[j]Août se meurt aux derniers remparts de l’été, remplissant le ciel d’une lumière jaunâtre et enveloppante. Aux abords d’un lac dont je ne pourrais même pas prononcer le nom correctement, le temps file en douce. Je viens juste de dépenser mes dernières pièces de monnaie. Parti prendre une bière à Dublin. Je suis le plus heureux des hommes. Elle a simplement touché des yeux un panier de pêches, au détour d’un marché. C’est comme ça que se sont envolées mes dernières pièces de monnaie, j’ai acheté un panier de pêches. Puis nous avons descendu un petit sentier qui mène à ce grand lac vert. Assis sur les rochers, au soleil d’août, on mange nos fruits défendus. Le jus sucré déborde de chaque côté de nos bouches, glisse le long de nos cous, le long de nos mains, nous colle partout. Ensuite on suce les noyaux et on joue à celui qui le crache le plus loin dans l’eau verte. Je crois que je suis devenu exactement ce que je rêvais d’être. Surdiplômé, loin de chez moi, pauvre et amoureux. Parti prendre une bière à Dublin, il y a de ça 4 mois. Parti voir si la Guiness goûtait la même chose dans les pubs irlandais. Parti voir ailleurs si j’y étais. Parti m’amuser sur le dos monde. Je n’en suis pas encore revenu. Elle, je l’ai rencontrée sur un train de marchandises entre un quelque part et un autre. Clandestins à l’arrière de l’avant-dernier wagon d’un train de marchandises, je l’ai simplement invitée à prendre une bière avec moi à Dublin, sans savoir son nom. Et elle a accepté, sans savoir qu’elle tomberait amoureuse de moi. L’ensemble de mes possessions terrestres se résument à ce qu’il y a dans mon sac à dos et à un petit panier de pêches bien mûres. Ici doit être le centre du monde. Juste ici, sur ces rochers. Il y a 6 milliards d’êtres humains autour de moi, mais celui qui essuie ses mains collantes sur mon t-shirt en jurant que son dernier crachat est allé plus loin que le mien me suffit amplement. Moi, le plus heureux des hommes, je jure aujourd’hui silencieusement de ne plus jamais juger tous ceux que je n’ai jamais compris. Ils sont comme moi, en quête de quelque chose. Pour moi, la finalité c’est une bière dans un pub pour eux c’est autre chose. L’argent, la gloire, la suprématie, l’amour, la réussite de n’importe quoi, peu importe. I don’t fucking care. La quête, tout y réside. La finalité n’est rien, la fin ne justifie aucun moyen. L’essence est dans la recherche, non dans la découverte. Je n’ai jamais compris à leur grand cinéma mais ils ne comprennent probablement pas le mien non plus. Chacun fait sa voie, je jure de ne plus regarder celle des autres. Certains vous diront de vivre intensément puisque qu’à chaque instant une voiture peut vous faucher. D’autres vous diront simplement de regarder de chaque côté de la rue avant de traverser. Tout ça c’est des conneries, bien entendu. Elle est bien silencieuse aujourd’hui, elle qui d’habitude parle pour deux. Elle frisonne un peu et se colle sur moi. Est-ce le soleil qui baisse, ou alors ce vieux couple qui marche péniblement sur la grève? Bien sûr que non, rien de tout ceci n’est éternel. Un jour, il faudra s’arrêter quelque part, utiliser tous ces beaux diplômes, poursuivre l’errance ailleurs. L’errance métaphysique. Rien n’est éternel. Rien, ni même l’amour. Tout est toujours à recommencer. Il n’existe que des bonheurs éphémères. On est toujours heureux par rapport à quelque chose d’autre, on ne peut avoir deux fois le même bonheur. Il faut sans cesse réinventer les choses. Il y a des jours gris et des bleus et c’est bien ainsi. Les gris nous font apprécier les bleus… Bien sûr, nous aussi nous sombrerons dans l’abîme des vieux jours, c’est inévitable, donc ce n’est pas important. Ce qui compte, ce sont les souvenirs que l’on emporte avec nous et que l’on oublie un à un… Elle me dit tout doucement qu’elle a l’impression qu’une musique va sortir de nulle part et qu’un générique va traverser le soleil qui se couche derrière la ville. C’est vrai, j’ai le même sentiment et pourtant ce n’est pas la fin de l’histoire. C’est simplement quelque part au milieu, quelque part entre cette Amérique natale et Dublin… Où dormirons-nous cette nuit? Demain, septembre, après je ne sais pas. [i] Parti prendre l’air. Parti prendre une bière à Dublin. Parti pour toujours. Inutile de laisser un message après le bip… [/i] [/j]s le bip… [/i] [/j]