LES YEUX ROUGES Déjà tout petit j’ai mal, même quand je dors. Je fais souvent ce rêve étrange et persistant d’yeux rouges qui me poursuivent avant que je me sente tomber dans un puits noir, sec et si profond qu’on n’en atteint jamais le fond. Ca me réveille et je n’aime pas cela du tout, ni le rêve, ni le réveil. Bien que les disciples de Freud n’aient pas été sponsorisés par mes soins, j’ai trouvé, au mitan de ma vie biologique la clé des songes. C’est une histoire de narcotique et de santé publique. En ces temps de paix retrouvée et de reconstruction, on reconstruit aussi les enfants qui ne fonctionnent pas bien. Mes géniteurs avaient un peu raté leur coup, je suis né malingre et très sensible. Quand on est petit, au nom des oreilles, des amygdales et des végétations, on porte sa croix. Les ventres des enfants de cette époque sont aussi des foyers, toujours renouvelés par d’autres naissances pas contrôlées, d’appendices à ôter d’urgence. Au point que l’on se demande si les ventres des enfants de cette époque n’étaient pas devenus des cavernes d’Ali Baba pour les quarante mille voleurs. Bref j’y suis passé plus souvent qu’à mon tour et les yeux rouges sont le reflet de la concupiscence financière, bien que médicale, à travers cette petite parabole dotée de l’électricité qui permet aux Diafoirus de voir le tréfonds des gorges. Souvent regarder ne suffit pas, il faut ouvrir pour vérifier ; le client est souvent douillet ; on le câ(l)me un peu avec des substances diverses qui donnent cette impression de tomber bien bas au fond d’un puits sans se faire mal, mais pas toujours sans se mouiller. Voilà expliquée la fraîcheur des alaises en caoutchouc, qui accompagne nos nuits d’hôpitaux.