Peu après le coucher du soleil, deux poulets terrifiés avançaient dans l’ombre, équipés de cordes et de couteaux, portant chacun un petit sac de toile vide. Lorsqu’ils arrivèrent devant une lourde porte en fer, le premier monta sur le deuxième, et après avoir vérifié aux alentours que personne ne les suivait, il tira une petite tige de fer de sa ceinture, et entreprit de crocheter la serrure. Lorsque la porte céda enfin, le deuxième poulet poussa un soupir de soulagement et tous deux se faufilèrent à l’intérieur. Et là, quel spectacle ! A l’intérieur du hangar, plongé dans les ténèbres, des milliers de sacs remplis à craquer de graines étaient empilés. « Toutes ces graines ! s’exclama le second poulet. Et dire que nos frères meurent de faim ! - Chut, répondit le premier poulet. » Il s’approchèrent alors du tas de sacs le plus proche et, se servant d’un couteau et d’une corde comme grappin, l’escaladèrent. Une fois au sommet, le premier poulet ouvrit en grand son sac de toile, et le second, perçant le sac de graines, fit s’écouler un petit filet de la délicate nourriture. Ils répétèrent l’opération, puis refermèrent les deux petits sacs de graine. « Pourquoi si peu ? chuchota le deuxième poulet. Les sacs sont à peine remplis, on pourrait en mettre encore autant ! - D’abord, répondit le premier, il faut pouvoir les porter. Ensuite, et c’est le plus important, il ne faut surtout pas que les humains se doutent de ce que nous sommes venus faire ici. S’ils venaient à l’apprendre, nous serions perdus ! Allez. » Et le second poulet, tirant un fil et une aiguille de sa ceinture, entreprit de recoudre le sac de graines, afin que les humains ne remarquent pas qu’on en avait prélevé une petite quantité. Lorsque que ce fut terminé, ils redescendirent en rappel le long des sacs, et se dirigèrent calmement vers la sortie. Ils s’apprêtaient à quitter le hangar, quand soudain, le deuxième poulet attrapa son compagnon par l’aile. « Attends, chuchota-t-il, j’ai oublié mon couteau ! - Malheureux, répondit le premier, si les humains le trouvent, ils se douteront de quelque chose ! Va tout de suite le chercher, je t’attends ici. » Et le second poulet, terrifié, se faufila dans le hangar, et entreprit d’escalader à nouveau le tas de sacs, au sommet duquel il trouva son couteau. Mais alors qu’il commençait à redescendre, un bruit retentit de l’autre côté du hangar. « A-hé-en-o-oi-hé-hé-ihi ! » « On-a-oi-in-i-ou-a-hè-a ? » Des humains ! Dans le hangar ! Le second poulet remonta discrètement jusqu’au sommet de la pile de sacs, et lança un coup d’œil le plus discrètement possible de l’autre côté. Il vit alors deux humains, deux mâles équipés de matraques et de lampes torches, sans doute entrés par une autre porte, s’avancer dans le hangar entre les rangées de sacs, en direction de la porte par laquelle les deux poulets étaient entrés… et où attendait le premier poulet, sans se douter de rien ! Le second poulet, du haut de la pile, paniqua. Il ne pouvait pas revenir en arrière pour prévenir son compagnon sans se faire remarquer des gardes, mais il ne pouvait pas non plus attendre sans rien faire que l’autre se fasse capturer. Ne trouvant pas de solution à ce dilemme, sentant l’angoisse le saisir à la gorge, il se mit à courir en rond sur le sac constituant le sommet de la pile. « Les humains vont nous attraper » pensait-il « Ils vont savoir que nous venons régulièrement ici ! Nous sommes perdus ! Et tout ça par ma faute ! ». Et comme il tournait de plus en vite, la pile de sacs commença à osciller dangereusement, à gauche, à droite, à gauche, à droite… Lorsque le second poulet se rendit compte de sa maladresse, il était trop tard : la pile s’écroula sur les deux humains, et une minute à peine plus tard, les deux poulets étaient capturés, enfermés à l’intérieur des sacs dont ils s’étaient servi pour voler les graines. « As-tu vu ces deux poulets, comme ils sont vifs et dodus ? demanda le premier gardien au second. - Excellent ! s’écria l’autre, nous devrions les piquer sur des broches, allumer un feu, et les faire rôtir ! - Je ne te parle pas de manger ! Arrête de penser avec ton ventre ! - Tu me parles de poulets dodus ! - Mais oui, est-ce que cela ne te semble pas étrange ? A ce qu’on dit, la plupart des poulets qui s’échappent meurent de faim parce qu’ils ne trouvent rien à manger dans les rues de la ville. Mais ces deux-là, on les trouve le ventre plein, au milieu de la nuit dans un hangar à graines, alors que les portes sont fermées à clé. - Et bien, ils sont entrés dans la journée. » Soudain, une ombre fila en sifflant entre les deux gardiens. « Tu as vu ça ? Qu’est-ce que c’était ? demanda le premier gardien. - Je ne vois que deux poulets qui ne demandent qu’à être rôtis, répondit l’autre. - Es-tu fou ? Nous ne pouvons pas les manger, ils sont des preuves que nous devons remettre à la police. » A nouveau, l’ombre siffla en filant derrière les piles de sacs de graines. L’un des deux poulets prisonniers poussa un cri, et lorsque les gardiens se retournèrent, ils virent les deux volatiles l’air étonné, assis sur les sacs déchirés à l’intérieur desquels ils étaient ligotés quelques instants plus tôt. « Que s’est-il passé ? demanda le premier gardien. Ils n’ont quand même pas pu se libérer tous seuls ! - Est-ce que tu crois que c’est… » Un rire terrible éclata alors dans les ténèbres du hangar. « C’est lui ! crièrent les gardiens. Le poulet masqué ! Fuyons ! - Pas si vite, gros lards, dit alors la voix. » L’ombre apparut à nouveau, bondissant prodigieusement dans les airs, passant à toute vitesse entre les jambes des gardiens, déroulant un filin sur lequel ils trébuchèrent inévitablement. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les gardiens étaient ligotés et bâillonnés au sol, incapables d’effectuer le moindre mouvement ou de produire le moindre son. « Et voila ! » dit avec fierté le poulet masqué, qui se tenait juste devant les deux humains prisonniers. Le second poulet s'apprêta à dire quelque chose, mais d'un geste discret de l'aile, le premier poulet, l'air sévère, le réduisit au silence. Le poulet masqué fit une large ouverture dans un sac de graines, prit une grande brassée de graines et les déposa devant les deux autres. « Mangeons, puisque nous sommes là ! » Les deux poulets se regardèrent, puis sans dire un mot, se mirent à grignoter quelques graines par ci par là d’un air peu convaincu, tandis que le poulet masqué en avalait de pleines bouchées. « Et bien, dit-il la bouche pleine, vous ne dites rien ? Est-ce qu'on vous a coupé la lan... » Personne n'aurait pu dire d'où vint l'attaque, pas même les deux autres poulets qui, de par leur statut d'appât, étaient complices. Quatre poulets surgirent de nulle part, encerclèrent le poulet masqué, et se jetèrent sur lui. Lorsqu'il jeta son grappin pour esquiver le piège, un cinquième poulet, suspendu à une poutre, coupa la corde, et le poulet masqué, rattrapé par l'inexorable loi de la pesanteur, fonça droit dans un sac où il fut brutalisé, ligoté, et enfin endormi de force. [c][lien=http://www2.lecahiernoir.net/users/1/gd_ljdp2_high.jpg][image]http://www2.lecahiernoir.net/users/1/gd_ljdp2_low.jpg[/image][/lien][/c] [c][g]« [i]On me nomme Coq-au-vin ![/i] » répondit le gros poulet.[/g][/c] « Ces démonstrations de force ne doivent pas continuer, elles mettent en danger toute la communauté des poulets libérés. » Le poulet masqué, tout juste sorti de son sac, mais les ailes et les pattes encore enchaînées, commençait à reprendre ses esprits. Il observa le décor autour de lui et en comprit rapidement qu’il se trouvait dans quelque égout profondément enfoui sous la ville. Plusieurs volatiles se tenaient autour de lui, l’air mauvais, certains étaient même armés. En face de lui, un poulet imposant, au plumage noir, et vêtu d’un bandeau qui cachait son œil droit, le regardait d’un air sévère. C’est lui qui venait de parler. « Où suis-je ? demanda le poulet masqué, en secouant la tête, l’air perdu. Et qui êtes-vous ? - On me nomme Coq-au-vin répondit le gros poulet, et tu es ici dans les quartiers généraux du front po-poulet-re ! - Le front po-poulet-re ! répéta le poulet masqué. Alors il existe vraiment ! Une société secrète de poulets libérés oeuvrant dans les égouts pour la liberté des poulets ! - Pas du tout, répondit Coq-au-vin, ne mêle pas tes idéaux aux nôtres. Nous ne sommes qu’une bande de poulets échappés ou libérés par hasard, qui tentent de survivre aux humains en volant de la nourriture. Si les humains trouvent l’un d’entre nous, ils le tueront. S’ils découvrent notre QG, ils le brûleront et nous tueront tous. Nous n’avons que faire de la liberté des autres, c’est déjà assez difficile de conserver la nôtre. - Quel dommage ! Je vois ici pas moins d’une cinquantaine de poulets, c’est presque une armée ! Ne comprenez-vous pas ? Avec un peu d’entraînement et d’organisation, nous pourrions… - C’est toi qui ne comprends pas, poulet masqué, dit sévèrement Coq-au-vin. Nous t’avons fait venir ici pour te demander de mettre fin à tes actions contre les hommes. A chacun de tes coups d’éclat, tu attises la haine des humains et tu nous mets un peu plus en danger. Chaque poulet que tu libères vient finir au fond de ces égouts, grossissant nos rangs et aggravant notre famine. - Mais je… - Silence ! Voyons plutôt le visage de celui qui prétend lutter pour la liberté des poulets en se cachant derrière un masque. Coq-au-vin s’approcha alors, et d’un geste brusque de l’aile, arracha l’anneau de chaussette qui servait de masque au poulet. Une rumeur parcourut la foule, et quelqu’un poussa un petit cri. Cherchant à savoir d’où venait le cri qui lui semblait familier, le poulet chercha des yeux autour de lui, et vit dans la foule, juste derrière Coq-au-vin, Poulette qui le dévisageait de ses grands yeux. Poulette ! Elle portait toujours son ravissant foulard rouge autour du coup et semblait plus belle encore – si c’est possible – qu’au jour de leur première rencontre. Cette vision lui redonna du courage. « Vous vous trompez mes frères ! Les humains ne sont pas nos ennemis, il suffit de les comprendre, et de nous faire comprendre d’eux ! S’ils nous traitent ainsi, c’est qu’ils nous considèrent comme des êtres inférieurs, et s’ils nous considèrent ainsi, c’est qu’ils n’ont jamais eu l’occasion de nous connaître mieux ! Croyez-moi, j’ai lu leurs livres, j’ai lu Marx, et j’ai lu Proudhon, je sais de quoi je parle ! Je sais qu’un jour, si nous luttons, viendra le jour des poulets, et que ce jour… » Une rumeur confuse monta de l’assemblée des poulets. Certains semblaient d’accord avec ce qu’ils venaient d’entendre, d’autres au contraire étaient horrifiés par ces paroles – certains même crachaient par terre de dégoût – mais c’était importance : ce qui comptait, c’est que tous l’écoutaient, que tous étaient pendus à ses lèvres, et qu’ils réfléchiraient à ce qu’il venait de dire. Il se sentit si grisé par ce nouveau sentiment qu’il en oublia de finir sa phrase. « Allons, poulet masqué, coupa Coq-au-vin, nous ne sommes pas là pour écouter ces idioties. Je vais te proposer un marché. Soit tu acceptes de cesser tes actions insolentes, d’être un poulet comme les autres, et nous te rendons la liberté… - Jamais ! hurla le poulet. - Soit tu persistes dans ton entêtement et nous t’enfermons dans un cachot au plus profond des égouts jusqu’à la fin de tes jours. - Plutôt mourir tout de suite ! cria-t-il à nouveau. - Ne décide pas encore, je vais te laisser toute la nuit dans un cachot pour réfléchir. Demain matin, lorsque le jour se lèvera, je te ferai chercher, et tu nous présenteras ta décision. Emmenez-le ! » Le cachot était – comme tous les cachots – petit, humide, froid, et sale et n’avait pour seule ouverture une petite fenêtre trop petite pour qu’un poulet puisse s’y faufiler, mais assez grande tout de même pour laisser entrer la lumière de la lune, conduite jusqu’au plus profond des égouts par un astucieux jeu de miroirs. Aussi, le poulet, qui avait l’habitude de vivre la nuit et de dormir le jour, n’eut aucun mal à rester éveillé. Mais au lieu de réfléchir au dilemme que lui avait posé Coq-au-vin, il tenta de trouver un moyen de s’échapper du cachot, et un autre de convaincre les poulets du front po-poulet-re de se joindre à sa cause. Lorsque les étoiles commencèrent à s’éclipser en prévision de l’arrivée du soleil, le poulet n’avait encore trouvé de réponse à aucune de ces questions. Aussi, il décida que lorsqu’un gardien se présenterait, il se jetterait sur lui, l’assommerait et prendrait la fuite. Une fois libre, il aurait alors tout le temps de préparer son discours à l’attention des poulets du front. Et si jamais sa tentative de fuite échouait, il pourrait toujours tenter de convaincre Coq-au-vin lorsqu’il se trouverait face à lui. Alors qu’il arrivait au bout de sa pensée, il entendit qu’on descendait le petit escalier qui menait à son cachot. Déjà ? pensa-t-il. Le soleil n’était pas encore levé pourtant. Qu’à cela ne tienne, il se sentait tout à fait prêt. « Vous êtes en avance, geôlier, dit-il, mais je suis prêt ! - Chut, répondit le geôlier. » Celui-ci s’approcha de la porte, y inséra les clés et la déverrouilla. Alors que le poulet s’apprêtait à lui sauter dessus, il s’avança dans la lumière, découvrant son visage, et le foulard rouge qui entourait son cou. « Poulette ! s’exclama le poulet. Mais qu’est-ce que… » Poulette lui fit signe de se taire puis, d’un geste de l’aile, de la suivre. Elle le guida à travers les égouts, qu’ils traversèrent le plus discrètement possible, alors que la plupart des poulets dormaient encore. Une fois seulement, ils furent presque repérés par une sentinelle, mais le poulet eut un bon réflexe et tira Poulette en arrière, derrière un conduit d’eau sale. Enfin, ils parvinrent à une bouche d’égout qu’ils soulevèrent, et se trouvèrent à l’air libre. « Je ne sais pas comment te remercier, dit le poulet. - J’avais une dette envers toi, répondit Poulette. - Comme je suis heureux de t’avoir retrouvée ! Voila plus de six mois que je te cherche ! Maintenant, nous allons pouvoir… » Poulette recula, et secoua la tête. « Non, dit-elle en regardant ses pattes. Coq-au-vin et moi… - Je vois, répondit le poulet. N’en dis pas plus. Comment t’es-tu retrouvée ici ? - L’autre nuit, après que tu te sois enfui, j’ai erré dans les rues de la ville pour essayer de te retrouver, en vain. Finalement, je me suis endormie près d’une bouche d’égout, et les éclaireurs du front po-poulet-re m’ont trouvée là. J’aurais voulu… » Un rayon de soleil interrompit leur conversation. « Oh, le soleil se lève ! dit Poulette. Il faut que j’y aille ! - Où vas-tu ? s’étonna le poulet. La bouche d’égout est ici ! - Je ne retourne pas au QG, je n’y vis que la nuit. Le jour, je vais en ville, chez ma maîtresse. - Cette affreuse humaine que j’ai vu l’autre jour ? Mais pourquoi ? - Non, répondit Poulette en riant, ce n’était pas ma maîtresse, juste une femme qui s’occupait des poulets dans la maison où je vis. Ma maîtresse est une charmante petite fille qui se nomme Mélodie et qui est musicienne. Elle vit avec sa mère qui est sourde et muette, alors je suis la seule qui puisse écouter sa musique. Je dois y aller. - Je comprends, dit le poulet. Quand nous reverrons-nous ? - Il vaut mieux que l’on ne se revoie jamais. A cause de Coq-au-vin, il est capable de tout… Adieu, poulet ! » Poulette passa délicatement le bout de son aile sur les plumes de la nuque du poulet, ce qui, pour les poulets, équivalait à un tendre baiser – les poulets auraient en effet été bien embêtés s’ils avaient essayé de donner un baiser à la manière des humains, avec leur bec – puis elle s’éloigna et disparut dans la douce lumière du matin. Les jours suivants furent terribles pour le poulet. Il voulut retourner à sa cachette, dans le système d’aération de la grande bibliothèque des humains, mais le conduit qui lui servait de chambre avait été coulé dans du béton. Il passa donc ses jours et ses nuits à errer sans but dans les rues de la ville, poursuivi à la fois par les humains qui voulaient le manger et par ses frères poulets qui voulaient l’enfermer, volant de temps en temps quelques graines dans les entrepôts, dormant peu, réveillé par le moindre bruit. Sans son masque et son équipement, il n’était plus le poulet masqué, et s’il n’était plus le poulet masqué, il n’était plus rien. Il se laissa donc aller au désespoir, et certains disent même qu’il sombra dans l’alcool – mais tout le monde sait que certains disent parfois n’importe quoi. Quoiqu’il en soit, un matin, alors qu’il cherchait un endroit pour dormir, le poulet aperçut un humain occupé à coller des affiches. Par expérience, il savait que les affiches n’avaient rien de bon pour les poulets, aussi s’approcha-t-il pour l’examiner de plus près. Malgré sa connaissance de la langue des humains, il eut quelques difficultés à la déchiffrer - car elle était écrit dans un dialecte particulier que les humains nommaient « langue de bois » - aussi ne comprit-il pas immédiatement qu’il s’agissait d’une invitation aux citoyens de la ville à aller massacrer les poulets libres dont on avait découvert l’emplacement du QG secret. Malheureusement, lorsque le poulet arriva enfin, essoufflé, à la bouche d’égout qui marquait l’entrée du QG, il vit qu’une épaisse fumée noire s’en échappait, et quelques plumes de poulets éparpillées. Il plongea dans le gouffre ardent, et assista au spectacle le plus terrible de son existence. Partout, des poulets blessés, agonisants, ou pour la plupart, morts, gisaient entre les flammes. Plaquant son aile sur son bec pour ne pas respirer trop de fumée, le poulet s’enfonça de plus en plus profondément, jusqu’à la salle où il avait été conduit lorsqu’il avait été capturé. Il chercha désespérément Poulette, mais ne la vit nulle part. Finalement, il trouva le foulard rouge jeté dans la boue, et non loin de là, Coq-au-vin, posé sur le flanc, respirant difficilement. « Où est-elle ? » demanda le poulet. Mais au lieu de lui répondre, Coq-au-vin lui lança un regard qu'aucun poulet n’avait jamais lancé jusqu’à ce jour, et qui fit chaud au cœur du poulet. Puis il fouilla un sac posé à côté de lui, et en tira un petit anneau de tissu noir percé de deux trous que le poulet reconnut tout de suite, et le lui tendit. Enfin, Coq-au-vin ferma les yeux. Le poulet enfila immédiatement son masque et, au milieu des braises, se dressa solennellement. « Le poulet masqué est de retour ! » [d][g]Illustrations par [lien=http://www.gcoulours.com/]Guilhem[/lien][/g][/d]