[c][b]---- LES CHRONIQUES DE L'ESPACE ----[/b] [c][b]TOME 1, Les Seigneurs du Vide[/b][/c] [c]Première partie : La Prophétie[/c] Chapitre 1 - John Hawk L’Amiral Oakey se tenait au centre de la baie d’observation, le visage sombre. Etre le garant de la paix d’un système stellaire est une lourde tâche, lorsque l’on est rongé par une maladie incurable. Les médecins lui donnaient un peu moins d’un an à vivre, mais l’Amiral ne comptait pas attendre jusque là les bras croisés. Son espoir résidait en John Hawk. John était le meilleur astro-explorateur que l’Amiral eut jamais connu. Si un homme pouvait découvrir le secret des Keh, c’était lui, et lui seul. L’Amiral posa une main sur l’immense verrière blindée qui s’élançait jusqu’au sommet de la baie d’observation. Lorsque l’on était suffisamment proche d’elle, on pouvait se croire sans peine en plein milieu de l’espace, au cœur d’un incroyable globe tapissé d’étoiles… Tandis que l’Amiral Oakey rêvassait, John Hawk était sur le chemin du retour. Sa mission était une réussite totale, mais il était porteur de mauvaises nouvelles. … Enfin ! La station-relais ! Après une semaine de dérive dans l’espace passée à dormir et à tenter de contrôler l’étrange appareil Keh, se nourrissant uniquement de nutri-pilules et du peu d’eau tiède que lui fournissait son recycleur, John voyait enfin apparaître la station relais érigée sur Europa, le plus petit des satellites de Jupiter. Il était sauvé. [c]* * *[/c] Les Keh était une race étrange et quelque peu inquiétante, que les Terriens avaient rencontrée sur Centauri 4 lors de leur premier saut supra-luminique vers Alpha du Centaure. Le mot « Keh » signifiait « vie », en Keh. C’est le premier mot que l’un d’entre prononça en voyant un humain s’approcher de lui. On ne su jamais s’il lui souhaitait ainsi le bonjour, ou s’étonnait de voir un autre être en vie. Car les Keh étaient les seuls être vivant à la surface de Centauri 4. Ils se nourrissaient d’une sorte de minéral mou qu’ils y trouvaient en abondance à quelques mètres sous le sol et parlaient très peu. Cependant, leur technologie était stupéfiante. Ils utilisaient des catalyseurs trans-ionique pour forger leur cité et tout portait à croire qu’il maîtrisait le saut supra-luminique depuis des lustres. Mais surtout, leurs médecines étaient d’une écrasante supériorité à celles des Terriens. Chez eux la science médicale, connue sous le nom de « Tal-Keh », était l’objet d’un culte de la plus grande importance. Tal-Keh signifiait « Art de la Vie ». [c]* * *[/c] L’abordage de John ne fut pas une partie de plaisir mais les rayons tracteurs de la base facilitèrent les choses, et la mono-capsule tenait encore en un morceau lorsqu’elle s’écrasa sur le ponton de la station. Les sas se refermèrent, et des dizaines de soldats se précipitèrent au secours de John tandis que son véhicule s’ouvrait en deux comme une coquille. John, les nerfs à vif, parti d’un rire aigu en voyant ses camarades habillés en tenue de sport… Apparemment, il avait interrompu l’une des fameuses parties de hockey anti-gravitationnel qui se jouaient sur les quais orbitaux où la pesanteur artificielle n’était pas appliquée. Voilà pourquoi il avait aperçu un projectile frôler son pare-brise lors de l’atterrissage ! C’était le palet de ses camarades, qui dériverait dans l’espace à jamais… « Lieutenant Hawk, au rapport mon Amiral ! - Ah… Toujours aussi protocolaire, John… Nous sommes entre nous, voyons. » L’Amiral fut pris d’une quinte de toux. John s’avança prestement vers son supérieur, qui l’arrêta d’un geste : « C’est bon, c’est bon… Mes poumons n’ont pas dit leur dernier mot… Puis il se redressa et observa John. – Alors ? Qu’avez-vous vu, là-bas… Racontez-moi tout. - J’ai de graves nouvelles à vous annoncer, mon Amiral. » [c]* * *[/c] La mission de John Hawk était simple. Partir à la rencontre des Keh, se faire accepter d’eux, en apprendre le plus possible sur leur compte et… si possible… mettre la main sur un remède susceptible de guérir l’Amiral. Le premier traducteur Keh venait tout juste d’être mis au point. Il était désormais possible de comprendre et de communiquer avec cette race étrange. John mit cependant plus de trois jours à tirer un mot d’un Keh qui trans-gravait inlassablement de la roche, à la frontière d’une cité. Après quoi, John fut conduit au cœur de la plus grande cité Keh, dans un immense palais souterrain. Il ne comprit pas tout ce qui se passa, mais tout un parterre de Keh à la peau bleue – signe de vieillesse – l’examina, échangeant parfois quelques paroles. « Vie », « Exceptionnel », « Prophétie », « Interroger », « Peur » furent les cinq mots que le traducteur de John capta. A partir de là, tout alla très vite. Un Keh s’approcha de John, et se présenta comme un « Haut-Keh », selon le traducteur, une sorte de maître médecin. Il lui dit que le peuple Terrien était très malade. Que leur maladie annonçait la venue des Setho-Keh. Ces deux mots étaient très simples, et John n’eut pas besoin du traducteur pour comprendre leur sens. Ils signifiaient les « Annules Vie ». [c]* * *[/c] « Tout ceci est stupéfiant, John… Je vais immédiatement contacter le conseil stellaire. - Attendez, l’interrompit John. Ce n’est pas tout… Après cela, les Keh ont fait de moi un Haut-Keh. Ils refusaient de céder de L’An-Keh à un simple être humain, vous comprennez… - De l’An-Keh ? demanda l’Amiral, les sourcils froncés. - Le « Porte-Vie », le remède ultime qui vous soignera... » L’Amiral retint son souffle. « Vous… Vous l’avez trouvé ? De quoi s’agit-il ? John extirpa une substance molle et grisâtre d’une de ses nombreuses poches : - Vous allez rire, Amiral… Il s’agit de ce minerai dont ils se nourrissent. » L’Amiral Oakey écarquilla les yeux, puis il parti d’un grand éclat de rire qui s’acheva en quinte de toux. Quelques heures plus tard, l’Amiral rayonnait de santé. Il avait peine à y croire. Une seule bouchée de l’étrange minerai… et il avait ressenti comme une onde de chaleur se répandre dans tout son corps. L’étau qui enserrait ses poumons s’était volatilisé. Il en avait pleuré de soulagement. John lui conseilla alors de se reposer un jour ou deux, mais l’Amiral refusa énergiquement. « Je ne me suis jamais senti aussi bien de ma vie, John ! Je vais vous dire ce que je vais faire… Mes soldats ont prévu une partie de hockey sur le dock orbital, ce soir, et je ferai le goal ! L’enthousiasme de l’Amiral était réjouissant. Il mourut quelques heures plus tard, sur le terrain de sport anti-gravitationnel, après avoir poussé une série de gémissements brefs et aigus. De la bave noire coulait abondamment de la commissure de ses lèvres.