[b][i] Il y a des jours comme ça où l’on a envie de rester au lit. Malheureusement pour moi ce matin, même si j’avais envie d’écouter mon fort intérieur, je me retrouvais confronté à un dilemme de taille : soit je reste au lit et je me fais virer dans quelques jours pour manquement à sa profession. Ce qui aura eu comme conséquence la perte d’un contrat qui était d’une importance cruciale pour la boîte, et, financièrement parlant, pour moi aussi. Oui, mais vais-je y aller avec la gueule de bois d’un cocu. Il fallait que ça arrive ça aussi. Je suis resté bouche bée en rentrant chez moi hier soir. L’odeur qui m’était venu au nez, m’avait soulevé le cœur et je mis très peu de temps à comprendre ce qu’il se passait. Je sentis comme un coup de poignard me transpercer la poitrine, allant arracher les ventricules de ce cœur qui semblait s’être arrêté. Lorsque j’ai vu cet inconnu dans les bras de ma femme, j’ai revu passer dans ma tête tout ces moments que j’ai pu partager avec elle depuis que j’ai croisé son chemin. Ils sont restés immobiles, leurs bouches ouvertes. Je ne leur ai pas laissé le temps de sortir une seule excuse. J’ai récupéré ma veste et ai pris l'Audi TT que je lui avais offerte pour notre anniversaire de mariage. Direction Hôtel le Murat. Je me suis dit, autant se noyé dans la luxure pour oublier l’amour. Mais j’ai découvert qu’on n’oublie pas, même bourré jusqu’à l’os. Et encore, je l’étais plus que ça ! J’en étais au point d’appeler le type dans l’ascenseur chéri en rentrant de la tournée des bars avec David mon meilleur ami. Il paraît que je lui ai demandé de me faire une gâterie, ce qui m’a valu mon ecchymose de ce matin. Donc, prenant en compte ces critères, j’ai opté pour la deuxième option, en me disant qu’une foi le contrat signé, je serai riche, et je pourrai me trouver une autre femme. Après tout, si vous étiez à ma place, vous en auriez fait autant non ? Oui, je sais ça dépend. J’étais très amoureux, mais je ne veux pas souffrir et sombrer dans les abysses de la dépression pour elle. Je n’ai pas envie de chercher à savoir pourquoi elle m’a fait ça. Vous auriez sûrement pris en compte d’autre critère tel que : est-ce que la richesse à son importante face à un amour brisé ? Après mûre réflexion, je pense qu’elle peut aider à acheter un balai pour enlever ces brisures qui, si elles stagnent ici trop longtemps, risquent de se planter dans mon esprit par surprise comme un oursin se plante dans notre pied. Avec la même intensité, et la même douleur. Je décidais donc d’aller de l’avant, et de ne pas déserter à mes responsabilités. Après tout, j’avais trimé pour avoir ce poste. Pour avoir ces biens immobiliers. Pour avoir ces magnifiques voitures, ces cuisines complètes et modernes, ces costards … Cependant en me regardant dans le miroir de cette salle de bain tout en marbre, j’entrevis au fond de mes yeux l’image d’un bébé mal talqué, en manque d’amour, contemplant ainsi l’œuvre d’une vie inachevée sinon par la recherche du luxe. Cherchant surtout à briller comme une étoile. En réalité je ne brille pas plus qu’une déjection canine tellement visqueuse que son maitre ne s’était pas risqué de la ramasser. Après m’être envoyé plusieurs cafés, Je m’armai de mon courage, et m’habillai de mes plus belles parures pour me faire plus beau et plus clinquant que ces bijoux de rappeurs que l’on voit luire dans les clips vidéo. Et, vêtu de mon costume trois pièces, j’allais prendre d’assaut le dernier étage de l’immeuble de ma boite pour accomplir ce que personne n’avait encore accompli dans le monde des affaires. Ce fameux contrat qui allait me donner une place au soleil pour l’éternité. Enfin arrivé, j’étais un peu sur le qui vive. Je sors de ma voiture, et, à peine à destination, j’entends un gros coup de klaxon provoquant des cris et pas mal d’agitation derrière moi. Je me retourne et contemple avec effroi ce qui était en train d’arriver. J’étais nez à nez avec un semi remorque qui a perdu le contrôle de son véhicule en évitant un chat noir. J’étais maudit. Il fonçait droit sur mon Audi TT l’affreux. A ce moment là, j’étais sûr de deux choses : De un, mon assureur est en vacance et je vais devoir attendre son retour pour lui expliquer ce qu’il s’est passé. Et de deux, cette confrontation allait laisser des traces que même mon teinturier ne pourrait faire disparaître. A vrai dire, tout s’est passé en un lapse de temps si court que je n’ai même pas pu dire gloubiboulga. Le noir apparu. Pas un noir ébène, mais un noir comme l’ombre d’une nuit sans étoile. J’avais l’impression de flotter. Dépassant mon corps et défiant les lois de la physique. Il y avait encore pas mal de choses qui se passaient autour de moi. D’après ce que j’entendais, ma femme était là. Je ne la voyais pas, mais je sentais sa présence. J’aurai voulu lui dire combien je l’aime, mais je ne pouvais pas bouger. J’aurai aimé lui faire comprendre que toute ma vie, je l’ai passé à vouloir son bonheur, en voulant lui apporter ce qu’elle avait envie d’avoir. En la traitant comme une princesse. Je n’avais plus conscience, ni du temps, ni de mon corps. Ça a duré un certain temps, mais elle, elle était toujours là. Ça a continué jusqu’à ce que je sois trop fatigué. Je me mis à lutter voulant encore sentir sa présence, mais c’était plus fort que moi. Je me sentais happé et m’endormis. Je sentis que c’était la fin. Il y avait un son, long et aigu. Et des sanglots lourds se faisaient entendre. J’étais endormi, mais je les entendais encore. Je compris soudain, en sentant cette énorme sensation de liberté que j’étais mort. Mort, mais libre. Je parle ici de ces libertés de l’être qui nous coupent de nos soucis les plus lourds. Il n’y avait plus que moi, et le tout. Ok. Mais, puisque j’ai disparu, je suis où exactement ?[/i][/b]ment ?[/i][/b]