des canettes, rien qui ne pu ressembler à une barre d’or sertie d’acier. Thomas referma doucement la porte, comme pour ne pas réveiller un gros chat endormi. Il tenait tout de même à voir le bureau où Roger s’était emparé des lingots, cette nuit d’août juste trente ans auparavant. Revenus dans la cour, ils montèrent l’escalier délabré. En haut, il n’y avait qu’une pièce humide, le vent soufflait à travers les vitres brisées, le plafond se désagrégeait par plaques, les débris jonchaient le sol. Un peu déçu et énervé par ce triste spectacle, Thomas s’éclipsa sans attendre son ami qui cherchait un coffre depuis longtemps disparu. - C’était sûr, il fallait pas s’attendre à grand chose. Ils remontaient à présent vers la forêt. - Si ton grand-père et ses potes n’ont rien trouvé en 73, on avait aucune chance de retomber sur ces poutres, sauf un miracle. Thomas marchait vite, sans regarder derrière. Il paraissait parfaitement absorbé par ses pieds et le chemin qu’éclairaient les lampes torche. - Si ça se trouve, elles ont été balancées n’importe où, et personne ne les retrouvera jamais. Ou alors un malin a déjà mis la main sur l’or. Ils soufflèrent à deux pas du torrent. Devant eux l’ombre des arbres imposait sa présence mystérieuse et touffue. Ils se regardèrent, Benjamin sourit, tapa l’épaule de son ami, puis s’avança sur la passerelle, au-dessus du ruisseau. C’était un petit pont artificiel, étroit, mangé de mousse et de ronces ; sous le lichen pourrissaient trois belles poutres d’acier. Entre les deux rives, Thomas s’arrêta, se retourna vers ce pays où les cheminées, immobiles, s’accrochaient aux étoiles comme des géants perchés. eminées, immobiles, s’accrochaient aux étoiles comme des géants perchés.