L'histoire finit comme ça, ici, dans une chambre jaune. Il faut voir les murs, humides, la fenêtre qui s'ouvre sur un grand jardin gelé. Et là, au milieu de tout, le lit. Je suis vautré dessus avec une aise étrange. Lui, dans un fauteuil devant le lit. L'histoire finit comme ça. Cette histoire finit. Mais je ne me sens pas perdre. J'ai un peu de peine, c'est sûr et c'était inévitable. Mais après tout ça n'est pas moi qui perds le plus. Je gagne, peut-être... Pour l'instant je suis là, vautré dans ce grand lit froid qui sent quelque chose que j'aime, une odeur inexplicable: le plaisir en mémoire. Il faut voir la chambre, jaune, humide, chaude mais électrique. Humide à en faire tomber des pans entiers de tapisserie. Je n'y ai plus ma place et pourtant j'y reste encore un peu. Ce lit est un peu le mien àprès tout. Si on y fouillait bien à l'intérieur on y retrouverait les années de désespoir que j'y ai couchées. Les idées noires que j'ai troquées contre des nuits de plaisir. Je quitte cette histoire au présent et quand je sortirai de cette chambre je ne sortirai pas; j'entrerai, ailleurs. J'irai retrouver Ferdinand. pour le moment j'accepte la rédition. J'accepte les conditions. je bats en retraite. Je suis répugnant de passivité. Je ne me plains pas, je suis juste en train de caresser les draps et ça le vexe parce que je ne fais que ça. Et cest bien. Et je pense, pour moi, que son corps me manquera, que son odeur sera tenace et que je dormirai sûrement moins sereinement loin de ses bras. Mais on se défait de ces liens avec le temps. J'aurai d'autres bras, de nouvelles odeurs, d'autres corps pour m'abandonner. Il y aura d'autres chambres. Peut-être même jaunes et humides. Abandonné par un, je ne suis pas seul pour autant. Ce soir Ferdinand sera heureux. Je le rejoindrai à la nuit et dans le fond de mon lit je n'aurai rien perdu. Je lui glisserai à l'oreille que je suis abandonné. Il se tournera vers moi et sa main viendra me consoler d'un chagrin que je n'aurai pas. Ses bras sont plus maigres et son odeur plus sucrée. J'ai décidé un matin, en buvant mon café, que je serai heureux...