La rue est déserte. Pourtant, d’ici quelques instants, les gens pressés passeront sans le voir. Les enfants, éternels curieux, le regarderont en se demandant qui il est, ce qu’il fait là, pourquoi est-il est comme ça ? Mais personne ne dira rien. Tous garderont le silence. Ce même silence qui l’entoure en ce moment. [c]* * *[/c] Il ouvre doucement un œil. Le soleil est levé depuis presque deux heures. La lumière lui brûle la rétine. L’œil se referme aussitôt. Puis doucement, se sont les deux yeux qui s’ouvrent. Lentement. Ils ressemblent à deux fentes minuscules au milieu de ce visage. Il n’y a personne dans cette rue. Dans une rue voisine, un chien hurle. Pourquoi ? Est ce que, comme lui, il souffre? Il ne le sait pas. Dehors, il fait froid. Nous sommes en été, mais il fait froid. Seulement pour cet homme. Un coup de vent vient lui apporter les nouvelles de la veille sur une vieille feuille de papier journal. Vieille feuille ? Non, juste qui a déjà servit, comme tout ce que cet homme à droit. Un autre coup de vent. La poussière lui vole dans les yeux. La douleur est présente. Pourtant il ne dit rien. il subit, tout comme depuis de nombreuses années. Rien n’est fait pour l’aider. Alors il a baissé les bras et attend que quelques choses changent ; pour que lui aussi ait sa chance. Une odeur de croissants frais flotte dans les airs. Elle passe devant lui. Il ne peut que la sentir. La douleur est à nouveau présente. A l’estomac cette fois. Il en a l’eau à la bouche. Il a faim. Les stores de la boulangerie s’ouvrent doucement, lentement, comme pour le narguer de ce qu’il pourrait s’offrir s’il en avait les moyens. Dans un faible grincement, les petites planches de métal se retirent à la vue de cet homme. Puis le silence est à nouveau présent. Il l’entoure sans l’apaiser. Plus haut dans la rue, une porte s’ouvre. Une jeune femme sort de chez elle. Elle se dirige d’un pas pressé vers la boulangerie. Une minute. Deux minutes. Presque trois. Puis elle ressort et d’un nouveau pas pressé, retourne se réfugier chez elle. Pas un regard. Pas un mot. Il n’existe pas. Ni dans sa vie. Ni dans son esprit. Le silence est fait sur lui. De temps à autre, une voiture passe. Un passant vient chercher son pain. Puis le silence à nouveau. [c]* * *[/c] De jeunes gens passent. Ils ne sont pas pressé. Ils ont toutes la vie devant eux. Ils s’arrêtent de temps à autre, regardent à l’intérieur d’une vitrine puis repartent. Quelques fois, ils entrent à l’intérieur de la boutique. Les adultes, eux sont plus pressé. Le temps est derrière eux. Tic tac tic tac. Le temps passe pour eux. Pas une seconde à perdre. Ils entrent, décidés, dans les boutiques et en ressortent presque aussitôt avec un sachet contenant leurs achats. Aucun ne lui accorde un regard. Le bruit se fait entendre. Les jeunes sont joyeux. C’est l’été, les vacances sont enfin présentes. Ils discutent avec animation. Lui n’entend rien. Le silence est présent à ces oreilles. Les enfants jouent dans la rue. Ils le regardent. Eux ne font pas silence. Ils se posent des questions. [c]* * *[/c] Une étincelle s’éteint lentement. Les yeux se ferment. Le souffle se ralentit. La fin approche. Un Homme meurt. Personne ne le voit, personne ne le regarde. Il ne souffre pas. Il attendait la fin. Une nouvelle chance, une nouvelle vie l’attend. Meilleure que celle-ci. Demain, il ne sera plus là. [c]* * *[/c] L’homme vêtu de haillons, recouvert de suit et de poussière est parti. Tant mieux. Il n’était pas invisible. Mais la pitié les empêchait de parler. Le silence est rompu. On parle maintenant de cet homme qui vivait dans la rue et qui a disparu. Le silence, qui depuis de nombreuses années entourait cet homme ; ce silence qu’il a toujours entendu, aujourd’hui, n’existe plus. ui, n’existe plus.