Derrières quelques cabines de bain, rescapées d’un autre âge, les « mobs » parfument à l’huile d’échappement ce fond de plage et pétaradent à qui mieux mieux. Des habitués en voitures les accompagnent en direction du parking à dériveurs à l’autre bout. Il est prudent de ne pas marcher pieds nus sur les capsules de sodas ou les éclats de bouteilles cassées. Chez Fifine, les murs en bois de la guinguette vibrent à la cadence du rock and roll. Pour faire régner la loi et l’ordre, une équipe spécialisée de CRSS remplace les Hospitaliers Sauveteurs Bretons qui prêtent leur QG. Leurs habits de HSB les rendent sympathiques et leurs interventions sont innombrables. Ils manquent un peu de technicité marine et la consignes que nous nous passons c’est de ne surtout pas faire appel à eux. Il vaut mieux compter sur notre propre organisation de surveillance et de sécurité. Combien de dériveurs sont revenus sans nez suite à un remorquage un peu vigoureux. Nos HSB ont un matériel d’enfer. Quand ils sautent dans leur zodiac, en combinaison néoprène, moteur rugissant, le touriste reconnaissant se sent protégé. Les bouteilles de plongées dernier cri rassurent. Ils iront profond pour sauver les gens. Certains dimanches les poissons ont moins de chance quand ils tombent par hasard sur une pointe de flèche égarée en ces fonds. Les HSB ne sont pas là pour sauver les poissons. Tout comme eux l’école de voile participe à la « sécu ». A ce titre il est admis d’avoir accès à un contingent de carburant détaxé. La deux chevaux grise du moniteur accompagne la méhari kaki chargée jusqu’à la capote de nourrices, jerrycans et récipients ad hoc. Une fois par semaine, le monde maritime professionnel s’approvisionne, qui en gasoil, qui en essence. Les pêcheurs viennent par la mer jusqu’à la pompe gardée sur le port par un douanier en tenue. Il est toléré que l’on viennent en voiture lorsqu’il s’agit de réservoirs amovibles. Il n’est pas facile de faire la différence entre amovible et ambulant. Je ne jurerais pas que le réservoir de certaine voiture n’ait été confondu. Le nouveau garde maritime, sermonné par les douanes, fait passer le message ; dorénavant il ne sera plus distribué de carburant par voie terrestre. D’autre part, en aucun cas, le carburant détaxé peut être débarqué. La tuile ! Où stoker les cents litres hebdomadaires par moteur. L’école de voile va tricher un peu. Les militaires sont plus dociles et plus obéissants. Ce matin, il fait un temps superbe. Pas un poil de vent ; la mer d’huile réverbère le soleil qui chauffe dur la surface de cette eau luisante et brillante. Pleine mer à onze heures, l’idéal pour un pique-nique dans les îles. Les HSB ont été dotés, pour la saison, d’une vedette d’intervention rapide qui reste au mouillage devant la plage, assez loin pour n’échouer qu’à mi-marée. Six mètres cinquante, bien défendue sur l’avant, coque bleue et superstructures orange, elle se voit de loin. Tout le monde connaît l’Arcoa qu’on appelle par son petit nom de série. Il est presque midi la dernière caravelle d’école a saisi son mouillage quand il se produit un grand « floufff » !!! A cinquante mètres deux HSB éjectés par l’explosion barbotent relativement indemnes pendant qu’une boule de feu jaillit de l’Arcoa. Quel brasier ! Toute l’essence, entreposée selon le règlement douanier, part en fumée en même temps que son contenant dont il ne reste pas un bordé*. Nos malheureux sauveteurs l’ont échappé belle lorsqu’ils ont tourné la clé fatale du démarrage. Comme l’issue n’est pas dramatique, l’humour teinté de rivalité reprend ses droits et il se murmure dans les équipages, qu’au moins, les sauveteurs ont prouvé qu’ils savaient nager un peu, … jusqu’à la plage ! * planches qui constituent la coque. es qui constituent la coque.