[i]Sur le thème « Les portes »[/i] Eliot R. Goodman n’était pas un héros, ni même un de ces types faussement normal, avec une femme et des enfants, capable de devenir du jour au lendemain un héros parce que la situation le demandait. Non, Eliot était un type vraiment normal. D’ailleurs, il n’avait ni femme ni enfant. Ce qu’Eliot aimait le plus au monde était son chapeau. C’était un superbe melon finement conçu, d’un noir élégant, d’une forme digne et d’une allure certaine qui lui seyait à merveille. Il était bien plus beau que celui de Mr. Greatweather ou celui de Mr. Beautifulway, qui étaient ses collègues au Centre. Parfois, Eliot poussait l’insolence en se disant qu’il avait sûrement le plus beau chapeau de tout le Centre de Travail 612. Mais il évitait d’en parler autour de lui : il ne voulait pas qu’on lui vole son chapeau. Dans son Cube - son petit appartement de célibataire - l’un des quatre murs de l’unique pièce était entièrement consacré à son chapeau, et aux couvre-chefs en général. On y trouvait des photos dudit chapeau, des tableaux de feutres célèbres et même une étagère de livres consacrés aux chapeaux, où trônait la Grande Encyclopédie du Chapeau à travers les âges, dont il possédait déjà les quatre premiers volumes. Contre le mur, il y avait aussi un grand miroir, devant lequel Eliot aimait passer des heures à essayer diverses manières de porter son chapeau – des plus classiques aux plus fantaisistes. Un matin, alors qu’il venait de consommer son petit déjeuner, Eliot remit son assiette dans le sas du Cuisinier, puis consulta sa boite aux lettres. La trouvant vide, il s’irrita contre le facteur qui, ces temps-ci, passait de plus en plus tard. Il enfila donc son élégante veste noire, souleva sa petite mallette et posa le chapeau sur son crâne à peine dégarni, avec un soupir de contentement. Puis il s’approcha de la Porte. Le Cube d’Eliot ne possédait qu’une seule porte, mais cette Porte lui permettait d’aller n’importe où. Il suffisait de connaître le code de sa destination, de l’entrer sur le petit panneau qui se trouvait à côté de la Porte, et hop : on était arrivé. Ainsi, il composait tous les matins le 612 pour se rendre sur son lieu de travail, et parfois, en rentrant du Centre, le 24, qui était le numéro du Centre de Plaisir qu’il avait l’habitude de fréquenter. Pour rentrer chez lui, il composait son numéro personnel, qui était le 89273321. C’était les trois seuls numéros qu’il connaissait par cœur, parce qu’il en avait souvent l’usage. Comme tous les matins, il composa donc le 612. Habituellement, la Porte changeait alors d’aspect, et au lieu de la surface grise uniforme qu’elle affichait lorsqu’elle était désactivée, laissait place à une vue de l’endroit où l’on devait se rendre. Ainsi, Eliot aurait dû voir apparaître devant lui le hall d’entrée de son Centre de Travail. Mais la porte restait résolument grise. Pensant qu’il avait du faire une erreur en entrant le code, Eliot appuya à nouveau, mais avec plus de précaution sur le 6, sur le 1, sur le 2, puis sur la touche verte de validation. En vain. Il essaya le code du Centre de Plaisir, puis celui de plusieurs autres Centres dont il trouva le numéro dans un annuaire, sans obtenir aucun résultat. Il fallait se rendre à l’évidence : sa Porte était en panne. Etait-ce possible ? Il avait parfois entendu des histoires de Portes qui se détraquaient, mais c’était des plaisanteries de bureaux ou des histoires pour faire peur aux enfants. Jamais il n’aurait pensé que cela pourrait lui arriver, à lui. N’était-il pas un employé modèle, toujours poli, toujours élégant ? Pourquoi sa Porte à lui et pas celle de Greatweather, qui avait un chapeau vulgaire, ou celle de Beautifulway, qui ne disait jamais bonjour ? Eliot essaya à nouveau d’entrer plusieurs codes au hasard, en vain. Que faire ? Lorsque l’un de ses appareils était défectueux, il se rendait habituellement au Centre Technique. Mais comment s’y rendre sans Porte ? Il pouvait peut-être leur faire parvenir une demande cordiale par courrier, pour que l’on vienne faire les réparations nécessaires. Mais cela prendrait du temps, peut-être plusieurs jours, et il ne pouvait se permettre de manquer un seul jour de travail. Il y avait une solution, bien entendu… mais il était formellement spécifié dans le règlement que l’on ne devait utiliser le Code Zéro qu’en cas d’extrême urgence. Personne ne savait précisément à quoi servait ce code, où il menait, et certains pensaient que les gens qui l’utilisaient disparaissaient tout simplement. Mais Eliot ne pouvait croire de telles bêtises. Son cas ne relevait-il pas de l’extrême urgence ? Que penserait-on de lui, qui n’avait jamais manqué un seul jour de travail depuis qu’il était au Centre, si l’on ne le voyait pas à son bureau ce matin ? Décidé, Eliot Goodman s’approcha de la porte et tendit la main vers le clavier. Puis il s’arrêta. Quel stratagème maléfique allait-il enclencher ainsi ? Après tout, on savait peu de choses des Portes et de leur fonctionnement. Certains prétendaient qu’elles avaient été construites par les hommes il y a des milliers d’années, mais c’était absurde : comment les hommes auraient-ils pu se déplacer, se rencontrer, se reproduire, sans Porte ? Comment le premier homme aurait-il pu avoir l’idée de construire une Porte reliant son Cube à celui d’un autre, sans pouvoir sortir de son habitation et donc savoir qu’il existait d’autres Cubes et d’autres gens ? Non, Eliot en était persuadé, les Portes avaient simplement toujours existé. Et c’est précisément ce qui les rendait très effrayantes. Bien sur, le Centre Technique était capable de réparer une Porte défectueuse, mais il était impossible d’en créer une nouvelle. D’ailleurs, à quoi cela aurait-il pu bien servir, puisque tous les Cubes et tous les Centres possédaient déjà une Porte ? Mais, malgré leur aspect mystérieux, Eliot avait pleine confiance, et il était certain que les histoires de gens tranchés en deux par une porte refermée trop tôt n’avaient aucune base réelle. Ce qui l’inquiétait plus, c’est que personne ne racontait d’histoires sur le Code et sur les gens qui le composaient. Peut-être, précisément, parce que personne n’en revenait ? Puis Eliot eut une pensée d’une grande sagesse : il pensa que la mort était un sort de très loin préférable à une journée d’absence au Centre 612. Alors, il appuya quatre fois sur le zéro du clavier pour entrer le Code, et appuya sur la touche verte. Cette fois, la porte réagit. Mais au lieu de changer de couleur sous l’effet des accumulateurs d’énergie, elle trembla, se fissura, s’effondra en arrière, et disparut. A la place de la Porte, il y avait maintenant un trou béant dans le mur aux chapeaux du Cube d’Eliot. Passant la tête par l’ouverture, il constata qu’elle ne donnait que sur du vide. Il y avait en face de lui, à une certaine distance, ce qui semblait être un autre Cube, avec une porte fermée, et une échelle sur le côté. En regardant mieux, il comprit qu’il s’agit d’une colonne de Cubes posés les uns sur les autres, et même qu’il y avait tout autour de lui des milliers de colonnes identiques. Malheureusement, il lui était impossible d’en n’atteindre aucune. « Incroyable » dit-il tout haut, pour lui-même. « Incroyable… incroyable… incroyable… » entendit-il répéter, de plus en plus faiblement. « Qui est-là ? » cria-t-il, cette fois plus fort. « Qui est-là ?... qui est-là ?... qui est-là ?... » entendit-il encore. Allons bon. Est-ce que des gens s’amusaient à répéter ce qu’il disait ? N’avaient-ils rien de mieux à faire de leur journée ? N’avaient-ils pas un travail ? A moins que leur métier ne soit précisément de répéter ce que disaient les gens. Drôle d’occupation. Eliot en revint au problème qui l’occupait : comment se rendre au Centre 612 ? Il devina qu’il existait sur sa propre tour de Cubes une échelle, comme sur les autres tours. Il lui suffisait donc de monter chez son voisin du dessus, d’entrer chez lui, et de lui demander poliment s’il pouvait se servir de sa Porte. Eliot s’assura donc que sa veste était bien mise, que son chapeau était bien enfoncé, puis il entreprit de saisir l’échelle, et de se hisser d’un étage. Une fois face à la porte, solidement accroché d’une main, il donna trois petits coups contre la porte, puis attendit. Il patienta longuement, frappa plusieurs fois à la porte, mais rien ne se passa. Sans doute son voisin était-il absent, déjà au travail ; à moins qu’il n’eut aucune idée de la manière dont on ouvrait une Porte. Allait-il, alors, tenter de frapper à chacun des milliers cubes qui se trouvaient au-dessus et au-dessous du sien ? Non bien sur, car ce serait sans aucun doute là une pure perte de temps. Il décida donc de grimper jusqu’au sommet de l’échelle, en espérant que de là-haut, il pourrait apercevoir le centre 612 et trouver un moyen de s’y rendre sans Portes – aussi absurde que cela puisse paraître. Calant sa mallette sous son bras, enfonçant bien son chapeau sur son crâne, il entreprit alors de gravir un à un les échelons de la gigantesque échelle. Il dépassa ainsi de nombreux Cubes, absolument identiques, dont le seul relief était un sillon creux formant un rectangle, qui n’était autre que la Porte, vue de l’extérieur. Eliot continua à monter, conscient de vivre un évènement tout à fait extraordinaire, bien qu’handicapant. Il s’arrêta soudain, témoin d’un curieux phénomène. A quelques mètres de lui seulement, se tenait une étrange créature de métal, dotée d’ailes qui battaient fébrilement l’air. Il avait déjà eu l’occasion de voir, bien sûr, une photographie de Facteur dans quelque vieille encyclopédie, mais c’est la première fois qu’il pouvait en apercevoir un bien réel, devant lui. Lorsque l’engin s’approcha du Cube devant lequel se tenait Eliot, accroché à l’échelle, une ouverture apparût dans le mur, et il y glissa quelques documents, avant de s’éloigner en grinçant vers une autre destination. Eliot reprit son ascension et arriva au sommet de sa tour de Cubes, et y trouva un jeune garçon, vêtu d’une salopette mal en point, et scrutant le ciel à l’aide d’un instrument en bois que notre héros fut incapable d’identifier. « Bonjour, dit Eliot en soulevant poliment son chapeau. - Bonjour, répondit le jeune garçon. - Que fais-tu là ? demanda Eliot. » Le jeune garçon sursauta, et tenant son instrument à bout de bras, il pressa une gâchette qui, déclenchant un mécanisme, propulsa dans les airs une flèche acérée. La dite pointe, à laquelle on avait préalablement accrochée une corde, transperça quelque animal volant au loin qui se mit à choir et que le jeune garçon, à l’aide d’une manivelle, hissa sur le toit. « Je chasse, répondit-il. » Lorsqu’il eut l’oiseau entre les mains, il le dépluma puis, le tenant par les pattes, la tête en bas, le montra à Eliot. « Mon dîner, expliqua-t-il. - Par mon chapeau ! s’exclama Eliot. N’as-tu pas un Cuisinier ? - J’en ai un, mais il y a bien longtemps que mon Cube est en panne. Il faut que je fasse sans. - Etrange, ma Porte refuse justement de fonctionner depuis ce matin. - C’est toujours par la Porte que cela commence, dit sentencieusement le garçon. - Tu veux dire que mon Cuisinier va aussi m’abandonner ? - Non seulement votre Cuisinier, mais également votre Hygiène, votre Oreiller, votre Broyeur et tous les autres appareils de votre Cube. Puis votre Cube lui-même. - C’est terrible, dit Eliot. Puis se reprenant : Enfin, que peux-tu savoir de mon Cube ? - Car c’est ce qui est arrivé au mien. Et cela arrive de plus en plus souvent. Certains n’ont pas l’idée de faire sauter leur Porte comme vous l’avez fait, et meurent de faim en attendant l’arrivée des techniciens. D’autres se croient plus malins en composant le Code Zéro, mais tombent dans le vide, croyant avoir réactivé leur Porte. » Eliot eut la nausée. Comme ce sujet le mettait mal à l’aise, il décida d’en changer. « Comme ce plafond bleu est haut, remarqua-t-il. - Ce n’est pas un plafond, corrigea le garçon en s’asseyant. C’est le ciel. - Le ciel ? répéta Eliot. Et quelles sont ces grandes taches blanches ? - Des nuages. Ce sont de grandes cicatrices sur le ciel. - Des cicatrices ? - Oui. Autrefois, les hommes faisaient souvent la guerre. Mais comme cela abîmait le ciel, ils furent forcés d’arrêter. Ils laissèrent tout de mêmes assez de cicatrices pour que leurs descendants se souviennent de l’erreur, et qu’ils ne la renouvellent pas. - Et que firent-ils, alors ? - Ils créèrent un grand Réseau reliant tous les hommes de toutes les nations entre eux, et ainsi ils purent se connaître et s’aimer, sans avoir à faire la guerre. Grâce au Réseau, les distances devinrent nulles et chacun put discuter avec un ami du bout du monde comme s’il s’agissait de son voisin de pallier. - Une grande invention, dit Eliot. - Bientôt, les gens furent si habitués au Réseau qu’ils refusèrent de sortir de chez eux. Pourquoi sortir alors qu’ils pouvaient parler au monde entier dans une boite, y commander de la nourriture et des loisirs ? - En effet, pourquoi ? approuva Eliot. - Un homme eut alors une grande idée : celle d’utiliser le Réseau comme un moyen de déplacement. On construisit alors les premières Portes qui transformaient les gens en signaux pour les faire voyager dans les fils du Réseau, puis les reconstituaient à la sortie afin de leur restituer leur intégrité. - Je pensais que les Portes avaient toujours existé, remarqua Eliot. - Vous vous trompiez. Elles n’étaient, au départ, réservées qu’aux appartements les plus riches ; mais bien vite, le système se démocratisa. Ainsi, au bout de quelques temps, chaque habitation fut équipée d’une Porte, si bien qu’il ne fût plus nécessaire d’utiliser les portes traditionnelles. Comme les gens ne s’occupaient plus de ce qui se passait en dehors de chez eux, on recouvrit le monde de Cubes d’habitations et de Centres de Travail ou de Plaisir, reliés entre eux par les Portes. Et comme le Réseau se trouva bientôt surchargé, on fut forcé de ne le consacrer qu’à l’usage exclusif des Portes et de trouver un autre moyen de faire circuler le courrier. C’est dans ce but que furent créés les Facteurs. - Et comment sais-tu tout cela, toi ? demanda Eliot. - J’ai lu la Bible, répondit le jeune garçon. - Je vois. L’histoire de la naissance de notre monde. Et ce livre dit-il pourquoi les Cubes tombent en panne ? - Le livre dit que tout ce qui naît doit un jour mourir. Je crois que c’est ce qui est en train d’arriver. Ce monde est en train de mourir. » Eliot réalisa alors l’urgence de la situation. « Alors, dit-il, il faut que je me dépêche de retourner à mon travail. Si ce que tu dis est vrai, je n’ai pas de temps à perdre. - Vous ne comprenez pas. D’ici, toutes les tours se ressemblent, et il est impossible de distinguer les Cubes et les Centres des uns des autres. Cela prendrait des siècles de retrouver votre Centre, qui est peut-être à l’autre bout du monde. D’ici là, le monde aura depuis longtemps disparu. - Et qu’arrivera-t-il alors ? Est-ce que nous chuterons dans le vide, si le sol n’existe plus ? - Ce n’est pas ce que je voulais dire, dit le jeune garçon. Le monde est en train de mourir, car pour une raison obscure, les machines cessent de fonctionner et les Portes tombent en panne. Avez-vous jamais entendu parler de quelqu’un qui ait reçu les techniciens du Centre ? Non, car on les appelle, et ils ne viennent jamais. Je pense d’ailleurs qu’il n’existe plus aucun Centre Technique nulle part. Ainsi, les hommes se retrouvent isolés et livrés à eux-mêmes, si bien qu’ils finissent par en mourir. Cela sera très lent, bien entendu, mais d’ici quelques siècles, l’humanité aura totalement disparue. » Eliot se gratta le menton : il était bouleversé. « Ma vision du monde s’évanouit soudainement car, expliqua-t-il, elle n’était qu’une illusion. Je pensais que le travail était la chose la plus importante qui soit. Aujourd’hui, je vois ce qu’est le monde et que, parce qu’il est en train de vivre ses dernières heures, ma vie prend un tout autre sens. Il faut avertir les gens, décida-t-il. - C’est impossible, dit le jeune garçon. Une fois qu’on est en sorti par une Porte, il n’est plus envisageable d’entrer dans le Réseau. Les Portes sont ainsi conçues, comme si l’ailleurs n’existait pas. Et nous sommes dans l’ailleurs. - Il doit sûrement exister un moyen, dit Eliot en fronçant les sourcils. - Croyez-moi, dit le garçon, j’ai longtemps cherché. - Tu as cherché longtemps, je te crois. Mais as-tu cherché assez loin ? - Que voulez-vous dire ? - Par exemple, on pourrait… » [c] [img] http://www.lecahiernoir.net/jpg/monchapeau.jpg [/img] [/c] [j] Une soudaine bourrasque de vent renversa Eliot au sol, comme une vulgaire feuille de papier. Il se releva, affolé, portant les mains à son crâne découvert. « Mon chapeau ! s’écria-t-il. - Il s’est envolé, dit le jeune garçon. Le vent l’a emporté. - Mais pourquoi ? demanda Eliot, furieux. - Le vent est l’ennemi des chapeaux, répondit le garçon. » Eliot vit au loin, dans le ciel, son couvre-chef ballotté par les courants d’airs, comme une feuille morte ou un papier gras suspendu dans le ciel. Puis le chapeau devint une tache indistincte, puis un simple point noir. Enfin, il disparut tout à fait. « Il faut absolument que j’aille le chercher, dit Eliot. - C’est impossible, répondit le garçon. Il est beaucoup trop loin à présent. - Je chercherais toute ma vie s’il le faut. - Le monde est en train de mourir, lui rappela le garçon. - Il peut bien crever. C’est de sa faute si j’ai perdu mon chapeau, dit Eliot, bien qu’il n’en fut pas tout à fait certain. - Comme vous voudrez. Mais vous êtes coincé sur cette tour. » Et Eliot, serrant fort sa mallette dans sa main, fit un bond prodigieux jusqu’à la tour de Cubes la plus proche. Il fit une roulade pour contrôler sa vitesse puis, après s’être assuré que son costume était toujours convenable, se tourna vers le jeune garçon. Il voulut le saluer en soulevant son chapeau, mais ne toucha que son crâne à peine dégarni, ce qui le fit enrager. Il s’élança alors sur une nouvelle tour, et ainsi de suite, jusqu’à disparaître à son tour. « Ce type est fou, pensa le jeune garçon. Le monde est en train de mourir, et il ne pense qu’à son chapeau. » Puis, saisissant l’oiseau qu’il venait de déplumer, il entreprit de descendre le long de l’échelle, jusqu’au Cube d’Eliot, qui était un peu au-dessus du sien, où il découvrit avec un grand plaisir les quatre volumes de l’Encyclopédie du Chapeau à travers les âges : voila qui fournirait, pendant de longues années, un excellent combustible, indispensable à la préparation de ses dîners. [c] Illustration par [lnk='http://www.guilhem.tk']Guilhem[/lnk] [/c]tion de ses dîners. [c] Illustration par [lnk='http://www.guilhem.tk']Guilhem[/lnk] [/c]