[d][i]Sur le thème "La ville".[/i][/d] Mon Vitis est le dernier bastion de l'empire Quoï. Nos forces ont déjà investi toutes les grandes villes de la planète. Bientôt, nous passerons à la phase finale du siège de la ville, nos soldats forceront les défenses extérieures, se déverseront dans les rues comme de l'eau s'échappant d'une digue rompue, impitoyable, inexorable. Puis suivront les blindés, pour forcer les barricades, et investir les points stratégiques. Alors, la victoire sera assurée. Cela ne sera pas long. Mon Vitis tombera avant le coucher du soleil. Moi, je serai loin des combats de rue, mais ma présence sera indispensable. Je suis stratège militaire, le cerveau, dont les milliers de doigts, d'yeux, et de bouches sont autant de soldats, de tanks, d'avions sur le champ de bataille. Le joueur qui déplace les pions sur l'échiquier. L'enfant qui fait avancer ses soldats de plombs. Je ne sais pas vraiment comment je suis arrivé là. A l'université de Renaj, je suivais des études d'architecture et de sociologie, pour devenir urbaniste. Je voulais construire des villes, partir avec un vaisseau-colonie et urbaniser les champs d’astéroïdes. J'avais lu Francis Bacon, Thomas More, j'avais la tête pleine de cités utopiques qui ne demandaient qu'à être érigées. Mais dans notre monde, on n’échappe pas à la guerre, sauf si l'on est enfant, ou vieillard. Ou stratège. Moi, j'ai réalisé que je n'étais plus un enfant, et encore loin d'être un vieillard lorsque j'ai reçu mes papiers militaires, pour partir à la guerre. Dans l'un des formulaires, on me demandait quelles étaient, parmi mes compétences, celles que je pouvais mettre au service de l'armée. Je savais que si l’on ne me trouvait pas de qualité appréciable, je serais muté au rang peu honorable de chair à canon. Mais j'étais jeune, insouciant, idéaliste, amoureux, je pensais comme tout le monde que la guerre ne durerait qu'un an ; j'écrivis : "Urbaniste, peut reconstruire des villes rasées par la guerre." A mon grand étonnement, je fus pris très au sérieux, mais malheureusement pas dans le sens où je l'entendais : je fus nommé stratège militaire, spécialisé dans la prise des villes. Chargé de les détruire. La guerre dura six ans. Ou en tout cas, cela fait six ans qu'elle dure, et nous en voyons enfin le bout. Mon Kalas, la capitale impériale, est tombée il y a huit jours, après deux semaines de bombardements intensifs. A chaque fois qu’une ville tombait, les Quoïtes fuyaient en abandonnant leurs habitations, vers un point qui nous était inconnu. Et pour cause, Mon Vitis n'est sur aucune carte, c'est une ville artificielle, créé il y a quelques années, au début de la guerre, pour la guerre, par la guerre. Mon Vitis... "Le Ciel", dans l'ancienne langue des sages Quoïtes, contre Mon Kalas, "La Terre", abandonnée, dévastée par notre armée. Mon Vitis est une forteresse gigantesque capable d'accueillir une grande partie de la population quoïte. Elle n'a rien à voir avec les autres villes de la planète. La capitale était basse, lourde, composée de gros immeubles massifs et ronds, translucides, les classiques de l'architecture quoïte. A l'inverse, les immeubles de Mon Vitis sont rouge sombre, élancés, pointés vers le ciel, comme les arbres d'une immense forêt brillante de métal. L'immeuble le plus bas mesure un peu moins de cinq cent mètres, le plus haut dépasse le kilomètre. Il y a peu de fenêtres, très espacées, petites et rondes, blindées. Ces immeubles sont sûrement conçus pour être indestructibles, impénétrables, comme des bunkers, peut-être s'enfoncent-ils encore dans le sol. - Allons nous envoyer une vague de bombardiers ? demanda Erik. Erik est une sorte d'apprenti, qui rêve d'occuper ma place, qui pense que je suis un grand tacticien. Je ne lui ai jamais dit que je n'étais qu'un urbaniste engagé sur le tas, pour ne pas briser ses illusions. Il me suit partout, prend des notes, apprend, puis se met à ma place, parle comme s'il était dans ma tête, décide des actions à faire comme s'il était stratège. Et comme souvent, il se trompe. - Non, Erik. Mettez-vous dans la tête que cette ville a été construite dans le seul but de résister à une attaque le plus longtemps possible. Une ville comme Mon Kalas, avec ses bâtiments larges et massifs était extrêmement vulnérable aux bombardements, mais les habitants de Mon Vitis ont judicieusement construits des immeubles longs et fins. Regardez la ville du dessus : il est facile de rater et d'envoyer une charge entre deux immeubles, et même si nous touchons en touchons un, nous ne détruirons que le sommet. Il faudrait des semaines et des semaines pour arriver à quelque chose. Non, Erik, ici, les bombardements sont inutiles. Ce n'est pas entièrement vrai. Je ne suis pas un militaire, je suis un urbaniste, un architecte, un humaniste. Et ils veulent que je détruise des villes ? Non, ils veulent que je prenne des villes, que je les capture, que je les bâillonne et que je la leur livre inoffensive. A moi de voir si cela nécessite de les raser, de les transformer en cendres. J'ai le droit. Et la plupart des stratèges agissent ainsi, c'est rapide et efficace. Mais j'aime trop les villes pour leur faire du mal. Je suis devenu expert dans l'art de prendre les villes sans les blesser. Comme un cheval craintif que l'on rassure en s'approchant doucement, sans geste brusque, avec une voix calme, en le regardant dans les yeux, en lui caressant l'encolure, en posant sa tête sur son épaule. Mon Kalas était une exception. Paroxysme de l'architecture Quoï, elle était la cible idéale pour un bombardement, avec ses bâtiments larges et écrasés. Quand les images des vaisseaux sondes nous sont parvenus pour la première fois, j'ai vu les yeux d'Erik s'ouvrir et devenir ronds de plaisir anticipé. Lui, il est du genre bombardement. Il prend un plaisir enfantin à voir les bombardiers furtifs glisser entre les tirs des tourelles sol-air, passer au-dessus des immeubles en sifflant, larguer leur cargaison mortelle, et disparaître en ne laissant derrière eux que des champignons de fumée qui s'élèvent dans le ciel. La capitale quoïte est tombée rapidement, en quelques jours. Quand la fumée a disparu, il ne restait que des cendres de Mon Kalas, et nous avons compris la supercherie. Mais Mon Vitis... même au service de la guerre, l'architecture quoïte reste un art somptueux et raffiné. Les immeubles semblent s'élancer vers le ciel, comme un bras tendu qui tente d'attraper les nuages. Le bas est plus large, comme le pied d'un arbre, enraciné dans le sol tandis que le sommet est courbé, comme une main fermée, les doigts repliés. Entre les deux, c'est une cascade impressionnante de reliefs, de dessins finement sculptés, de symboles étranges, de caractères dansants de l'ancienne langue quoïte. C'est une oeuvre d'art, tout simplement. [c][lien=http://www2.lecahiernoir.net/users/1/gd_ldc_high.jpg][image]http://www2.lecahiernoir.net/users/1/gd_ldc_low.jpg[/image][/lien][/c] La ville est immense. Une spirale de plusieurs dizaines de kilomètres de diamètre, hérissée de tiges gigantesques. Au centre, une tour domine toutes les autres, qui semblent la contempler avec respect. Puis, plus on s'éloigne du centre, en suivant le dessin de la spirale, plus les tours sont petites, le tout formant une arabesque délicieuse pour les yeux. Une multitude de tubes transparents relie chaque tour à celles qui lui sont adjacentes, comme autant de ponts de cristal tendus au-dessus du vide. Le tout forme un escalier pour géants digne d'un dessin d'Escher, le fantasme secret de tout urbaniste. Mon Vitis respecte non seulement toutes les règles de la cité parfaite, mais semble aussi obéir à des lois inconnues, dépassant l'entendement, et pourtant si profondément ancrées dans notre inconscient qu'elles arrivent à tirer des larmes à certains d'entre nous. - Alors, qu'est-ce que ce sera pour cette fois ? Un mini trou noir ? Un bouclier blanc ? Quelque chose de pire encore ? Qu'est-ce que vous pensez ? - Je ne sais pas. Erik fait évidemment référence avec aussi peu de délicatesse à La Guerre, la pire de toute, celle qui opposa les forces de la Fédération aux guerriers de Suoni, la petite planète rouge qui se trouve tout près du Centre. Les guerres entre planètes se déroulaient toujours suivant le même scénario, celui de la dernière cité, la capitale, la ville la plus protégée où l'on venait se réfugier. Lorsque que pendant la guerre contre Suoni, on était arrivé à la dernière bataille, les Suonites voyant la victoire approcher, avait préféré, plutôt que de supporter le déshonneur de vivre sous le joug de la fédération, disparaître en emportant avec eux l'armée qui les avait vaincus. En activant une charge W-Hole volée aux Seldaniens, ils avaient créé un trou noir miniature qui, comme ils l'avaient prévu, avait provoqué la fission de la croûte terrestre de Suoni et entraîné l'implosion de leur planète. A la place de l'ancienne planète, tout près du Centre, il ne reste qu'une énorme masse de roche fendue, autour de laquelle gravite un magma de débris en tout genre. Lors de la guerre contre Seldan, la parade avait été beaucoup plus subtile. Les Seldaniens étaient un peuple de scientifiques, peu entraînés aux combats ou à la gestion de grands champs de bataille, mais qui avait mis au point toutes sortes d'armes technologiques, très sophistiquées, qui leur permirent de nous résister longuement. Lors de la bataille de la dernière cité, alors que l'armée de la Fédération approchait, les Seldaniens avait tout simplement fait sauter leur ville, mais sans entraîner leurs ennemis avec eux. Les peuples de la Fédération furent très émus par ce geste. Mais la supercherie ne dura pas longtemps. Au bout de quelques jours, on découvrit que la capitale existait toujours, mais qu'elle était protégée par un bouclier blanc : un champ électromagnétique sur lequel était projetée une image artificielle de la ville dévastée. Cela ne permit pas au Seldaniens d'échapper à la Fédération, mais cela leur permit au moins de nous ridiculiser, et de conserver leur honneur. C'était il y a cinquante ans, je n'étais pas né, et aujourd'hui les Seldaniens sont parfaitement intégrés à la fédération ; l'un de mes meilleurs amis a fait des études scientifiques très poussées sur Seldan. Ainsi, chaque dernière cité nous réservait sa surprise, ultime reflet de sa civilisation, de la barbarie du trou noir suonite à l'ingéniosité du bouclier blanc seldanien. Qu'est-ce que ce sera cette fois ? Impossible de le deviner. Bien sûr, toutes les dispositions ont été prises pour contenir un trou noir ou pour percer un bouclier blanc, mais il serait idiot de réutiliser une ruse usagée. Quel genre de surprise à leur image les quoïte pourraient-ils nous laisser ? Ils ont déjà réussi à nous surprendre en évacuant la capitale en un temps record, et en construisant Mon Vitis en moins de six ans. Et si leur surprise d'adieu, c'était précisément la forteresse ? S'ils avaient pensé nous arrêter, non pas en nous détruisant comme l'avaient fait les suonites, ni en se cachant comme les seldaniens, mais au contraire en tentant de nous éblouir par la beauté de leur art poussé à son paroxysme ? L'attaque va bientôt commencer. L'armée Fédératrice termine de se mettre en place. Les Quoïtes n'ont pas ouvert le feu, ce qui est une bonne chose. Mon doigt caresse l'interface de commande de la bombe à neutrons : LA solution. Elle est suffisamment puissante pour raser à elle seule et en une minute toute la surface de Mon Vitis. Mais le souffle de l'explosion ne détruirait pas les bâtiments. Elle les traversera délicatement, comme un doux souffle printanier, puis traversera ceux qui sont à l'intérieur des bâtiments, et c'est là qu'elle fera son véritable effet, en désassemblant les neutrons et les protons des atomes de carbone, en désintégrant tout ce qui est vivant, et uniquement ce qui est vivant. Mon Vitis tomberait ainsi sans résistance, sans la moindre égratignure. Mais les Lois, qui se préoccupent plus de la survie des civils que de la beauté des cités, interdisent l'usage des bombes à neutrons. La guerre est si régulée qu'elle ressemble à un vaste jeu d'échec, avec des règles complexes dont on ne comprend pas toujours la raison, mais que l'on doit toujours respecter. Comme les pièces du jeu d'échec, chaque arme a ses restrictions, les usages qu'on peut en faire et les mouvements interdits. Cela a contribué à gommer l'horreur de la guerre, et à la faire passer pour une vaste distraction diplomatique. On ne dira plus qu’untel a utilisé des armes à rayonnement sur une petite ville de 5000 habitants, leur procurant une mort douloureuse, lente, et des retombées radioactives, mais qu’untel a brisé la Loi 986-B3 (celle qui interdit l'usage des armes à rayonnement) au troisième degré (sur plus de 1000 individus) sur une population de catégorie II (des civils). Alors, le commandant Untel sera considéré comme un tricheur et perdra des points dans les sondages. Mais ces lois existent surtout pour prévenir d’éventuels dérapages qui mettraient fin à la guerre avant même qu'elle n’ait commencé, annihilant du même coup tous les habitants du système - par une utilisation abusive de la bombe à neutrons par exemple. Quant aux raisons de la guerre, personne ne sait vraiment. Bien sûr, il y a les raisons officielles, l'intégration de la planète Quoï à la Fédération, la justice, la démocratie, la liberté, ce genre de choses. Mais il est certain que si on leur avait demandé leur avis, les quoïtes auraient préféré éviter la guerre. Pourtant il y a toujours également une raison plus obscure, plus officieuse, mais généralement admise. Sur Suoni, la Fédération s'intéressait aux forces guerrières de la planète, sur Seldan, c'était la technologie qui les attirait. Mais sur Quoï ? Un virulent débat agite les intellectuels des planètes de la Fédération. Tous s'accordent plus ou moins sur l'idée que les qualités artistiques des Quoïtes intéressent peu les Fédérateurs. Certains prétendent que le sol de la planète regorge de ressources et de richesses inconnues, qu’on n’a encore jamais pensé à extraire. D'autres, et je suis d'accord avec eux, pense que la Fédération a simplement besoin, de temps en temps, d'user les armes qu'elle produit en permanence et d'épuiser les soldats qu'elle entraîne sans trêve, et qu'elle vise, à terme, le contrôle de tout le système, sans exception. - Mon commandant, nos forces sont en position, et attendent vos ordres. Le commandant, c'est moi. Le grand type qui me fait face est celui qui fait la transition entre moi et les différentes têtes de l'armée, celui qui concrétise mes ordres. Il a un titre, mais je ne m'en souviens plus. Il est nerveux et fait des grimaces, sûrement un descendant des suonites. Peu importe. Ma stratégie est prête, et c'est tout ce qui compte. Mon Vitis n'est pas une ville comme les autres, avec des rues, des places, des avenues, de grands espaces. Il n'y a pas d'immeubles, il y a ces tours gigantesques, il n'y a pas de rues, il y a ces ponts de verre entre les tours. Quel que soit l'endroit où je placerais les troupes, ils auront du mal à tirer, et seront des cibles parfaites pour l'ennemi. Mon Vitis est une cité totalement intériorisée, il faut l'attaquer de l'intérieur. Devant moi, un plan holographique de la ville tourne au-dessus d'une table, me permettant de suivre la progression de mon armée. J'ai fait placer des caméras visant ce qui me semble être les points importants de la ville. Les ponts de verre, où l'on voyait encore quelques silhouettes s'agiter il y a quelques temps, sont maintenant vides. Les quoïtes savent que l'attaque est imminente. La cible est bien entendu la tour centrale. Lorsque nous la contrôlerons, la ville sera à nous. Les éclaireurs n'ont vu aucune entrée, ni au pied de la tour, ni au sommet. Pour y parvenir, il faudra donc passer par une tour plus modeste, et rejoindre la tour centrale grâce au réseau de verre. - Mon commandant, nous recevons un premier rapport des éclaireurs de l'unité E12. - Faites-le passer en prioritaire. Il s'agit du commando que j'ai envoyé dans un des immeubles extérieurs, pour tester la résistance Quoïte. Le grand type donne quelques ordres et la voix de mon éclaireur s'échappe des haut-parleurs de la salle de commandement. - C'est incroyable ! Nous sommes dans une salle immense, on n’en voit pas le plafond, elle monte peut-être jusqu'au sommet de la tour. Nous n'avons subi aucune attaque pour le moment. Il y a plusieurs centaines d'étages, contre les parois, avec un vide au centre, où nous sommes. Nous approchons des parois, il y a des rangées de boites avec des vitres, et... Oh, par le Centre ! - Que se passe-t-il, Eclaireur ? demande mon grand nerveux. - Les quoïtes, ils sont tous là ! - Comment ? Ils vous attaquent ? - Non, ils sont... dans les boites, il y en a des milliers, partout. Sur chaque boite il y a un numéro, un nom, une date de naissance, et... la date d'aujourd'hui. On dirait des... - Est-ce qu'ils sont vivants ? Est-ce qu'ils respirent ? - Je ne sais pas, on ne dirait pas, ils sont tous pâles, pas de dispositifs de survie. - Sortez immédiatement. C'est moi qui viens de parler. C'est si rare, que tout le monde a sursauté, même Erik. Ma voix est calme, posée, autoritaire, mais à l'intérieur, c'est la tempête, un ouragan de rage et de honte mêlée. - Evacuez les troupes immédiatement ! - Qu'est-ce qui vous prend ? demande Erik. J'ai les larmes aux yeux. - Vous ne comprenez donc pas ? Ces caisses, ce sont des tombes. Ces immeubles, ce sont des tombeaux. Cette putain de ville est un gigantesque cimetière que nous profanons misérablement. - A tous les éclaireurs, lance le grand nerveux, visiblement à contrecœur, ici le haut commandement. Evacuez immédiatement la ville, repliez-vous en formation serrée, rendez-vous au point de déploiement C. Je répète, à tous les éclaireurs... Lentement, la ville se vide de tous les microbes qui l'ont investi. Des filets s'écoulent lentement entre les immeubles, comme un poison perfide, dans une chorégraphie militaire parfaite. A peine l'armée a-t-elle commencée à évacuer qu'un sombre grondement se fait entendre. Comme par magie, tous les autres bruits s'arrêtent, tous les soldats se figent, écoutent, et attendent. Le vacarme s'amplifie lentement jusqu'à emplir l'atmosphère comme un silence tonitruant. C'est ensuite la terre qui se met à trembler, alors que les rues de Mon Vitis sont envahies de lourds nuages de fumée, alors que Mon Vitis commence à s'agiter, et s'apprête à nous livrer son ultime secret, sa véritable surprise. Ce n'est pas une ville. Ce n'est pas un tombeau. Déjà, les gigantesques tours se déracinent, s'arrachent à la pesanteur et commencent à s'élever vers le ciel. Sous leurs pieds, des réacteurs énormes, comme je n'en ai jamais vu, sans doute capables de propulser les Quoïtes cryogenisés loin du Système, sur un monde lointain que nous ne pourrons jamais retrouver. Mes généraux n'ont pas attendu l'ordre que je n'aurais de toute façon jamais donné. Les tirs fusent de partout. Une tour se désintègre. Ils réussiront peut-être à en abattre quelques unes, mais le plus gros atteindra l'orbite et de là, rien ne pourra les arrêter. Rien ne sera plus jamais comme avant. C'est une action formidable, une honte insoutenable pour la fédération, et étrangement, j'en suis heureux. Le monde va basculer. Je sais que dans plusieurs siècles on parlera encore de Mon Vitis, et du jour où le ciel s'est envolé. [d][g]Illustrations par [lien=http://www.gcoulours.com/]Guilhem[/lien][/g][/d]