Elle regardait la Lune, comme d’autres implorent la croix, elle regardait la Lune. Mais l’astre ne lui répondait pas, jamais. Elle aurait pu partir, mais elle n’en faisait rien. Et soir après soir, nuit après nuit, elle regardait la Lune. Elle ne disait rien, ne demandait rien, mais son regard s’accrochait à elle et ne la quittait plus jusqu’à l’aube. Jamais elle n’avait connu le sommeil. La journée elle baissait les yeux et fixait ses pieds. Le soleil ne l’intéressait pas. Mais nuit après nuit, soir après soir, elle regardait la Lune. Elle se promenait seule, souvent. Et dans sa solitude elle souriait, à personne, à tout le monde. Elle ne disait jamais un mot. Etrange personnage, anonyme n’importe où. Anonyme mais pas invisible. Des cheveux blonds, si pâles qu’ils en sont presque blancs. Un visage couleur de lait, une peau assez transparente pour laisser apparaître les veines. Elle ne voyait pas les regards qu’on posait sur elle dans la rue. Ses vêtements d’un autre âge frôlaient parfois les passants, mais jamais elle ne s’excusait ni ne se retournait. Personne ne la connaissait, mais tout le monde prétendait la connaître. Une étrange lumière émanait d’elle et les gens papillonnaient autour d’elle. Mais elle ne voyait rien. Elle regardait la Lune comme tous les soirs. Sans détourner le regard. Mais cette fois elle ouvrit la bouche. Un flot de paroles incompréhensibles. Sa voix était faible et sonnait comme un petit ruisseau. Cette fois Lune répondit et lança un rayon vers elle. Le rayon avait la couleur de ses cheveux. Elle se fondit dedans et disparut. Personne ne la connaissait mais personne ne l’oublia.