[i]Sur le thème "Plic ploc".[/i] "On dirait une vieille momie toute plate", pensa Lucy Katherine von Hooken en posant le pied dans une flaque d'eau, ce qui eut pour effet d'éclabousser son pantalon. - Que quelqu'un me nettoie ça, dit-elle, agacée, je travaille moi ! - Oui, m'dame, fit Jon, le petit employé de la prison, en s'accroupissant sur le sol. Une momie. C'est le peu qu'il restait de Cristophe Duroc, éminent chercheur, emprisonné pour la destruction de la station orbitale de recherche Utopia 3 et par la même occasion, le meurtre d'une cinquantaine d'employés. C'était en fait, à peine une image sur le sol, la seule silhouette noircie du professeur, comme s'il n'existait plus qu'en une seule dimension. On devinait pourtant parfaitement le dessin de son corps, et même quelques traits de son visage ; il sembla à Lucy que le cadavre le regardait dans les yeux. Plic ploc... Jon essorait sa serpillière au-dessus d'un seau en plastique. Incapable de concentrer avec ce plicplotement, elle congédia l'employé en lui conseillant de revenir plus tard. Au moment où il sortait, le photographe de la police scientifique entra, et fit crépiter son flash au-dessus de l'ancien professeur. Les éclats de lumière étaient si violents que Lucy craignit un instant que l'ombre ne s'envole. Heureusement, il n'en fut rien. - Alors ? interrogea l'inspecteur Béruchet, vous pensez toujours que le professeur, écrasé par la culpabilité et le remords, s'est suicidé dans sa cellule ? - Je pensais ça avant d'avoir vu le cadavre, précisa Lucy. - Alors sachez que dans ce métier, il faut toujours voir avant de penser. Lorsqu'il eût terminé son travail, le photographe remballa son matériel, salua les deux policiers, et quitta la petite cellule exiguë sans un mot. L'inspecteur s'approcha du lit et saisit un paquet de feuilles, et un petit téléphone mobile. - C'est tout ce que nous avons, dit Béruchet. Les gars du labo vont venir ramasser le... le cadavre, et je vais voir ce que je peux tirer de ce téléphone. Quant à vous, je veux que vous me potassiez ces notes jusqu'à ce que vous y trouviez la raison du décès de son auteur. - Et si elle n'y est pas ? demanda Lucy. - Si elle n'y est pas, alors je me serais trompé. Et vous savez que je n'aime pas me tromper, n'est-ce pas ? - Compris, répondit-elle à son supérieur. Elle corna discrètement la dernière feuille pour y lire le chiffre en bas de page. 450. "J'imagine que c'est mieux de faire des photocopies et aller chercher le café" pensa Lucy. *** "Une tragique nouvelle a ébranlé aujourd'hui toute la communauté scientifique. La station orbitale de recherche Utopia 3, spécialisé dans l'astrophysique et la microchimie, s'est désintégrée en moins d'une minute, selon ce qui semblait être un processus d'autodestruction. Seul survivant sur une cinquantaine de personnes qui y travaillaient, le professeur Cristophe Duroc a été retrouvé dans une navette de secours dérivant au large de la Terre. Selon la police, il est possible qu'il ait lui-même détruit la station, bien qu'il ait fait toute une suite de déclarations délirantes et contradictoires, que nous n'avons malheureusement pas pu nous procurer. Selon les rumeurs, on y apprendrait que la station a été détruite par une civilisation extra-terrestre inconnue, que les recherches qu'on y pratiquait auraient froissée. Il a été placé en garde à vue dans l'attente de son procès." NCA News - Dépêche 455-XXXX:30:10 *** Lorsque apparut le fond de sa quatrième tasse de café, Lucy avait déjà avalé les trois cents premières pages soigneusement dactylographiées. Il s'agissait en fait d'un journal tenu par Duroc, où il rapportait quotidiennement le fruit de ses recherches, ses hypothèses, ses découvertes, ses expériences et leurs résultats. La station Utopia 3 était spécialisée dans les recherches sur l'eau, et Duroc lui-même en étudiait précisément la structure moléculaire, afin de trouver un moyen de la transporter plus facilement dans l'espace, en vue d'une prochaine colonisation extrasolaire. Ainsi, les deux premiers tiers n’avaient qu'un intérêt relatif, et Lucy les parcourut en diagonale. Arrivée à ce niveau, lorsqu'elle commençait à penser qu'elle n'apprendrait rien d'intéressant, son attention fut attirée par un paragraphe très annoté. 31 mars Aujourd'hui, alors que je menais une expérience de routine, j'ai eu un retour étrange. Des capteurs placés dans l'eau et réglés par erreur sur une mauvaise fréquence ont détecté un faible signal électrique, émis régulièrement depuis la bassine à expérience. J'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'une interférence, mais même en isolant les appareils, j'ai obtenu le même résultat. L'imprimante branchée sur les capteurs a sorti une page pleine de points et de traits, correspondant aux différentes variations d'intensité du signal. On dirait du morse. Ce n'était sans doute rien, mais Lucy était intriguée. Si Duroc découvrait quelque chose d’insolite, la lecture serait peut-être moins ennuyeuse. Pendant quelques pages, il n'était plus question de l'incident, et la routine semblait reprendre ses droits. Enfin, un nouveau passage attira l'attention de Lucy. 19 avril J'ai reçu l'analyse moléculaire approfondie de l'échantillon qui s'est comporté étrangement le 16. Selon le labo 14, c'est de l'eau absolument pure. Pourtant, je continue à recevoir des signaux étranges, d'intensités différentes et, plus j'y pense, plus l'idée d'un signal intelligent me semble séduisante. Mais, émis par qui ? Il n'y a rien dans l'eau. Peut-être que quelqu'un ou quelque chose se sert de l'eau pour transmettre des messages ? Non, cela semble tellement absurde... Je vais tenter de faire analyser les signaux que je reçois. Duroc, s'il était troublé, ne semblait accorder que peu d'importance au phénomène qu'il observait, lui accordant un petit paragraphe à la fin de ses rapports quotidiens, lorsqu'un nouvel évènement se produisait. 21 juin J'ai reçu aujourd'hui, avec beaucoup de retard, les résultats de l'analyse linguistique que j'avais commandée. Tellement de retard, en fait, que j'avais complètement oublié l'avoir envoyée. Apparemment, je leur ai donné du fil à retordre, ils n'ont jamais rien vu de tel. Ils ont tout de même pu découper les signaux en différentes notions et regrouper ces notions en phrase. Par exemple, ils ont traduit une phrase qui revient très souvent, contenant les notions d'identité, d'ignorance, et d'interlocuteur par "Qui êtes vous ?". Il y a donc bien quelqu'un qui émet ce signal capturé par mon échantillon d'eau, une quelconque entité intelligente... Une drôle d'idée m'a traversé l'esprit : et si c'était l'eau elle-même qui tentait de communiquer ? Cela a peut-être un rapport avec l'anomalie Hiekins. A ce point du récit, Lucy fut forcée d'admettre que cela dépassait ses simples connaissances. Elle se traîna jusqu'au terminal de sa petite chambre d'hôtel, qui choisit exactement cet instant pour hululer de façon tonitruante. Le petit visage bouffi du chef Béruchet apparut sur l'écran. - Je ne vous vois pas, dit-il en tordant le coup, vous avez coupé votre écran ? - Je n'ai pas mon uniforme, répondit Lucy en baillant. - Vous dormez déjà ? Il est à peine 18h. - Non non, je travaille. Lucy vit les sourcils de son supérieur se froncer de scepticisme. - Bon. Je vous appelle parce que vous êtes jeune, et donc au courant de tout ce qui concerne les nouvelles technologies. J'essaye d'obtenir la liste des derniers appels reçus ou passés depuis l'appareil, en vain. Vous pouvez m'aider ? - Regardez dans le menu, il doit y avoir une fonction, je ne sais pas. - Une fonction ? - Ecoutez, je ne peux rien faire par téléphone, retrouvons-nous à la prison dans une heure, d'accord ? Il y a quelque chose que je voudrais vérifier là-bas, et je pourrais en profiter pour vous résumer ce que j'ai trouvé. - C'est d'accord. - Du nouveau de votre côté ? - Les types du labo avancent vite : selon Cairn, le décès est probablement du à une disparition aussi subite qu’inexplicable de toute l'eau contenue dans le corps du professeur - et ce n'est pas rien, 70% environ. Quant à savoir pourquoi l'eau s'est subitement évaporée... La seule solution plausible, c’est que le corps ait été plongé dans un bain d’eau très salée, et qu’il s’y soit dissout. - D’où la flaque d’eau retrouvée sur le sol de la prison… Non, ça ne colle pas, il aurait fallu un récipient pour plonger le corps, et où Duroc se serait-il procuré tout ce sel ? - Ou alors, mais nous n’avons aucune preuve, Cairn pense qu'il pourrait peut-être s'agir d'un poison d'un genre inconnu. - Oui, on en revient au suicide. Duroc était le mieux placé pour mettre au point un tel poison. C'était peut-être une belle façon de finir pour un scientifique, écrasé par la culpabilité. Mais c'était peut-être un peu tordu comme moyen de mettre fin à ses jours. Et ça n'expliquait pas pourquoi il avait fait sauter la station. Et si... - Ou peut-être pas. - Vous avez une idée ? demanda Béruchet. - Il faut que je vérifie quelque chose, on se voit à la prison. D'un seul geste, Lucy coupa le vidéophone et connecta le terminal au Réseau. Elle y trouva rapidement les informations qu'elle recherchait : cinquante ans plutôt, un chimiste britannique nommé Hiekins avait remarqué un changement du comportement moléculaire de l'eau. C'était quasiment imperceptible, mais absolument indéniable : l'eau mettait plus de temps à s'évaporer, et plus de temps à geler, bref à changer de forme, à température et pression égales. A l'époque, on n’avait accordé que peu d'importance à ces recherches, mais récemment, plusieurs scientifiques, dont Duroc, signalaient que le phénomène, méconnu sous le nom d'anomalie Hiekins, s'accentuait. Lorsqu'elle déconnecta le terminal, Lucy était blanche de peur. Elle composa immédiatement le numéro du bureau de Béruchet, mais sa secrétaire lui apprit qu'il était déjà parti. Sans perdre plus de temps, elle s'habilla rapidement, et descendit quatre à quatre les escaliers du petit hôtel. Elle s'engouffra dans une petite bouche de métro, et prit l'ascenseur qui l'emmena jusqu'au train anti-grav. *** Suspendue à une poignée dans le wagon bondé, Lucy tentait de réunir ses idées, de reconstituer l'histoire, de résoudre les points obscurs qui subsistaient. Si seulement elle avait pensé à emporter avec elle les notes de Duroc ! Mais elle était partie si précipitamment qu'en dehors de ses vêtements, elle n'avait rien emmené. Tant pis, il faudra faire sans, combler les trous de la façon la plus logique possible. Cristophe Duroc, éminent astrophysicien, découvre par hasard qu'il est possible de communiquer avec l'eau, qu'elle a acquis une sorte de conscience propre, et que l'échantillon sur lequel il travaille semble particulièrement loquace. Au bout de quelques mois de travail, il parvient sans doute à établir un dialogue. Et là, pour une raison ou une autre, il décide dans un moment de folie et de terreur, de détruire tout son travail, tous ses échantillons définitivement, même s'il doit entraîner avec lui les cinquante personnes présentes dans la station orbitale. Quelle terrible découverte pourrait valoir ces cinquante vies ? Et si, en acquérant une conscience propre, et une certaine forme d'intelligence, l'eau s'était mise à se considérer elle-même comme une espèce vivante au même titre que l'homme et aurait décidé, pourquoi pas, d'éradiquer son principal concurrent, qui la tenait en esclavage et lui faisait subir les pires torture, la chimie, les radiations, la pollution ? Cela paraissait à la fois absurde et pourtant si... juste. Cela expliquait la destruction de la station par Duroc, qui pensait, par cette action héroïque, décapiter la révolution aquatique. Alors, écrasé par le remord, la culpabilité, et le poids d'un secret qu'il ne pourrait partager, il mourrait en martyr, sauveur anonyme de l'humanité, se donnant la mort grâce à son poison hyper-deshydratant. Mais Lucy ne croyait plus à un suicide. Car, que serait-il arrivé si, par malheur, une partie de l'eau intelligente de la station était parvenue à s'échapper avec Duroc et à rejoindre la Terre. Le corps du scientifique, composé en grande partie d'eau, aurait été le foyer idéal pour elle. Puis, à supposer que l'eau, non contente d'être consciente, soit aussi capable de modifier sa propre structure moléculaire et de passer ainsi à volonté de l'état de liquide à gazeux ou solide... et ainsi s'échapper du corps porteur en ne laissant qu'un vieux tas desséché. La première pensée de Lucy, dans un éclair, fut allégresse : si elle avait raison, ce qui était fort probable, elle ferait la une des journaux du lendemain pour avoir résolu l'une des plus inquiétantes affaires policières, alors qu'elle n'était encore qu'une aspirante. Puis, une deuxième pensée s'imposa presque immédiatement : si elle avait raison, il n'y aurait pas de journaux le lendemain, et personne pour les lire. Elle arriva peu de temps après devant les deux immenses tours de verre qui marquaient l'entrée de La Santé II, la plus grande prison d'Europe. Après avoir présenté ses papiers et son autorisation, elle fut conduite au bâtiment F, qui avait été entièrement évacué après la mort de Duroc, pour prévenir l'éventualité d'une épidémie. Son premier réflexe fut de courir jusqu'à la cellule de Duroc, où elle trouva Jon, le petit employé de prison qu'elle avait croisé le matin, accroupi sur le sol, en train d'éponger l'eau à l'aide d'une serpillière. - Sortez de cette cellule immédiatement, vous êtes en danger de mort ! Jon regarda Lucy d'un air à la fois étonné et inquiet, puis se leva avec précaution, ferma avec un couvercle le seau qu'il venait de remplir, et sortit de la petite cellule. Elle vit alors dépasser de sa poche le petit téléphone mobile de Duroc, que son patron avait confisqué. Non, pas le même, puisque son patron l'avait, sûrement le même modèle. - Attendez, laissez ce seau, l'eau, elle est... Elle est quoi ? Que pouvait-elle dire qui puisse paraître crédible aux yeux d'un petit employé de prison. Brusquement, toute cette histoire d'eau tueuse lui parut absolument absurde et invraisemblable. Perdue, elle en vint à se demander ce qu’elle faisait sur Terre. - Mais ne restez pas là bêtement, c'est lui l'assassin ! cria Béruchet. - Lui ? demanda Lucy en se retournant. Qu'est-ce qui vous fait croire... Elle vit alors Béruchet titubant, le front en sang, s'approcher d'elle en la regardant d'un air pénible. - Il vient de m'assommer pour me voler le téléphone de Duroc. Allez, courez-lui après, vous êtes dispensée de réflexion ! - Merde ! En entendant la discussion, Jon s'était mis à courir, le seau d'eau fermé sous le bras, et avait atteint le bout du couloir. Lucy s'élança donc derrière lui. Après une poursuite maladroite et cliquetante dans un escalier métallique, ils arrivèrent sur le toit du bâtiment où, comme le craignait déjà Lucy, attendait un frelon. - Arrêtez, ou je tire ! cria Lucy. Une main portée à sa ceinture et une décharge d'adrénaline lui rappelèrent qu'elle n'avait pas pris le soin d'emporter son arme de service. Sans doute Jon l'avait-il aussi remarqué ; il continuait à courir. Le petit appareil monoplace attendait au bout du toit, la porte ouverte, les moteurs allumés, suspendu au-dessus du vide. Mais Lucy gagnait du terrain, elle était jeune, sportive, et ne portait pas de seau. A quelques mètres du bord du toit, elle plongea sur le fugitif, le plaquant à terre. - Non ! cria Jon en se débattant. Le saut toujours fermé roula jusqu'au bord où il fut arrêté par une gouttière. Le couvercle céda et le liquide brillant s'écoula dans le petit tuyau de fer, d'où il rejoindrait bientôt les égouts de la banlieue parisienne. A la vue de ce qui semblait être une véritable catastrophe, Jon abandonna toute résistance et Lucy elle-même trembla de peur. Béruchet arriva en clopinant, et entreprit d’appréhender le fugitif. - Patron, il faut prévenir les militaires, et la brigade bactériologique ! L'inspecteur leva un sourcil sceptique, et Jon lui-même parut surpris, voire amusé. - Jon ne le savait pas, mais l'eau contenue dans ce seau... Et Lucy de raconter tout ce qu'elle avait appris des notes de Duroc, et tout ce qu'elle en avait déduit. A la fin de son exposé, Jon laissa échapper un fade éclat de rire qu'il semblait retenir depuis longtemps. Il avait abandonné sa voix nasillarde et son accent traînant, sans que cela surprenne vraiment les deux policiers. - Vous auriez dû lire les notes du professeur jusqu'au bout, mademoiselle van Hooken, vous n'auriez pas proféré de telles absurdités. Cette eau n'était pas à proprement parler intelligente, mais simplement douée d'un langage propre, qui lui aurait permis de retenir des informations, une sorte de mémoire, mais une mémoire gigantesque, incomparable avec nos moyens informatiques actuels. - Attendez, le coupa Béruchet, qu'est-ce que vous savez des travaux de Duroc ? - Je n'étais pas un simple employé de prison. Je suis Jonathan Harvier, assistant de Duroc dans ses recherches. J'imagine que ça n'a plus d'importance maintenant que le professeur est... mort. D'abord sachez qu'il n'était en rien le saint homme dévoué à la science qu'on a décrit dans les journaux. Son principal objectif était de s'assurer une retraite dorée le plus rapidement possible, et il pensait que mettre son savoir au service de la Colonisation serait très lucratif. Mais rapidement, il réalisa que ses recherches ne donneraient rien et qu'on lui en retirerait très vite le financement s’il n’obtenait pas de résultats. - Est-ce une raison pour faire sauter une station de recherche ? demanda Béruchet. - C'est par hasard qu'il a découvert le moyen de se servir de l'eau comme d'un moyen de stockage de mémoire, continua Jon sans remarquer l'interruption. Dans un litre d'eau, il pouvait stocker assez d'informations pour contenir tout le savoir de toute l'humanité, ou l'ensemble de la structure atomique d’un corps humain. Les molécules d'eau intelligente, une fois ingurgitées, se répandent dans tout le corps en contaminant chacune des cellules. Toute la structure atomique du sujet est alors copié dans sa masse d'eau, il y a plus qu'à l'évaporer pour l’extraire du corps, la stocker dans une bouteille d'eau, puis à reformer le corps à l'aide de l'image stockée dans les molécules d’eau. Lucy était suffoquée. - Vous plaisantez ? Transformer quelqu'un en bouteille d'eau, le balader, puis le retransformer en quelqu'un ? - Cela vous semble-t-il vraiment plus aberrant que votre histoire d'invasion aquatique ? - Mais pourquoi avoir détruit la station, alors ? insista Béruchet. - Je vous l'ai dit, Duroc ne s'intéressait pas aux honneurs, juste à l'argent, et il savait que d'une coopération avec le gouvernement, il n'obtiendrait au mieux, qu'un Prix Nobel. Mais il savait aussi que son système pourrait se vendre très cher dans d'autres milieux. Il a donc fait sauter la station Utopia, non seulement pour effacer toutes les preuves et témoins de ses recherches - et je sais qu'il ne m'a épargné uniquement parce qu'il avait besoin d'un complice infiltré dans la prison pour la phase pratique - mais également pour avoir une raison de rentrer en prison, puis d'en sortir dans une bouteille d'eau, tout en faisant croire à un suicide. Il effaçait légalement son identité, tout en se faisant un gros coup de pub. - Et ce téléphone pour lequel vous m'avez assommé ? Quel genre de preuve contient-il ? - Aucune, expliqua Jon, vous n'auriez pas même pu téléphoner avec. C'est en fait le dispositif de Duroc, miniaturisé et camouflé en mobile. C'est avec lui qu'il a pu se désintégrer, et c'est grâce à lui que j'aurais dû le réintégrer dans forme initiale, si seulement votre collègue ne l'avait pas éparpillé dans l'atmosphère. Lucy ne prit alors seulement conscience du fait qu'elle venait de commettre un terrible meurtre. - Pourquoi nous avoir raconté tout cela ? demanda Béruchet. - Pour que vous sachiez que je suis innocent, et que je n'ai agi que sous la menace du professeur. - Bien sûr, dit Béruchet avec un rire forcé. Et vous croyez que je vais gober votre histoire d'âme liquéfiée ? Allons au poste voir si vous racontez la même chose à un détecteur de mensonges. - Non ! s'écria Jon, en brandissant le téléphone comme une arme, avec une folle lueur dans les yeux. N'approchez pas ou je me liquéfie ! Sans le code, vous ne pourrez jamais me recomposer ! Béruchet se contenta de rire et de sortir une paire de menottes. Lucy vit le coupable s'approcher dangereusement du bord du toit, reculant, effrayé. Elle voulut l'avertir, et fit un geste dans sa direction. Jon fit un bond en arrière posa le pied sur le seau et bascula, dans le vide. Il se mit à pleuvoir. L'atmosphère s'emplit brusquement de milliers de petites gouttes d'eau cristallines, brillantes. Certaines d'entre elles tombaient dans le seau vide, commençaient à le remplir, s'écrasant sur le fond en plastique avec un petit bruit caractéristique. [i]Plic, ploc, plic, ploc, plic, ploc, plic, ploc...[/i] On ne retrouva, devant l'entrée du bâtiment F, au pied de l'immeuble, que ce qui semblait être un téléphone mobile brisé. a, devant l'entrée du bâtiment F, au pied de l'immeuble, que ce qui semblait être un téléphone mobile brisé.